Consigne sur les bouteilles plastiques : "les lobbies se sont installés au coeur de l'Etat", dénonce Jean-François Debat

Le président délégué de Villes de France a fustigé ce 26 juin la "machine à cash" que représente selon lui pour les industriels le projet de consigne des bouteilles plastiques relancé par le gouvernement à la demande d'Emmanuel Macron. A la veille d'une nouvelle réunion des parties prenantes au ministère de la Transition écologique, les représentants des syndicats de déchets franciliens ont aussi affirmé ce 29 juin leur vive hostilité au projet.

Les lobbies des bouteilles plastiques "se sont installés au coeur de l'État" et le projet de consigne pour recyclage du gouvernement est pour eux une "machine à cash", a dénoncé ce 26 juin Jean-François Debat, président délégué de l'association Villes de France.

À la demande d'Emmanuel Macron, le gouvernement a lancé fin mai une concertation afin d'instaurer une consigne sur les bouteilles en plastique pour rattraper le retard de la France sur les objectifs européens de recyclage. Mais les collectivités estiment qu'il s'agit d'une fausse solution, les bouteilles figurant déjà parmi les emballages plastiques les mieux recyclés, alors que l'objectif devrait être de réduire le volume de plastique en circulation. Elles craignent également de perdre 400 millions d'euros de recettes liées à la revente des matériaux à recycler, qui seraient transférées aux industriels.

"On essaye de nous imposer un système qui n'est bénéfique pour personne, hormis pour les producteurs de bouteilles", a expliqué le maire PS de Bourg-en-Bresse, pour qui il s'agit d'un "casus belli". "Des lobbies très puissants se sont installés au coeur de l'État, parce qu'il n'est pas possible que ce sujet qui a déjà été écarté deux fois (...) revienne une troisième fois", a-t-il insisté, appelant le Premier ministre à "se saisir du sujet". En 2023 déjà, Jean-François Debat avait dénoncé l'"arnaque intellectuelle" consistant à "employer le mot 'consigne', perçu positivement dans l'opinion, pour une opération qui n'en est pas une" (lire notre article). Il accusait alors les metteurs sur le marché comme Coca Cola de vouloir "capter une manne financière sur le dos des consommateurs et des citoyens" "et le gouvernement d’avoir choisi ce "paravent" car il "n’a rien trouvé d’autre pour avancer sur les déchets".

Aujourd'hui, pour motiver son choix, le gouvernement rappelle que la France verse chaque année une amende d'1,5 milliard d'euros à Bruxelles parce qu'elle ne recycle que 26% de ses emballages plastiques, alors que l'Union européenne exige un taux de 50%. "C'est un gros mensonge", balaye Jean-François Debat, pour qui les bouteilles plastiques ne représentent que "380.000 tonnes sur un total de 5 millions de tonnes d'emballages plastiques mis sur le marché en France".

"Sur ces 380.000 tonnes, on en récupère 220.000 tonnes et l'objectif affiché du gouvernement est d'en récupérer 120.000 tonnes supplémentaires", souligne l'élu, pour qui cette mauvaise performance s'explique largement par les bouteilles achetées dans la rue, dont le taux de recyclage est faible. "On est en train de prendre un marteau-pilon pour écraser une mouche alors que les emballages plastiques à usage unique doivent disparaître en 2040", poursuit-il.

Les collectivités évaluent entre 1,8 et 3,5 milliards d'euros d'investissements la mise en place de 60.000 à 120.000 automates de collecte. "Ce coût sera amorti par les 250 millions d'euros par an qui correspondront aux bouteilles non ramenées, ce qui veut dire qu'en quelques années, cela deviendra une machine à cash pour les producteurs de bouteilles", a estimé Jean-François Debat, pour qui cette mesure sera en outre "défavorable à l'environnement parce qu'on va voir exploser le nombre de bouteilles en plastique".

Elus franciliens vent debout

"Cette fausse consigne est la pire des solutions, elle appelle le plastique", a expliqué de son côté ce 29 juin Jean-François Vigier, président du Siom qui gère les déchets de 21 communes du sud de Paris. Le vice-président de l'Association des maires de France (AMF) conteste lui aussi le terme de "consigne" car le projet ne prévoit pas de réemployer les bouteilles en plastique collectées, mais de les recycler. 

Le projet gouvernemental d'instaurer une consigne sur les bouteilles en plastique pour rattraper le retard de la France sur les objectifs européens de recyclage est une "fausse bonne idée", ont estimé des syndicats franciliens de gestion des déchets particulièrement remontés, qui ont fait part de leur "colère" ce lundi lors d'une conférence de presse. A leurs yeux, ce projet "menace directement l'environnement, le pouvoir d'achat des consommateurs et amorce le démantèlement du service public de gestion des déchets", selon leur communiqué.

Rassemblés dans un centre de tri du Syctom, syndicat mixte traitant les déchets ménagers d'Île-de-France, une demi-douzaine de syndicats de gestion des déchets franciliens ont expliqué parler "d'une seule et même voix" et représenter "l'ensemble du champ politique". "Il y a une unanimité des élus locaux sur ce sujet, pas un seul ne dira qu'il faut faire cette fausse consigne", a expliqué le président du Syctom, Corentin Duprey. Il se dit prêt à "aller au bras de fer" si le gouvernement décide de persévérer dans son projet de consigne en plastique, menaçant de "suspendre le paiement de la TGAP", la taxe générale sur les activités polluantes. Fin 2025, Intercommunalités de France estimait que cette taxe rapportait près de 1,2 milliard d'euros à l'Etat, dont 850 millions d'euros "payés directement ou indirectement par les collectivités, et in fine les contribuables".

Cette prise de parole intervient à la veille d'une réunion des différentes parties prenantes au projet, organisée par le ministère de la Transition écologique. "Nous avons des raisons de douter que la concertation en soit vraiment une", a encore déclaré Jean-François Vigier, assurant que les gestionnaires des déchets sont "très combatifs sur (leurs) arguments" en défaveur du projet.

 

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis