Dans les musées, un équilibre délicat entre hausse tarifaire et ouverture à tous les publics
Alors que les musées nationaux ont quasiment doublé leurs recettes de billetterie en dix ans, une mission sénatoriale propose des pistes pour maintenir une ouverture à tous les publics malgré les hausses des tarifs.
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Dans les musées, les hausses de tarifs doivent être maniées avec prudence, avertit la commission des finances du Sénat dans un rapport d'information publié le 1er juillet. Dès leur introduction, les rapporteurs pointent un dilemme : "La politique tarifaire des musées et des monuments nationaux est un compromis permanent. D'un côté, les établissements sont encouragés à développer leurs ressources propres, dans un double objectif de bonne gestion des finances publiques et d'accroissement de leur autonomie. De l'autre côté, il est indispensable de garantir une ouverture géographique et sociale des musées."
Alors, cet équilibre entre développement des ressources propres et ouverture à tous les publics est-il respecté ? Le rapport nous dit d'abord que les musées nationaux, objets de l'étude, ont enregistré entre 2016 et 2025 une augmentation des recettes de billetterie de 95,1% en s'appuyant notamment sur des hausses de tarifs "qui progressent plus rapidement que l'inflation dans la quasi-totalité des établissements", puisqu'elles sont comprises entre +27% au musée d'Orsay et +73% au château de Chambord.
Pas de corrélation entre tarifs et fréquentation
Le rapport nous dit ensuite que "sur longue période, aucune corrélation nette n'apparaît entre l'évolution des tarifs et celle de la fréquentation". Quand certains établissements combinent hausse tarifaire et hausse de fréquentation, d'autres connaissent une baisse de fréquentation et une hausse du tarif. Seuls deux établissements sur sept enregistrent une baisse de fréquentation en dix ans, tandis que le château de Chambord connaît la hausse de fréquentation la plus forte (+55,5%) malgré son record en matière de hausse des prix.
Mais attention, préviennent les rapporteurs : si le rendement est "avéré", il existe un risque d'éviction sociale "mal mesuré". De plus, une fréquentation stable peut masquer une modification de la composition du public, avec, d'un côté, le renoncement de visiteurs aux revenus modestes, et de l'autre, la progression du tourisme international ou de publics moins sensibles au prix. D'ailleurs, une enquête de 2024 indique que 36% des Français avaient renoncé à une visite patrimoniale au cours des douze mois précédents en raison d'un prix trop élevé, quand dix ans plus tôt ils n'étaient que 19% dans la même situation.
Des tarifs d'abonnement selon les revenus
Dès lors, quels leviers actionner pour continuer à développer les recettes tout en garantissant un accès aux musées à un public de proximité ? La gratuité, en premier lieu. Entre 2015 et 2025, on est passé de 41% à 43% d'entrées gratuites pour l'ensemble des visites des musées concernés, ce qui protège l'ensemble des populations bénéficiaires, mais a surtout profité aux jeunes des classes moyennes.
Les rapporteurs se montrent également favorables à une tarification différenciée entre les visiteurs résidents et non-résidents de l'Espace économique européen (EEE), déjà mise en place dans certains établissements et dont le rendement semble prometteur, même s'ils en attendent encore une évaluation.
Mais ils recommandent surtout de développer la modulation saisonnière et horaire des tarifs – y compris en horodatant les billets pour permettre une meilleure gestion des flux –, et plus encore d'expérimenter une différenciation tarifaire des abonnements – vus comme un instrument de fidélisation et de diversification des publics – fondée sur le revenu des ménages. Une solution qui a déjà été mise en œuvre par Niort Agglo, où les habitants bénéficient de réductions sur les abonnements selon leur quotient familial. Ou quand les musées territoriaux inspirent les musées nationaux...