Adoption d'un plan clé de gestion de l'eau dans l'ouest, après plusieurs années de négociations
Un plan visant à améliorer la qualité de l'eau sur un vaste territoire en Bretagne et Pays de la Loire, emblématique des conflits autour de cette ressource, a été adopté ce 16 octobre après cinq ans de discussions.
© APPCB et Duch CC BY-SA 4.0
Réunis à Saint-Just (Ille-et-Vilaine), les membres de la commission locale de l’eau (CLE) du bassin de la Vilaine, composée des élus, usagers, associations, représentants agricoles et services de l’État, ont adopté ce 16 octobre par 45 voix pour et 18 contre le nouveau schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sage) qui fixe la feuille de route pour la protection de l'eau potable et la préservation des milieux aquatiques sur un territoire de 11.000 km² comptant 1,3 million d’habitants sur 508 communes et six départements.
Interdiction d'herbicides
Le document prévoit notamment l'interdiction d'herbicides pour le maïs sur des parcelles sensibles à l'érosion, situées dans une poignée d'aires de captage d'eau potable. Le but est d'éviter que les polluants, entraînés par la pluie, ne se retrouvent dans l'eau. Des dérogations restent possibles et une aide financière est prévue pour passer au désherbage mécanique.
Le dossier était emblématique ces derniers mois des conflits sur l'eau qui se sont retrouvés au Parlement lors des débats sur la loi d'urgence agricole. L'accord pourrait faire référence au niveau national alors que de nombreux Sage sont en cours de révision. Les syndicats agricoles se sont divisés entre la Confédération paysanne, ouverte aux mesures de protection de l'eau, et la FNSEA-JA, hostile à l'interdiction des herbicides.
Présents vendredi, quelques dizaines de personnes, agriculteurs de la Confédération paysanne et membres d'associations de défense de l'environnement, chantaient "On est là pour l'honneur des paysans et la santé de nos enfants" devant les fenêtres de la salle où se tenait la réunion de la CLE tandis que des agriculteurs de la FNSEA-JA, alliance syndicale dominante dans la profession, étaient également venus avec des tracteurs, dont l'un portait une banderole "oui à l'environnement non à l'acharnement".
90% de masses d'eau dégradées sur le territoire
La révision du Sage devait initialement être adoptée en décembre alors que plus de 90% des masses d'eau sont dégradées sur le territoire concerné. Mais la FNSEA-JA l'avait empêchée en organisant une grosse manifestation, malgré un allègement de l'interdiction des herbicides obtenu par les chambres d'agriculture.
Michel Besnard, du collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'ouest, s'est dit satisfait de l'adoption du texte, même s'il ne le trouve pas assez ambitieux, en soulignant l'enjeu pour la santé publique et les finances publiques. "La dépollution de l'eau coûte très cher et est supportée par nous tous." Pour Patrick Savary, membre du même collectif, l'adoption du Sage représentait un "enjeu national". "La peur de la FNSEA, c'est le fait qu'en instaurant des règles de ce type, ce soit une première marche vers des Sage beaucoup plus ambitieux avec des règles un peu plus contraignantes sur les pesticides", estime-t-il.
"Le Sage va apporter des réponses très concrètes sur la préservation des zones humides, sur la gestion quantitative de l'eau, les risques de submersion marine", s'est félicité de son côté Ludovic Brossard, président de la CLE, en invitant "les autres Sage de France à s'intéresser à la méthode" mise en place, consistant à associer la population. L'État "se mobilisera pour mettre en oeuvre ce Sage de façon opérationnelle", a affirmé la préfète de la région Bretagne, Emmanuelle Dubée.
Tensions persistantes avec le milieu agricole
"Le vote ne clôt pas le dossier", a averti la FNSEA dans un communiqué, se disant prête à des recours en justice. Des représentants locaux de ce syndicat, qui avaient demandé un report du vote, ont pointé l'absence d'une "véritable étude des impacts socio-économiques" dans le plan, comme le prévoit la loi d'urgence agricole. "Les impacts on ne les connaît pas, et une contrainte de plus dans le contexte agricole actuel ce sont des coûts de revient qui augmentent" pour les exploitants, a déploré Franck Pellerin, le président de la FDSEA du Morbihan. Concernant les pesticides, il faut "éviter de tomber dans certains clichés, la réalité c'est que beaucoup d'efforts ont déjà été faits", a-t-il ajouté.