Canicule : le haut-commissariat à la stratégie et au plan plaide pour une "France du frais" organisée au quotidien

Présentée ce 10 juillet 2026 par Clément Beaune, une note du haut-commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) propose de compléter les grands chantiers d'infrastructures déjà engagés – rénovation des bâtiments, climatisation, adaptation du bâti scolaire – par une véritable "politique de l'usage". Trois chantiers sont identifiés : l'organisation du travail, celle des services publics, et l'adaptation des modes de vie, avec notamment un "plan espaces baignables" qui remet les piscines publiques, gérées à 79% par les collectivités, au centre du jeu.

Rédigée par les conseillers transversaux Marc Fasan et Louis Lallau et présentée ce vendredi 10 juillet 2026 par le haut-commissaire, Clément Beaune, la note du haut-commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) se distingue volontairement des autres travaux - nombreux mais jugés insuffisants - consacrés à la rénovation des bâtiments, à la climatisation ou à l'adaptation du bâti scolaire. Son objectif affiché n'est pas d'alimenter ces débats sur les investissements structurels, mais de traiter "l'autre bout de la chaîne" : la vie quotidienne, l'organisation collective et l'usage des équipements existants, pour les adapter aux nouveaux épisodes caniculaires avec un budget public... indéfini.

Trois axes structurent la note. Le premier concerne la vie professionnelle : une négociation obligatoire serait engagée d'ici le printemps 2027 dans chaque branche, sous l'égide du ministère du Travail, pour formaliser des plans d'action précis en cas de vigilance orange ou rouge (continuité d'activité, régime salarial, aménagement des horaires).

Des "horaires canicule" du type 7h-12h puis 17h-22h

Le deuxième axe vise les services publics, avec la création d'une conférence des services publics associant l'ensemble des organisations syndicales de la fonction publique. Pour le volet territorial, le pilotage serait laissé aux collectivités locales. 
La note propose notamment un régime national "horaires canicule", déclenché automatiquement en vigilance rouge, qui ferait basculer les horaires d'ouverture au public vers un modèle proche de l'Espagne (par exemple 7h-12h puis 17h-22h).

Le troisième axe, le plus développé, porte sur l'adaptation des modes de vie et l'habitabilité des territoires, autour de trois leviers : 
- une "armature du frais" s'appuyant notamment sur les écoles hors temps scolaire ;
- un "plan espaces baignables" ;
- une "armature verte" urbaine généralisant l'accès à un espace vert à moins de dix minutes à pied dans les villes de plus de 50.000 habitants.

Plus de piscines publiques 

C'est sur le volet baignade que la note s'attarde le plus longuement – et c'est aussi le terrain le plus directement occupé par les collectivités. La France compte au moins 3.750 piscines et 6.400 bassins, détenus à 79% par les collectivités territoriales, soit un maillage comparable à celui de ses voisins européens. Mais ce parc, hérité pour moitié du plan national "1. 000 piscines" lancé en 1969, est vieillissant : une piscine sur cinq a plus de 40 ans et n'a jamais été rénovée.

Le poids financier est considérable. Sur les 15 milliards d'euros que les collectivités consacrent chaque année au sport, près de 3 milliards vont aux piscines – soit un cinquième de la dépense sportive locale, dont 2,1 milliards de seul fonctionnement. 
Le coût annuel moyen d'une piscine (600.000 euros) dépasse très largement celui d'un gymnase (88.000 euros) ou d'un stade (46.000 euros). 
Rappelons au passage que les charges courantes – eau, énergie, personnel – ont bondi de 40% entre 2016 et 2024. 
À ce coût financier, se superposent des inégalités territoriales. En effet, les espaces périurbains ne concentrent que 14% des équipements aquatiques pour 22% de la population. Dans les communes comportant des quartiers prioritaires, l'offre est inférieure de plus de 40% à la moyenne nationale.

Pour contourner cette contrainte, la note suggère le lancement d'un appel à projets national sur le modèle du programme des "piscines Tournesol" des années 1970 destiné à financer des constructions ou rénovations sobres en énergie. "Les piscines Tournesol ont marqué le paysage de nombreuses communes françaises. Elles étaient une réaction au manque de piscines et de 'savoir nager'", rappelle Clément Beaune avant d'ajouter que "ces piscines aujourd’hui, elles ne sont plus adaptées mais l’accès au frais, à la baignade est essentiel". Les collectivités volontaires pourraient ensuite se saisir directement du modèle retenu. 
Le HCSP propose aussi, en période de crise seulement, la mobilisation ponctuelle de piscines privées (hôtels, campings) sur la base du volontariat, sous forme de "piscines solidaires" surveillées par des maîtres-nageurs mobilisés par la puissance publique.

Mais aussi plus de fleuves, rivières, lacs, canaux... baignables 

Le second pilier du "plan espaces baignables" mise aussi sur les eaux naturelles – fleuves, rivières, lacs, canaux –, dont le coût d'aménagement est jugé nettement inférieur à celui d'une piscine. 
La note cite l'exemple de la réouverture de la baignade dans la Seine et la Marne en 2025, portée par un investissement d'assainissement de 1,4 milliard d'euros et déjà fréquentée par près de 100.000 baigneurs dès sa première année. 
Le développement de ces sites naturels serait piloté par les collectivités volontaires, avec un appui technique de l'État déconcentré avec en particulier des agences régionales de santé (ARS) et un cofinancement possible via les CPER ou les CRTE. 
La note y adosse une relance des apprentissages "savoir nager" à l'école si délicats à transmettre (voir notre article du 9 juin 2026), alors que les chiffres de noyades de l'été atteignent cette année des niveaux records (voir notre article du 16 juin 2026). 

 

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