Sports - Bernard Giudicelli, secrétaire général de la Fédération française de tennis : "Nous aurons de moins en moins de subventions"

Le 11 janvier, la ville de Paris lançait un appel à projets original en invitant les acteurs du sport à proposer des installations sportives innovantes sur quatorze terrains disponibles dans la capitale (lire ci-contre notre article du 12 janvier 2016). Le tout pour une durée maximum de cinq ans, sans subventions et aux frais exclusifs du partenaire privé. Parmi les acteurs visés par cet appel à projets, la Fédération française de tennis, par l'intermédiaire de la ligue de Paris, est prête à jouer le jeu. Bernard Giudicelli, secrétaire général de la FFT, qui se prépare à briguer la présidence de la fédération, décrypte pour Localtis l'intérêt de l'initiative de la ville de Paris, qui pourrait inspirer d'autres collectivités.

Localtis - Comment avez-vous réagi en prenant connaissance de l'initiative de la ville de Paris ?

Bernard Giudicelli - Cette opération m'apparaît assez exemplaire pour inciter d'autres villes disposant d'espaces inoccupés, de friches, à offrir au mouvement sportif d'y installer des activités. Nous sommes notamment attentifs à la possibilité d'installer des courts couverts, ce qui manque le plus dans certaines communes. Par ailleurs, nous suivons de près cet appel à projets parce que la ville de Paris est notre partenaire historique et nous souhaitons saluer son initiative, et parce qu'au niveau des relations entre le tennis et les collectivités, notamment le conseil régional d'Ile-de-France, il y a une longue tradition de soutien à l'investissement, avec une latitude laissée au mouvement sportif pour animer les sites et les clubs.

Dans quelle mesure cet appel à projets peut-il intéresser une fédération comme la FFT, compte tenu des investissements et de la durée restreinte de l'opération ?

Notre fédération est organisée en ligues, et si un partenaire est intéressé, c'est avant tout la ligue de Paris. L'avantage de ce dispositif assez exceptionnel est qu'il s'agit d'un partenariat gagnant-gagnant. Cela offre des espaces qui peuvent permettre des créations d'activités.

Le fait que cet appel à projets dans le domaine de l'animation sportive se fasse sans proposer de subventions est-il un handicap ?

Pour le coup, la ville de Paris investit de fait car elle offre le foncier, cela représente la base de toute construction. Il faut aussi que les activités sportives et les investisseurs puissent créer leurs installations. Il y a beaucoup de clubs de tennis, y compris associatifs, qui investissent sur leurs deniers propres dans leurs installations. Ce dont ils ont souvent besoin, c'est la maîtrise du foncier.

Quelles seront les conditions de réussite de cette opération si la proposition sur laquelle la ligue de Paris planche était retenue ?

Il faudra traduire l'opportunité foncière en opportunité économique. La ligue de Paris doit donc définir ses propres capacités d'investissement et éventuellement nouer des partenariats. Tout est à faire en la matière. Nous aurons de moins en moins de subventions de fonctionnement, il faut donc s'orienter prioritairement sur des structures qui offrent une solvabilité économique.

La FFT aidera-t-elle financièrement la ligue de Paris dans cette opération ?

La FFT ne donnera pas d'enveloppe à la ligue pour cette opération. Nos orientations en matière d'équipements sont aujourd'hui claires : nous soutenons les besoins des ligues et comités départementaux quand les besoins sont avérés, mais surtout, nous nous positionnons de plus en plus comme des animateurs des équipements sportifs et non des financeurs. Car nous avons dans notre budget une charge importante : la construction du nouveau Roland-Garros, où nous avons décidé de concentrer nos moyens pour la pérennité de notre organisation.

Parmi les activités de la FFT, lesquelles pourraient bénéficier de cette opération ?

Pour nous, l'idée serait de récupérer des espaces pour y installer des courts de padel (1), car les surfaces disponibles ne seront sans doute pas assez grandes pour installer des courts de tennis. Le padel est un sport qui fait désormais partie de notre famille, définitivement intégré à la FFT. Quand on regarde le développement du padel, on voit que nous avons fait un choix stratégique gagnant. C'est un sport convivial qui permet d'aller vers le tennis.

Ce choix pourrait-il s'inscrire dans la réponse à apporter aux nouvelles demandes du public pour une pratique plus autonome ?

Nous nous organisons en effet pour répondre à cette nouvelle aspiration des Français. Depuis le 1er janvier 2016, nous avons mis en place la licence découverte qui permet de découvrir la pratique du tennis. L'élément clé du dispositif mis en place est la technologie. Pour le tennis d'abord, puis ensuite pour le padel, on peut réserver son court ou trouver un partenaire en ligne ou sur son téléphone portable. En donnant à nos licenciés les outils pour trouver court et partenaire, nous leur offrons une liberté de pratique. Dans cette optique, l'appel à projets de la ville de Paris vient à point nommé pour donner du sens à cette découverte.

Jean Damien Lesay

(1) Une récente étude de la Fifas (Fédération des industriels et fabricants d'articles de sport – lire ci-contre notre article du 17 décembre 2015) a pointé que 35% des Français souhaitaient dans leur ville des structures municipales consacrées au padel.
 

 

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