Développement du réseau ferroviaire : accompagner les territoires vers une mobilité décarbonée
Alors que la part modale du train dans les transports stagne autour des 10 %, le réseau ferroviaire français doit se redéployer au-delà des grands axes pour mieux desservir les zones moins denses. Le développement des « petites lignes » s'affirme comme un enjeu d'attractivité territoriale et de transition écologique, auquel la Banque des Territoires répond avec des solutions de financement pour redynamiser et décarboner le réseau ferroviaire local.
© Frédéric Maigrot / REA – Caisse des Dépôts
Développer et moderniser les petites lignes dans les zones rurales
Un réseau ferroviaire historiquement centralisé à réorienter
Après l’ère du « tout TGV », où la priorité a été donnée aux grandes lignes à forte fréquentation, le rééquilibrage du réseau ferroviaire vers les zones rurales et périurbaines s'impose aujourd'hui comme une nécessité.
De fait, sur ces territoires, les besoins en développement et en modernisation restent considérables. À l’heure actuelle, les investissements se concentrent essentiellement sur le réseau dense, autrement dit « le plus emprunté », à savoir le trafic à destination ou en provenance d’Île-de-France, qui représente près de 70 % des flux. Or, le développement, la maintenance et la rénovation des petites lignes constituent un enjeu clé.
D’après l’Autorité de régulation des transports, plus de 100 gares ferroviaires d’intérêt local restent insuffisamment desservies : les besoins en desserte du territoire persistent, tant à la campagne qu’en périphérie urbaine. Cependant, le réseau ferroviaire français poursuit sa contraction, au détriment des TER. Les investissements nécessaires concernent non seulement les lignes interrégionales, mais aussi les réseaux de trains locaux, comme le Service express régional lyonnais.
Aujourd’hui, l’axe de transformation écologique demeure l’enjeu le plus important pour les territoires. Il devient essentiel de moderniser le ferroviaire, mode de transport plus écologique que les routes
Un parc de véhicules vieillissant face à une fréquentation en hausse
Par ailleurs, le réseau ferroviaire français fait face à un vieillissement structurel qui contraste avec la progression soutenue de la fréquentation :
- 4 000 véhicules moteurs exploités par la SNCF, avec un âge moyen de 27 ans en 2023 ;
- 28 ans : l'âge moyen du réseau, stabilisé à ce niveau depuis 2021 ;
- + 5 % de progression du transport de voyageurs sur l'ensemble du réseau ;
- + 20 % de hausse de fréquentation pour les trains TER, notamment en Bretagne, Pays de la Loire et Occitanie. Un écart qui illustre l'urgence d'investir dans la modernisation des infrastructures ferroviaires et du matériel roulant.
Désenclaver les territoires pour dynamiser l’économie locale
Dans les zones rurales et périurbaines concernées, le train représente un levier d'attractivité pour une nouvelle population prête à s’installer à la campagne, à condition de bénéficier d’une liaison ferroviaire vers son lieu de travail. Pour simplifier le quotidien de ces voyageurs « porte à porte » favoriser une mobilité douce au quotidien, certains aménagements se révèlent incontournables. Des parkings relais ou des emplacements pour vélos sont, par exemple, souvent mis en place à proximité directe des gares de campagne.
À l’échelle des villes, les quartiers de gare deviennent également des pôles économiques importants, qui participent au même titre que les centres-villes au rayonnement d’une commune. Longtemps délaissés, ces quartiers connaissent un regain d'attractivité à mesure qu'ils s'organisent autour d'un hub multimodal, combinant transports en commun, mobilités douces et services de proximité.
Dans une perspective de mobilité écologique, il est nécessaire d'encourager l’usage des transports en commun. De nouveaux aménagements permettent de désenclaver les petites gares, notamment en territoire rural.
Investir dans les infrastructures ferroviaires locales et développer les modes de transport de proximité comme le tram est devenu une question centrale aux politiques locales. Selon les demandes des services publics, les besoins en investissements varient. Ils peuvent aussi bien concerner le matériel roulant (véhicules, rames) que les infrastructures (gares, sites de maintenance). Dans tous les cas, ces choix s'inscrivent dans une logique commune : réduire la dépendance à la voiture individuelle et accélérer la transition vers une mobilité décarbonée.
