Désinformation : une étude montre la nécessité d'une approche systémique

Un rapport commandé par Viginum, l'entité en charge de la lutte contre les ingérences numériques étrangères, dresse un état des connaissances académiques sur la manipulation de l'information. Au-delà de la régulation des algorithmes, l'étude montre la nécessité d'actions structurelles comme la lutte contre les "déserts médiatiques", l'éducation aux médias ou le soutien aux espaces locaux de sociabilité.

Viginum, en lien avec la direction interministérielle de la transformation publique (DITP) a publié le 11 février 2026 un état des lieux de la recherche académique sur la désinformation. Objectif : identifier les leviers pour lutter efficacement contre un phénomène susceptible de saper les processus démocratiques.

Clarification des menaces

Le rapport commence par clarifier les enjeux en distinguant trois nuances dans la manipulation d'information. Tout d'abord la "mésinformation" ou diffusion involontaire d'une information erronée, sans intention de nuire. La désinformation consiste, elle, à relayer délibérément des informations fausses dans l'intention de nuire. Enfin, la "malinformation" vise à publier délibérément des informations vraies mais privées ou sorties de leur contexte, pour obtenir un avantage politique ou commercial. 

Les ingérences numériques étrangères (INE) sont enfin la menace la plus sérieuse, car elles entendent saper les processus démocratiques. Chacune de ces menaces appelle une réponse adaptée, la régulation des algorithmes ne pouvant, par exemple, tout traiter.

Le défaut de discernement relativisé

Le rapport souligne que l'adhésion aux fausses informations n'est pas seulement un défaut de discernement. Les études analysées montrent en effet que les fausses informations ne représentent que 0,16% du temps de consommation médiatique en France. Et la crédulité des individus est surestimée. Il existe même un "biais de scepticisme" qui conduit certains à douter de toute idée contredisant ses opinions.

Le succès des infox apparaît surtout lié à un terreau favorable. Une information est d'autant plus crue qu'elle conforte un sentiment d'injustice, une méfiance institutionnelle ou donne de la cohérence à un monde perçu comme chaotique. Et celles qui s'alignent sur un "récit endogène" préexistant ont toutes les chances de prospérer.

Des facteurs structurels

Le rapport identifie ensuite des facteurs structurels qui amplifient le phénomène.

La concentration des médias. Le rapport Media Pluralism Monitor de la Commission européenne pointe pour la France "une concentration très forte du marché aux mains de quelques grands groupes". Or la concentration médiatique accroît la vulnérabilité aux infox et alimente une défiance généralisée envers une information perçue comme contrôlée. 
Le déclin de la presse locale. Le rapport relève que certains territoires sont de véritables "déserts médiatiques". Ce vide tend à être comblé par les réseaux sociaux au détriment de la fiabilité de l'information. 
Les inégalités sociales et économiques. Le rapport pointe le lien étroit entre précarité, moindre confiance institutionnelle et enfermement dans des bulles algorithmiques idéologiquement homogènes. 
La disparition des espaces de sociabilité. Les lieux où les opinions se confrontent — associations, équipements culturels, tiers-lieux — sont des infrastructures de résilience démocratique. Leur attrition a des conséquences directes sur la polarisation et l'isolement qui rendent les individus perméables aux manipulations.

Formation et actions de long terme

Le rapport passe ensuite en revue l'efficacité des moyens pour lutter contre la désinformation. Il s'agit tout d'abord de renforcer les capacités cognitives des individus. L'immunisation psychologique consiste ainsi à démonter les mécanismes rhétoriques de la désinformation avant que des individus n'y soient confrontés. À l'inverse, le "fact checking" détricote des faits et croyances erronées après leur diffusion. L'importance de l'éducation aux médias pour améliorer les capacités de discernements est aussi mis en avant.

L'approche corrective a ensuite ses limites car l'identité de l'émetteur compte autant que le message. Des démentis portés directement par une institution peuvent produire l'effet inverse et renforcer la défiance (effet rebond). Les pouvoirs publics sont invités à soutenir des acteurs préexistants — associations, journalistes, enseignants — en les outillant plutôt que de se positionner eux-mêmes en arbitres du vrai et du faux.

Le rapport insiste surtout sur la nécessité de bâtir une "résilience systémique". Il s'agit d'agir sur les algorithmes et le design des plateformes pour réduire la portée des infox et pousser des contenus fiables. La promotion du pluralisme des médias, la revitalisation et modernisation de la presse locale comme la lutte contre les déserts médiatiques sont ensuite la clé d'un impact durable.

En conclusion, le rapport souligne qu'aucune technique ne se suffit à elle seule. Une lutte efficace nécessite une approche multifactorielle combinant des actions au niveau individuel, sur l'environnement informationnel et l'appui sur des structures sociales pour réduire la "demande" de récits trompeurs alimentée par la précarité et la défiance.

 

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