Après la vague d’incendies de l’été, les syndicats de sapeurs-pompiers très remontés

Les syndicats de sapeurs-pompiers ont déposé un préavis de grève du 8 septembre - date à laquelle devrait leur être transmis le projet de loi de modernisation de la sécurité civile -, au 20 octobre, "jour du premier vote de la loi de finances". Après un été dévastateur pour les forêts, la question du financement de la sécurité civile devient urgente.

Le 8 septembre, le ministère de l’Intérieur va (enfin) transmettre aux syndicats de sapeurs-pompiers le projet de loi de modernisation de la sécurité civile, après un été particulièrement éprouvant pour la profession, avec près de 120.000 hectares de forêts parcourus par les incendies. La pire saison jamais enregistrée en France. Le texte est issu du "Beauvau de la sécurité civile", cette vaste concertation d’un an lancée en 2024, dont la restitution a eu lieu en septembre 2025 mais qui est restée lettre morte depuis lors. 

Les syndicats ne s’en laissent pas conter pour autant. Ils entameront le 8 septembre un mouvement de grève qui se poursuivra jusqu’au 20 octobre, "jour du premier vote de la loi de finances". "Ces échéances constituent un moment décisif pour l’avenir du système français de secours et pour les milliers d’agents qui assurent quotidiennement la protection des populations et des biens", soulignent les neuf syndicats représentatifs* des services d'incendie et de secours (Sdis), réunis en intersyndicale, dans un communiqué du 2 septembre.

Le 13 août, ces même syndicats, étaient sortis "très déçus" d’une réunion de près de deux heures avec le ministre de l'Intérieur. Parmi leurs principales revendications : un plan massif de recrutement de sapeurs-pompiers professionnels - ils sont environ 44.000 actuellement, sans compter les plus de 200.000 volontaires -, l'adoption rapide du projet de loi de modernisation de la sécurité civile assorti de moyens financiers supplémentaires, avec une intervention accrue de l’État dans ce domaine.

"Je ne peux pas m’engager sur les chiffres"

Si le projet de loi devrait bien aborder les questions d’organisation, le volet financement reste très ouvert. "Je ne peux pas m’engager sur les chiffres", avait déclaré le ministre, à l’issue de cette réunion du 13 août, renvoyant au principe de "libre administration des collectivité" et rappelant que les Sdis (services départementaux d'incendie et de secours) sont essentiellement financés par les départements et le bloc communal (à 90%). 

"Je leur ai annoncé [aux syndicats] que nous présenterions au projet de loi de finances pour 2027 (…) en lien étroit avec les associations d’élus, notamment l’association des départements de France, l’Association des maires de France, des projets d’évolution des ressources des Sdis qui conditionnent évidemment l’évolution et l’augmentation d’un certain nombre de moyens", a-t-il dit, sans s'avancer. Le ministre a par ailleurs ajouté que les moyens de l’État consacrés à la sécurité civile avaient "quasiment doublé" depuis 2027, passant de 450 à 879 millions d’euros, montant prévu pour 2027, contre 800 millions cette année. Des moyens "essentiellement consacrés à la sécurité civile et à la lutte contre les feux de forêt". Une mise au point intervenue alors que le manque de moyens, notamment aériens, a été abondamment critiqué cet été, surtout après qu’a resurgi la décision de l’ancien Premier ministre Gabriel Attal de supprimer une ligne de 53 millions d’euros dans le budget de la sécurité civile en 2024, ce qui a retardé la commande de canadairs supplémentaires (lire notre article du 17 juillet).

Fonds de résilience

Fin avril, devant les sénateurs, le ministre s’était montré guère plus explicite sur le financement des Sdis, égrainant quelques "pistes esquissées" par le Beauvau, comme "la taxe spéciale sur les conventions d'assurance (TSCA)", "la taxe de séjour", "éventuellement, quelques impôts fonciers, évidemment la santé, et l'assurance maladie notamment"… 

Le système actuel (supporté à 60% par des départements souvent en grande difficulté financière) est jugé "à bout de souffle" dans de nombreux rapports, dont les conclusions du Beauvau. Il est même "au bord de l’implosion", estime le président socialiste du département de Saône-et-Loire, André Accary, qui préside également commission Sdis au sein de Départements de France, dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre le 17 août. "Notre modèle de sécurité civile n’est plus dimensionné pour répondre aux risque d’aujourd’hui et de demain", y insiste-t-il, dans la lignée du rapport Falco de 2023 et du Beauvau. Pour sortir de l'impasse financière, l’élu propose la création d’un "fonds national de résilience des territoires", sur le modèle du fonds Barnier. Ce fonds reposerait sur un "pacte" entre les principales parties prenantes (État, associations d’élus, ONF, assureurs, Sdis, FNSPF…). Il serait alimenté par une contribution nationale des assureurs en lien avec la valeur du sauvé, à raison de 2 euros sur les 46 millions de contrats d’assurance multirisques habitations), une contribution de l’État qui pourrait se substituer au pacte capacitaire 2023-2027, des fonds européens, une contribution des grands opérateurs d’infrastructures... Cette idée de contribution des assureurs pour la "valeur du sauvé" est reprise dans de nombreux travaux parlementaires (lire notamment notre article du 17 juillet).

Le syndicat des volontaires à l'écart

La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) a apporté son soutien à l’intersyndicale, disant partager "tout ou partie" de ses revendications. Mais le Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France (SSPVF) refuse de se joindre au mouvement de grève. Il rappelle pour sa part que les volontaires représentent "près de 80 % des effectifs". Le syndicat "n’appellera pas les sapeurs-pompiers volontaires à déposer leurs bips. La population ne sera jamais notre moyen de pression", déclare-t-il, précisant que "leurs représentants syndicaux n’ont été associés ni à la construction de cette mobilisation, ni à la définition de ses revendications". "Après le ministère de l’Intérieur, c’est aujourd’hui l’intersyndicale des professionnels qui ne dialogue pas avec nous, tout en donnant parfois le sentiment de parler au nom de l’ensemble des sapeurs-pompiers", se plaint le syndicat.

 

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