Ces grains de sable qui pourraient bloquer la machine FTTH

Les poteaux en doublons, armoires débordant de fibre et autres malfaçons commencent à peser sur l’image de la fibre. Les "grains de sable" identifiés de longue date ont été évoqués à l'occasion d'un atelier qui s'est tenu à Saint-Étienne, dans le cadre de l’université THD les 6 et 7 octobre 2021, pour arriver au constat que les solutions promises par le gouvernement et la filière tardent à se traduire en résultats.

Le secrétaire d’État aux communications électroniques, Cédric O, avait promis de résoudre les "irritants" du plan THD au Trip de l’Avicca de novembre 2020 (notre article du 26 novembre). Force est de constater qu’un an après, les progrès sont ténus. Si les "grains de sable" n’empêchent pas la machine industrielle de tourner à plein régime pour déployer la fibre, ils ternissent l’image du FTTH tout en renchérissant les projets.

L’arrêté à un milliard

"Nous sommes de plus en plus souvent contactés par des habitants mécontents car ils ne comprennent pas pourquoi on vient ajouter un poteau bois à côté d’un poteau béton pour faire passer la fibre", a témoigné Philippe Guimbretière, directeur de Vendée numérique à l’université THD coorganisée par Infranum et l’Avicca. En cause, les restrictions pesant sur l’usage des poteaux dits d’Enedis - en réalité tous les poteaux supportant des câbles électriques dans la partie desserte. Un nouvel arrêté simplificateur a été annoncé à plusieurs reprises. Cette fois semble la bonne, même si le texte était encore en mode correction au moment où le ministre l’a évoqué en tribune à Saint-Étienne.
Que contient ce texte très technique ? Il supprime ou allège les conditions dans lesquelles les poteaux peuvent être utilisés pour desservir en fibre soit des points de branchement optique (armoires), soit directement des habitations (raccordement abonné), soit les deux à la fois. Selon les experts, entre 5 et 15 millions de poteaux pourraient ainsi être utilisés pour la desserte fibre. Avec des bénéfices conséquents pour les opérateurs d’infrastructure, notamment en zone rurale. Car poser un poteau bois est aussi devenu difficile en ces temps de pénurie mondiale de matériaux de construction. Un rapide calcul d’Ariel Turpin, délégué général de l’Avicca, évalue ces économies à "un milliard d’euros" entre les études en moins et les coûts de travaux évités.

Le nouveau contrat Stoc boudé par Orange et XpFibre

Autre grain de sable, le fameux mode Stoc ou la sous-traitance des raccordements par les opérateurs commerciaux. Cette sous-traitance en cascade est accusée d’être à l’origine de nombreuses malfaçons, génératrices d’échecs de raccordement (20%) et de coupures. Face à ces errements, un nouveau contrat type a été élaboré par les acteurs de la filière Infranum, le contrat Stoc V2 . Or on a appris à Saint-Étienne qu’Orange et SFR (XpFibre), en tant qu’opérateurs d’infrastructure, n’avaient pas signé le fameux contrat. Une signature qu’ils ont pourtant apposé en tant qu’opérateur commercial dans les contrats signés avec Axione, Altitude infrastructures et TDF… "C’est en cours", "on va y arriver", a-t-on entendu mezzo voce sur les estrades… Les juristes s’en seraient mêlés et auraient prétendu qu’il fallait adapter les contrats existants. Des restructurations en cours chez XpFibre et Orange n’auraient pas arrangé les choses. "C’est politique !", a pesté Eric Jammaron, président d’Axione. Du côté de l’État, Cédric O a estimé que cette situation était "inacceptable" et la présidente de l’Arcep  Laure de La Raudière s’est dite "préoccupée".

Mise en œuvre laborieuse

Le joker d’Infranum pour mettre un terme aux "paquets de nouilles" des armoires THD se révèle par ailleurs plus compliqué que prévu à appliquer. Au mieux, 75% des sous-traitants des opérateurs signataires appliqueraient effectivement les nouveaux protocoles, audits et formations. La prise de photos des installations finalisées, présentée comme une garantie d’un travail fait dans les règles de l’art, n’est par ailleurs pas totalement fiable. Quelques sous-traitants ont ainsi envoyé la même photo pour plusieurs installations différentes... "Nous avons mis en place une intelligence artificielle pour analyser les images. Nous sommes désormais en mesure de détecter les doublons et on voit que toute la chaîne se met en marche", a assuré David El Fassy, président d’Altitude infrastructures.
Restera maintenant à vérifier que ce contrat se traduit par des améliorations effectives dans la qualité des raccordements. Des indicateurs ont été promis par l’Arcep mais n’ont pas encore été publiés tans l’absence des deux grands opérateurs fait tache. L’Avicca a décidé de son côté de mener sa propre enquête : un état des lieux de la qualité des déploiements est attendu pour le Trip de l’association en novembre.

 

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