Coopératives : un modèle non délocalisable et ancré dans les territoires
Bien que marginales dans l'économie française, les coopératives affichent une forte résistance aux chocs et un ancrage territorial rarement égalé. Une étude de l'Institut Terram montre qu’elles jouent un rôle important dans le maintien de l’emploi local et formule plusieurs recommandations pour favoriser leur développement.
© Institut Terram – octobre 2026 et Adobe stock. Source : calculs des auteurs, Insee
Si elles ne représentent qu'une faible part de l'économie française, les coopératives jouent un rôle souvent essentiel dans le maintien d'activités et d'emplois locaux. C'est l'un des principaux enseignements de l'étude Coopératives : une économie d'ancrage, publiée le 14 octobre par l'Institut Terram. Le rapport montre comment ces entreprises, dont la gouvernance repose sur leurs sociétaires plutôt que sur des actionnaires extérieurs, contribuent à la stabilité économique des territoires et résistent davantage aux chocs.
En 2023, les auteurs recensent 21.716 établissements coopératifs employant 320.211 salariés en équivalent temps plein. Leur implantation dessine "un croissant qui va de l'Ouest atlantique à l'Alsace en passant par Paris et la vallée du Rhône". Les départements de Loire-Atlantique et du Rhône figurent parmi les plus fortement dotés (avec environ 600 coopératives chacun).
L'étude souligne toutefois que le poids économique des coopératives est difficile à appréhender. Elles ne représentent que 0,37% des établissements recensés et 1,09% de l'emploi salarié selon le périmètre retenu, mais leur influence apparaît nettement plus importante dans certains secteurs comme l'agriculture, la banque ou l'économie sociale et solidaire.
Un capital moins mobile que dans les entreprises classiques
Pour Nadine Levratto, directrice de recherche au CNRS et responsable scientifique de l'étude, le principal apport des coopératives réside dans leur ancrage territorial. "Une coopérative irrigue l'économie territoriale et constitue un point d'ancrage important pour l'emploi du territoire", explique-t-elle à Localtis.
Cette stabilité s'explique notamment par des caractéristiques propres au modèle coopératif : réserves impartageables, gouvernance collective et présence dans le sociétariat d'acteurs directement liés au territoire. Dans certains cas, des collectivités peuvent également participer à la gouvernance, notamment au sein des sociétés coopératives d'intérêt collectif (Scic).
Selon l'étude, ces particularités rendent les coopératives moins susceptibles de déplacer leurs activités ou de fermer des sites pour des raisons financières de court terme.
Des entreprises qui résistent mieux aux crises
Les auteurs mettent également en avant la capacité d'adaptation des coopératives.
Après une progression rapide avant la crise sanitaire, l'emploi coopératif a continué à croître entre 2019 et 2023 alors que plusieurs secteurs traversaient des difficultés importantes. Près de 4.000 emplois auraient ainsi été créés entre 2020 et 2022.
L'étude relève également un redressement marqué des résultats financiers après 2019, même si cette évolution est en partie liée à la hausse des prix agricoles et à certaines spécificités comptables du secteur.
Le cas d'Acome, spécialiste des câbles de haute technicité implanté dans la Manche et première Scop française par son chiffre d'affaires (535 millions d'euros en 2024), illustre cette logique d'ancrage territorial. Malgré son développement international, l'entreprise demeure fortement enracinée dans son territoire historique de Romagny-Fontenay, où elle conserve l'essentiel de ses capacités industrielles même si son siège est à Paris. "Le territoire n'avait pas d'avantage économique spécifique, mais la coopérative est née là-bas, c'est un beau succès industriel, et elle joue un rôle majeur pour le territoire ; elle le structure par sa présence", souligne Nadine Levratto.
Un outil de développement territorial encore sous-exploité
Au-delà du constat, les auteurs plaident pour une politique publique plus volontariste en faveur des coopératives.
Le rapport recommande de faciliter les transmissions d'entreprises sous forme coopérative, notamment lorsque des activités industrielles ou de services sont menacées. Il préconise également de développer des outils de financement adaptés, à l'image des certificats coopératifs d'investissement, afin de renforcer les fonds propres de structures souvent pénalisées dans leur accès au capital. "Il s'agit d'éviter ce qu'il s'est passé autour de Duralex, insiste Nadine Levratto, souvent les coopératives ont du mal à attirer des fonds d'investissements, il faut les aider à récupérer des fonds propres." Après de nombreux rebondissements et une tentative de coopérative (lire notre article), le tribunal de commerce d'Orléans a finalement validé, mercredi, le projet de reprise de Tomé, connue pour avoir déjà repris Tupperware France en 2025. Le projet prévoit la sauvegarde de 155 des quelque 220 emplois de la célèbre verrerie.
Pour les collectivités, les marges d'action apparaissent nombreuses. Les auteurs citent notamment le développement des Scic, qui permettent d'associer dans une même gouvernance salariés, usagers, entreprises, associations et collectivités autour d'un projet territorial. Ces structures peuvent constituer un cadre adapté au maintien de commerces de proximité, à la reprise de services essentiels, au développement d'activités agricoles ou encore à la gestion de tiers-lieux et d'équipements collectifs.
L'étude invite également les régions et les intercommunalités à intégrer davantage l'économie coopérative dans leurs stratégies de développement économique. Cela passe par un meilleur accompagnement des projets de reprise d'entreprises, par la mobilisation des outils d'ingénierie économique disponibles localement et par une sensibilisation accrue des chambres consulaires, des agences de développement et des réseaux d'accompagnement à l'entrepreneuriat.
"Il faut une politique volontariste qui favorise l'éclosion d'autres coopératives"
Les auteurs estiment enfin que les coopératives pourraient constituer un levier utile dans plusieurs politiques publiques aujourd'hui au cœur des préoccupations des élus locaux : réindustrialisation, maintien des services en milieu rural, revitalisation des centres-bourgs, transmission des exploitations agricoles ou encore sécurisation des activités stratégiques dans les territoires fragiles.
Le rapport cible plus particulièrement les territoires où le tissu coopératif demeure peu développé, notamment la Corse, le Centre-Val de Loire, les outre-mer et certains départements d'Occitanie. Pour ses auteurs, ces régions disposent d'un potentiel encore largement inexploité alors même qu'elles font face à des enjeux de maintien de l'emploi, de renouvellement du tissu économique et d'accès aux services. "Il faut une politique volontariste qui favorise l'éclosion d'autres coopératives, même s'il est important d'avoir aussi des startups et des licornes, affirme Nadine Levratto, ce sont des entreprises qui ont un taux de croissance plus lent que les autres mais elles durent plus longtemps et disparaissent moins."