Sécurité et sûreté des musées : des moyens insuffisants, notamment pour les musées territoriaux
Lancée après le cambriolage du Louvre en octobre 2025, la commission d'enquête sur la sécurisation des musées a rendu son verdict : elle estime la France mal préparée face à des risques accrus. Elle demande plus de moyens financiers mais également des outils d'information et de dialogue entre professionnels pour créer une véritable culture commune de la sécurité dans les musées. En sachant que 85% des musées labellisés "Musée de France" sont détenus par des collectivités.
© @APortier_off/ Alexis Corbière et Alexandre Portier
Les musées français sont insuffisamment préparés pour faire face aux risques liés à la sécurité des œuvres et des personnes, déplore le rapport de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la protection du patrimoine national et la sécurisation des musées, rendu public le 13 mai. En conséquence, il demande, entre autres, la création de référentiels et d'obligations en matière de sûreté et un renforcement des moyens financiers.
Cette commission d'enquête a été lancée en décembre 2025 à la suite du spectaculaire vol au Louvre de huit joyaux de la Couronne d'une valeur estimée à 88 millions d'euros survenu le 19 octobre. Pourtant, dès son introduction, le rapporteur dépasse cet évènement pour faire état d'un tableau plus vaste : selon l'enquête annuelle du ministère de la Culture, en 2024, seuls 23% des 616 musées ayant répondu sur le sujet de la sécurité disposaient d'un plan d'urgence et de prévention des risques, 25% d'un plan finalisé de sauvegarde des biens culturels, 54% d'un système de vidéosurveillance et 64% de consignes de sécurité formalisées. "Ces chiffres apparaissent pour le moins préoccupants", s'alarme le rapporteur.
Des risques toujours plus nombreux
Après avoir rappelé que "l'objectif de protection du patrimoine, qui se trouve au cœur même de la mission de conservation confiée au musée, ne doit jamais se voir dissocié d'un corollaire indispensable : l'exposition des œuvres au public", le rapporteur dresse un état des menaces qui pèsent sur les musées et s'appuie sur un phénomène nouveau : "l'écueil de la surfréquentation [...] qui bouscule l'équilibre entre ouverture et protection". Avec plus de 73 millions de visiteurs accueillis en 2023 dans les musées de France, la fréquentation était en hausse de 14% par rapport à 2022 et de 46% par rapport à 2003. Or, cette "augmentation continue et structurelle du nombre de visiteurs [...] n'est pas sans conséquences sur la protection des sites et des collections qu'ils hébergent".
Côté menaces, le rapport cite des manifestations de vandalisme "en recrudescence", l'émergence des risques naturels et climatiques ou encore technologiques, visant les données financières ou patrimoniales des musées, mais surtout un accroissement des vols, non en nombre – environ dix-huit vols en France par an en moyenne sur les quinze dernières années – mais en violence : déclenchement volontaire d'un incendie, attaques à main armée, etc. Autant de moyens face auxquels les dispositifs de sécurité existants "peuvent rapidement trouver leurs limites".
Un effort hors de portée de la plupart des musées
Le rapporteur estime ainsi "qu'il est légitime de s'interroger, notamment au regard des moyens actuellement déployés pour la sécurité des musées, sur leur capacité à rivaliser avec les bijouteries parfois très proches de la place Vendôme", lesquelles "changent tous les cinq ans leurs vitrines pour s'adapter à l'évolution des normes et du matériel d'effraction". Or, déplore le rapporteur, "un effort comparable demeure, même après l'électrochoc constitué par le vol commis au Louvre, hors de portée de la plupart des musées français aujourd'hui". D'autant plus si l'on considère que 85% des 1.218 musées labellisés "Musée de France" sont détenus par des collectivités territoriales, principalement des communes et des départements.
Mais alors qu'une "meilleure diffusion des principes de la conservation préventive constitue un élément essentiel pour renforcer la sûreté et la sécurité des collections", et qu'il existe un vadémécum décrivant "de façon exhaustive l'organisation idéale de la démarche", le rapport note que "la réalité de terrain des moyens disponibles dans les musées de France conduit à remettre en cause l'effectivité de ces préconisations". Il ajoute que "les moyens financiers disponibles pour faire établir les diagnostics de risques sont parfois manquants, surtout dans les petits établissements".
Les musées territoriaux mieux accompagnés
Plus globalement, les "besoins considérables" des musées en matière de sécurité et de sûreté sont jugés "non couverts" par les moyens actuels. Un manque de moyens doublé d'une irrégularité de l'engagement budgétaire de l'État en faveur du patrimoine constaté depuis le début des années 2000 mais également d'une "érosion des financements publics", y compris pour les musées territoriaux.
Pour finir sur les constats, le rapport met en cause, en ce qui concerne les grands musées nationaux, "le lent désengagement de la tutelle [de l'État] au nom de l'autonomie des établissements", alors qu'à l'inverse, les musées territoriaux sont "globalement mieux accompagnés". Dès lors, "la principale difficulté à laquelle sont confrontés les musées territoriaux ne tient pas à leur gouvernance mais à l'insuffisance des moyens financiers dont ils disposent pour réaliser les investissements nécessaires à la sécurisation du bâti".
On peut ajouter aux difficultés liées aux moyens celle ayant trait à "l'accent mis sur le rayonnement et les grands projets muséographiques" aux dépens de la sécurité. Ainsi, l'analyse par la commission des quarante-trois lettres de mission adressées à des dirigeants des musées nationaux ne met en évidence une priorité à la sûreté des œuvres et des personnes que dans 55% des cas, loin derrière l'accueil des publics et l'éveil artistique et culturel (100%). Ce qui, in fine, fait de la sûreté-sécurité "une question transversale mal appréhendée".
Instaurer une culture de la sécurité partagée
Au chapitre des recommandations, on remarque un premier axe portant sur le pilotage stratégique des établissements par leur autorité de tutelle en matière de sécurité, et un autre visant à créer des référentiels et des obligations en matière de sûreté pour les établissements. Il est également question d'accroître les moyens en faveur de la sécurisation des musées par une augmentation, d'une part, des subventions de l'État au bénéfice des établissements culturels et un fléchage de ces montants vers les investissements indispensables en matière de sécurité, d'autre part, du fonds de sûreté voté dans le cadre de la loi de finances pour 2026 en le faisant passer de 30 à 50 millions d'euros afin d'accompagner l'ensemble des musées dans la mise aux normes de leurs dispositifs de sûreté et de sécurité.
Mais l'axe le plus fourni vise à instaurer une culture de la sécurité partagée entre les dirigeants des établissements, les agents, la tutelle et les forces de l'ordre. Ici, on parle notamment de mettre en place, au sein du ministère de la Culture, un système d'alerte et de diffusion des informations relatives aux risques à destination des musées de France, de mettre en place des dialogues formalisés entre musées d'un même territoire sur les enjeux spécifiques de sûreté et de sécurité afin de favoriser le partage de bonnes pratiques, de créer des modules de formation continue en matière de sûreté et de sécurité à destination des membres de l'équipe dirigeante des musées et de leurs agents, ou enfin de sensibiliser élus locaux et services techniques des collectivités territoriales aux enjeux de sûreté et de sécurité des musées.