Commerces dégradés : les aides se multiplient à l’approche de Noël
Après les manifestations des 17 et 24 octobre 2026, les commerçants font face à des pertes importantes, alors que s’ouvre une période décisive pour leur chiffre d’affaires. Face à des dégâts estimés à plus de 730 millions d’euros, le gouvernement et les collectivités territoriales mobilisent des aides financières et des dispositifs d’accompagnement pour soutenir les entreprises touchées et favoriser le retour des consommateurs dans les centres-villes.
© CCI France/ Dominique Restino, Gérald Barbier, Francis Bussière et Richard Bouigue
À huit week-ends de Noël, les commerçants espèrent compenser les pertes liées aux manifestations des 17 et 24 octobre 2026. "Ce serait le coup de grâce pour nos commerçants si la situation ne s’améliorait pas", avertit Alain di Crescenzo, président de CCI France, devant la presse le 27 octobre 2026. Depuis les Gilets jaunes en 2018, les crises se succèdent : Covid, conséquences des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, été 2026 caniculaire, puis dégradations en marge des mobilisations étudiantes et des mouvements contre la vie chère.
Si la manifestation du 24 octobre a occasionné moins de dégâts, avec 50 commerces touchés, elle s’ajoute aux dommages recensés le 17 octobre. Au total, 2.488 commerces et entreprises ont été affectés, dont 1.161 lourdement dégradés par des pillages, saccages ou incendies et 993 victimes de dommages plus légers, selon CCI France. "Les conséquences économiques sont majeures pour les commerces de centre-ville", souligne Alain di Crescenzo. Leur chiffre d’affaires peut chuter "jusqu’à 80%" les jours de mobilisation. Or novembre et décembre représentent "40% du chiffre d’affaires annuel" du commerce de proximité.
Le coût des dégradations pourrait dépasser le milliard d’euros
Selon les premières estimations de France Assureurs, le coût des dégâts dépasse 730 millions d’euros et pourrait "dépasser le milliard d’euros", estime le président de CCI France. Pour soutenir la trésorerie des commerces sinistrés, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures : prêts à taux zéro de Bpifrance jusqu’à 50.000 euros sur trois ans, report des charges sociales et fiscales patronales et recours à l’activité partielle pour éviter les licenciements. Le décret portant sur la mise en œuvre de ce dispositif pour les entreprises de moins de 250 salariés touchées par les troubles des 17 et 18 octobre a été publié au Journal officiel le 28 octobre (voir encadré ci-dessous).
Le ministre du Commerce, Serge Papin, a aussi annoncé un fonds destiné aux entreprises de moins de 50 salariés réalisant moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les commerçants et restaurateurs pourront en bénéficier, qu’ils soient assurés ou non, avec une aide pouvant atteindre 10.000 euros pour les établissements les plus touchés, précise-t-il dans le Parisien du 28 octobre. Si le fonds doit être opérationnel "dans les prochaines semaines", le ministre assure que "dès aujourd’hui, les aides sont garanties".
Les fonds régionaux réactivés
Plusieurs collectivités ont également relancé les fonds créés après les émeutes de l’été 2023. À Marseille, 527 points de vente ont été affectés, dont 331 commerces sinistrés ou pillés ; 128 ont été totalement dégradés ou incendiés. Le fonds régional de solidarité a été réactivé avec le département des Bouches-du-Rhône, la métropole Aix-Marseille-Provence, l’entreprise de transports CMA CGM et les CCI (lire notre article). Il prévoit une aide forfaitaire de 10.000 euros par commerce touché. Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille-Provence, espère que l’enveloppe sera renforcée par d’autres collectivités. Les premiers versements sont attendus "dès la semaine prochaine".
En Île-de-France, où 480 commerces ont été touchés, dont 240 fortement dégradés, la région débloque 10 millions d’euros et la ville de Paris ajoute 3 millions. La CCI Paris Île-de-France versera également 1.500 euros par dossier. Un guichet unique réunissant les services de l’État, la mairie de Paris et la Drieets doit aider les commerçants dans leurs démarches.
Un accompagnement psychologique et sécuritaire
Les dégâts ont aussi des conséquences psychologiques. À Paris, la cellule de soutien mise en place avec l’Apesa, spécialisée dans l’écoute des chefs d’entreprise, a reçu "près de 260 commerçants", indique Alain di Crescenzo. "Nous avons détecté des idées suicidaires chez certains et d’autres sont tentés de faire justice eux-mêmes", précise-t-il.
Les collectivités cherchent également à prévenir de nouvelles dégradations. À Lyon, 307 commerces ont été touchés, dont la moitié sinistrés, pillés ou brûlés, selon Philippe Valentin, président de la CCI de Lyon Métropole Saint-Étienne. Une cellule de crise réunissant une vingtaine de personnes a été créée avec la préfecture. Des agents de sécurité ont protégé les commerces lors des manifestations des 17 et 24 octobre et pendant la seconde mobilisation, "72 interventions ont permis d’éviter la casse", précise-t-il.
Faire revenir les consommateurs avant Noël
À deux mois des fêtes de Noël, l’enjeu est désormais de relancer l’activité. Il faut "inciter les consommateurs à revenir dans les commerces et les centres-villes", résume Gérald Barbier, président de la CCI Paris. L’hôtellerie est également fragilisée, avec "beaucoup d’annulations en ce moment".
Les prochaines manifestations inquiètent les commerçants, notamment celle annoncée le 31 octobre, jour d’Halloween. En déplacement à Marseille le 26 octobre, le président de la République a demandé que les cortèges évitent les centres-villes afin de limiter violences et dégradations. La demande de trêve de CCI France risque toutefois de rester sans effet. Les Gilets jaunes ont annoncé un "acte quatre" le 7 novembre, deux jours après la grève et les manifestations prévues le 5 novembre par une intersyndicale réunissant notamment la CFDT, la CGT, FO, l’Unsa et la FSU. Celle-ci entend défendre "les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie".
Un décret instaure une aide exceptionnelle pour les petites et moyennes entreprises sinistrées par les émeutesParu au Journal officel du 28 octobre 2026, le décret n° 2026-995 instaure une aide exceptionnelle à destination des entreprises de moins de deux cent cinquante salariés ayant subi des dommages lors des troubles urbains intervenus en marge des manifestations des 17 et 18 octobre 2026. Cette aide transite par le dispositif d’activité partielle qui indemnise la réduction ou la suspension temporaire de l’activité des salariés. Les employeurs concernés devront disposer d’une autorisation d’activité partielle et avoir déposé plainte auprès des services de police ou déclaré leur sinistre auprès de leur assureur. Cette aide est due pour chaque demande d'indemnisation concernant la période du 17 octobre 2026 au 31 janvier 2027. Les heures chômées et couvertes par une assurance perte d'exploitation, prenant en charge les salaires, ne peuvent donner lieu au bénéfice de cette aide exceptionnelle. |