Le train, un enjeu majeur pour la décarbonation des territoires
Secteur le plus polluant à l’échelle nationale, les transports émettent 32 % des émissions polluantes en France. Les acteurs locaux encouragent l’usage de modes de transport plus verts, le réseau ferroviaire, allié reconnu de la transition écologique, joue ici un rôle évident pour désengorger le réseau routier, plus polluant.
Toutefois, toutes les lignes de train ne sont pas encore électrifiées, et les chiffres témoignent d'un réseau encore en transition :
- 15 % du trafic ferroviaire en France s’effectue encore sur les parties non électrifiées ;
- 43 % du réseau total n'est pas encore électrifié ;
- 1 415 km électrifiés en 2025 sur les 15 000 km de petites lignes
- - 30 % d'émissions de gaz à effet de serre visées par la SNCF d'ici à 2030.
Pour atteindre cet objectif, la France mise sur une mixité technologique combinant électrification progressive et déploiement de nouveaux véhicules moins polluants sur les lignes non encore converties.
Si les enjeux varient donc selon les équipements, à l’heure actuelle, les financements se dirigent plutôt vers le matériel roulant 100 % électrique ou hydrogène. Néanmoins, d’autres types de véhicules, hybrides ou bimodes, peuvent également être envisagés lorsque le réseau existant ne permet pas une transition totale vers l’électrique ou le gaz.
L'évolution du matériel roulant entraîne inévitablement celle des infrastructures qui l'accueillent : gares et sites de maintenance devront s’adapter aux spécificités techniques de ces véhicules. De plus, les installations comme les stations de recharge devront répondre à des exigences de performance énergétique cohérentes avec les objectifs de décarbonation.
La Banque des territoires accompagne la transformation écologique du réseau ferroviaire
Aujourd’hui, la politique de prêt de la Banque des Territoires est orientée vers la transition écologique. Conformément à la liste des projets éligibles fournie par l’État, elle participe au financement de projets ferroviaires décarbonés et octroie ainsi des emprunts pour l’acquisition de nouveaux matériels roulants et la construction ou la rénovation d'infrastructures en conséquence.
Afin d’encourager la transformation écologique, le taux de ces prêts varie selon le type de motorisation des véhicules (hybride, électrique ou hydrogène). La Banque des territoires propose deux niveaux de taux pour :
- les projets de transition environnementale comme la mobilité décarbonée à 100 % (matériel roulant électrique ou à hydrogène) : taux livret A + 0,5 points base ;
- les projets en lien avec la solidarité et mobilité transitoire (trains bi-modes ou hybrides) : taux livret A + 0,6 points base.
Au niveau des infrastructures, la performance des bâtiments peut entrer en ligne de compte pour l’octroi du prêt. À noter que la Banque des territoires accompagne les demandeurs au cas par cas selon les projets.
Le développement du réseau ferroviaire local conjugue des enjeux de désenclavement, d'attractivité territoriale et de transition écologique qui appellent des réponses financières adaptées et de long terme. Via ses Prêts au service public local, la Banque des Territoires finance la modernisation des lignes ferroviaires, qu'il s'agisse de matériel roulant ou d'infrastructures. Ces financements s'inscrivent en cohérence avec les priorités nationales de décarbonation des transports.
© Anastasia Davydova-Jaulin
Anastasia Davydova-Jaulin
Chargée de projet (Caisse de Dépôts)
Diplômée de l’École nationale des Ponts et Chaussée en Infrastructure Project Finance, Anastasia Davydova-Jaulin travaille à la Direction des prêts de la Caisse des dépôts depuis 2019. En tant que chargée de projet, elle accompagne les Services publics locaux (SPL) dans la gestion de leurs emprunts. Principale interlocutrice des Directions régionales, elle épaule notamment le financement de projets ferroviaires.