Campements de migrants : après leur rencontre avec le gouvernement, treize maires demandent des mesures

Treize maires de grandes villes - Paris, Toulouse, Rennes, Lille, Metz, Nantes, Strasbourg... -, relayés par l'AMF et France urbaine, écrivent une lettre ouverte pour formaliser leurs attentes et demander un certain nombre de mesures : parvenir à une "répartition territoriale équilibrée des demandeurs d'asile et des réfugiés", exclure des contrats de Cahors les dépenses des collectivités au titre de l'accueil des réfugiés, porter une attention particulière à la situation des personnes "dublinées"...

Il y a une dizaine de jours, Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, et Julien Denormandie, le ministre de la Ville et du Logement, recevaient 21 élus locaux représentant des grandes villes et des métropoles, mais également des villes moins peuplées mais très concernées par l'accueil des réfugiés (voir notre article ci-dessous du 15 octobre 2019). L'objectif de cette réunion était notamment de rechercher une meilleure coordination dans l'accueil des réfugiés, mais aussi d'inviter les collectivités à "poursuivre/intensifier leur engagement, notamment en se fixant des objectifs à la hauteur du défi de la crise migratoire, comme le fait l'État".

Pas de remise en cause de la volonté d'agir aux côtés de l'État

Aujourd'hui, treize maires de grandes villes de toutes tendances(*) – soutenus par l'AMF et France urbaine – s'adressent au gouvernement dans un communiqué intitulé "Campements de migrants : les maires attendent du gouvernement des actes et des moyens à la hauteur des enjeux". Parmi les signataires figurent notamment les maires de Paris, Toulouse, Nantes, Strasbourg, Rennes, Grenoble... Le ton est conciliant, puisque les signataires "prennent note de l'engagement du gouvernement à poursuivre le dialogue et proposent qu'une prochaine rencontre examinant les pistes d'actions proposées puisse se tenir dans les meilleurs délais avant le commencement de la période hivernale". Ils estiment en effet que la réunion du 14 octobre "a clairement mis en lumière la convergence des constats et des demandes des élus".

Ces constats tiennent en quatre points. Tout d'abord, l'engagement croissant des maires "pour déployer des services relevant de la compétence de l'État en matière d'urgence sociale et d'hébergement". Pour autant, "aucun maire ne souhaite remettre en cause cette volonté d'agir aux côtés de l'État".

Se concerter et éviter les évacuations "sèches"

Ensuite, "le besoin de concertation avec les élus locaux et la nécessité d'une approche globale dans les solutions apportées pour plus d'efficacité collective". Cette concertation doit notamment porter sur la compréhension des parcours, la répartition équitable de l'offre d'hébergement, l'évaluation des politiques conduites, ou encore le renforcement de l'accompagnement en santé mentale.

Troisième constat, qui s'éloigne un peu de la position affichée par Christophe Castaner lors de la réunion et se rapproche davantage de celle de Julien Denormandie : "La réponse durable et efficace à la constitution d'un campement ne consiste jamais à l'évacuer de manière 'sèche', mais à établir un diagnostic de la situation des personnes et à l'orientation de ces dernières vers les dispositifs de prise en charge adaptés et durables". Enfin, les signataires considèrent que "le manque de structures d'hébergement à l'approche de la période hivernale accroît encore davantage l'urgence à agir en la matière".

Répartition territoriale équilibrée et neutralisation financière

Face à ce constat, les maires formulent explicitement trois demandes au gouvernement. La première est que le gouvernement "propose une répartition territoriale équilibrée des demandeurs d'asile et des réfugiés". Celle-ci devrait reposer sur un diagnostic tenant compte des données économiques, sociales et financières des territoires et de leur capacité à prendre en charge ce type de public. Seconde demande : que le gouvernement neutralise, au sein de la contractualisation financière, les dépenses engagées par les collectivités au titre de l'accueil des réfugiés. En contrepartie, celles-ci s'engageraient à poursuivre ces dépenses "de manière volontariste à mesure de leurs moyens".

Enfin, la troisième demande dépasse le cadre des relations entre l'État et les collectivités, puisque les signataires demandent que le gouvernement "précise sa position sur la situation des personnes 'dublinées', qui subissent le système inopérant des accords de Dublin et se trouvent dans une impasse au regard de leur demande d'asile en France".

(*) Nathalie Appéré (Rennes), Martine Aubry (Lille), François Baroin (Troyes et président de l'AMF), Philippe Bouyssou (Ivry-sur-Seine), Meriem Derkaoui (Aubervilliers), Dominique Gros (Metz), Anne Hidalgo (Paris), Jean-Luc Moudenc (Toulouse, président de France urbaine), Éric Piolle (Grenoble), Roland Ries (Strasbourg), Johanna Rolland (Nantes) et Laurent Russier (Saint-Denis).

 

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