Cybersécurité : face à la multiplication des fuites de données, le gouvernement cherche à accélérer sa riposte
Alors que la liste des fuites de données concernant des entités publiques ne cesse de s'allonger, le gouvernement multiplie les initiatives pour tenter de colmater les brèches. Outre l'augmentation des moyens alloués à la cybersécurité par les ministères, le gouvernement a décidé de faire appel à l'IA via un nouveau partenariat avec Mistral.
© Adobe stock
Après la DGFiP et l'Éducation nationale, la série noire continue pour les fuites de données dans la sphère publique. Le 2 septembre 2026, le ministère de la Transition écologique a reconnu avoir été visé par une cyberattaque et l'Anssi a confirmé être intervenue à la suite de "suspicions de compromission de certains comptes utilisateurs". Le site French Breaches évoque une intrusion facilitée par une mauvaise configuration d'API et la subtilisation de deux bases contenant des données personnelles.
La plateforme logements vacants siphonnée
Autre service de l'État touché selon la même source, affectant plus directement les collectivités, la plateforme Zéro logement vacant. Opérée par la direction générale de l'aménagement, du logement et de la nature, elle aide les communes à repérer et contacter les propriétaires de logements vacants à partir de la base Lovac (données fiscales et foncières). L'attaque a été revendiquée fin août par le groupe ZeroBytes, déjà associé aux intrusions visant la DGFiP et l'Education nationale. Ce dernier revendique près de 149 millions de lignes extraites, dont un fichier national de propriétaires comptant plusieurs dizaines de millions de personnes.
Augmentation des budgets cyber ministériels
La multiplication de ces fuites place la cybersécurité au cœur de la rentrée gouvernementale. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, l'a inscrite à l'agenda du séminaire gouvernemental qui s'est tenu le 31 août. Au-delà des moyens, il a rappelé que la cybersécurité était d'abord une question "d'hygiène informatique", à faire respecter par l'ensemble des agents. D'ici le 15 septembre, chaque ministère doit finaliser sa stratégie de cybersécurité et rendre opérationnelles les mesures décidées en avril dernier. Les ministères devront aussi consacrer au moins 5 % de leur budget numérique à la cybersécurité à partir de 2027. Des montants qui s'ajoutent aux 200 millions d'euros déjà annoncés.
Mistral appelé en renfort
Le problème semble cependant moins financier qu'organisationnel : c'est un des angles retenus par le député Philippe Latombe pour l'enquête parlementaire qu'il entend lancer. Le déficit de compétences est également flagrant à l'heure où l'IA joue un rôle déterminant en matière de cybersécurité, avec une accélération très nette des capacités des modèles d'IA à détecter - ou exploiter si l'on se place du côté des attaquants - des failles de sécurité.
Pour relever ces enjeux, le gouvernement a décidé de faire appel à Mistral, ont révélé Les Échos le 2 septembre. Un partenariat, doté de 6 millions d'euros, a en effet été signé avec le champion français de l'IA, au-delà de la mise à disposition d'un chatbot pour les fonctionnaires de l'Etat déjà actée (notre article du 16 juin 2026). "Il est urgent de faire appel à l'IA pour se protéger de l'IA", a déclaré le ministre de l'Action et des comptes publics David Amiel. Concrètement, des ingénieurs de Mistral vont être déployés dans les ministères pour les aider à déployer des cas d'usage. Outre la cybersécurité, l'IA va être mobilisée pour la lutte contre la fraude et la gestion en masse des contentieux.
Les Service départemental d'incendie et de secours également ciblésLes sites de l'Etat ne sont pas seuls à être victimes de fuites de données. Outre la mention régulière de collectivités, French Breaches estime qu'au moins 14 Sdis ont été victimes de cyberattaques en 2026, dont plusieurs cet été. Dans les dernières révélations figurent les services d'incendie et de secours des Vosges, de la Moselle, de la Somme, du Bas-Rhin, du Gard, de l'Essonne et des Bouches-du-Rhône. La nature des attaques est très variable mais des données personnelles sur les pompiers voire sur l'activité des services ont pu fuiter. |