Aide internationale : les collectivités invitées à carburer à l'eau

Cités Unies France a choisi de mettre cette année à l'honneur l'eau et l'assainissement, au cœur de l'actualité internationale. Un domaine où l'expertise des collectivités françaises est vantée et recherchée, au point de vouloir faire de ces dernières un porte-voix des autorités locales dans les instances internationales. Un magistère qui ne doit pour autant pas les empêcher "de s'inspirer d'autres modèles" et "d'apprendre de leurs homologues".

Cités Unies France organisait, le 23 avril, un webinaire de lancement de sa première "vague thématique" – succession d'événements consacrés à un même sujet –, dédiée à l'eau et l'assainissement. Un thème au cœur de l'actualité internationale, comme l'a souligné André Viola, conseiller départemental de l'Aude : G7 [qui s'est déroulé, ces 23 et 24 avril, à Évian], "où l'État français a mis en avant la lutte contre les pollutions émergentes", forum politique de haut niveau des Nations unies pour le développement durable de juillet à New York, "où l'ODD 6 [objectif de développement durable, qui vise l'accès universel à l'eau potable et l'assainissement] sera passé en revue cette année", conférence des Nations unies sur l'eau d'Abu Dhabi en décembre, les trois COP – climat, biodiversité et désertification – ou encore le Forum mondial de l'eau, l'an prochain, à Riyad. Autant d'événements où l'élu entend "porter la voix des autorités locales". À cette fin, il s'emploie à "coconstruire un plaidoyer avec l'ensemble des collectivités françaises engagées à l'international sur cette thématique". Un travail qui sera notamment conduit au cours d'une réunion du groupe de travail Eau, qu'il préside, de la Commission nationale de la coopération décentralisée (CNCD), laquelle devrait se tenir le 22 mai prochain. Elle serait pour l'occasion "élargie à toutes les collectivités impliquées qui le souhaitent".

Expertise reconnue et recherchée des collectivités françaises

Un objectif a priori légitime, puisque "l'expertise des collectivités françaises dans le pilotage des services publics locaux" en général, et de l'eau et de l'assainissement en particulier, est "très reconnue", ce qui fait qu'elles sont "très sollicitées" par les collectivités étrangères, essentiellement "en Afrique de l'Ouest", indique Guillaume Aubourg, directeur adjoint du Programme solidarité eau (PS-eau). Une expertise "détenue désormais par les collectivités, et plus par l'État", concède Frédéric Blanc, délégué adjoint de la délégation pour les collectivités territoriales et la société civile (DCTCIV) au Quai d'Orsay. Ce dernier juge de ce fait l'implication des collectivités en ce domaine "essentielle pour l'État", alors que l'eau constitue "une source majeure de tensions et de conflits" dans le monde. Autre argument mis en avant, le fait que "75% des ODD nécessitent une déclinaison territoriale". Jordan Barlemont, conseiller expert au sein de la DCTCIV, ne le dément pas, en indiquant que le ministre des Affaires étrangères "rappelle très souvent que les collectivités sont les premiers partenaires du ministère […], jou[ant] un rôle essentiel dans le rayonnement international de nos politiques publiques". 

L'eau pèse dans l'action internationale française

Il l'est d'autant plus que "le poids de l'eau" dans l'action internationale française est conséquent – "presque 10% de l'action de l'Agence française de développement (AFD)", précise Guillaume Aubourg. Une situation qui tient notamment à la loi Oudin-Santini, qui vient de fêter son 20e anniversaire, qui permet aux collectivités de consacrer 1% de leur budget eau et assainissement pour financer des programmes de solidarité internationale. "C'est un secteur très documenté, très accompagné", explique encore l'expert. Ce qui permet aux collectivités "de tous niveaux" de s'impliquer. Davantage toutefois "les gros syndicats, les grosses métropoles, notamment franciliennes", et "beaucoup moins les départements ces derniers temps" en raison de leurs contraintes budgétaires. Pour Guillaume Aubourg, l'un des enjeux est donc de "mieux mobiliser les syndicats à l'échelle départementale", en raison de leur "taille critique". Un autre est de veiller à "l'articulation entre les villes – acteurs historiques de la coopération décentralisée, qui ont des services de relations internationales, mais qui n'ont plus forcément la compétence et les ressources – avec leur intercommunalité". 

Des agences de l'eau au rôle croissant, des collectivités incontournables

Dans un plaidoyer pro domo, Valérie Bayche, directrice aux solidarités et coopérations internationales de l'Agence de l'eau Adour-Garonne, met en avant le rôle croissant des agences de l'eau dans ce domaine – elles prennent plus ou moins le relais de collectivités qui tentent par ailleurs de resserrer les cordons de leur bourse, singulièrement les départements pour qui "ça devient toujours plus difficile", précise Guillaume Aubourg. "À nous six, l'enveloppe annuelle prévue dans le cadre du 12e programme d'intervention est de près de 22 millions d'euros", indique-t-elle, en soulignant que l'année 2025 avait été une année record : "On n'avait jamais autant engagé de dotations financières pour l'international". L'an passé, elles ont financé "un peu plus de 150 projets : un tiers porté par des collectivités, les deux autres par des ONG et associations". Mais même dans ce dernier cas, l'implication des collectivités reste indispensable puisque "pour être éligibles aux aides, ces projets doivent toujours compter une collectivité dans le tour de table". Guillaume Aubourg met en avant "l'effet de levier" de ces agences. Lesquelles sont aussi "des co-financiers majeurs" des projets soutenus par ailleurs par la Ficol (facilité de financement des projets de coopération décentralisée des collectivités portée par l'AFD), relève Valérie Driot, chargée de partenariats avec les collectivités au sein de l'AFD. Ce dernier dispositif présente notamment l'intérêt de pouvoir "financer des travaux d'infrastructures" et de "couvrir jusqu'à 70% du besoin de financement", fait-elle valoir. Là encore, le poids des projets du secteur eau et assainissement y est conséquent, puisqu'ils représentent "de l'ordre d'au moins 30% du portefeuille". Jordan Barlemont met de son côté en avant le programme Expe-CT de labellisation de l'expertise territoriale française à l'étranger, qui "vise à promouvoir à l'international leurs solutions", permet de "financer des missions à l'exploratoire à l'étranger" ou, réciproquement, permet aux collectivités françaises de bénéficier de l'expertise des collectivités étrangères. Il prend exemple de la collectivité de Corse, partenaire en 2024 d'une agence de bassin marocaine. Un exemple également loué par Frédéric Blanc, qui insiste sur "le besoin pour les collectivités de s'inspirer d'autres modèles, d'apprendre de leurs homologues", y voyant même "un enjeu majeur". Un exemple d'actualité, à l'heure où les agriculteurs dénoncent leur rationnement en eau en relevant qu'"on importe 50% de nos fruits et légumes du Maroc ou d'Espagne, pays qui connaissent des contraintes en eau bien supérieures aux nôtres" (lire notre article). 

 

 

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