Économie circulaire : l’emploi progresse, mais les dynamiques restent très territorialisées

L’emploi lié à l’économie circulaire a progressé près de deux fois plus vite que l’emploi total en France entre 2009 et 2024. Mais cette dynamique reste très inégale selon les territoires. Une étude de La Fabrique de l’industrie met en évidence le rôle de la diversité économique locale et des coopérations entre secteurs dans le développement de ces activités.

Réemploi, réparation, recyclage, valorisation des déchets… l’économie circulaire constitue désormais un champ à part entière des politiques de transition écologique. Mais derrière les objectifs nationaux et européens, c’est à l’échelle locale que se joue une grande partie de sa mise en œuvre. C’est ce que montre l’étude "Économie circulaire : une cartographie des emplois", publiée par La Fabrique de l’industrie et réalisée par les économistes Abdoulaye Kané et Nadine Levratto. À partir des données de l’Urssaf-Acoss, les auteurs analysent l’évolution de l’emploi circulaire dans les zones d’emploi françaises entre 2009 et 2024.

Une nette accélération depuis 2015

Après un démarrage timide, sur l’ensemble de la période 2009-2024, l’emploi circulaire a augmenté de 25,78%, contre 13,94% pour l’emploi total. L’étude distingue d’ailleurs trois périodes. Entre 2009 et 2015, l’emploi circulaire a progressé modestement, avec 9.593 créations nettes d’emplois, puis a connu une accélération entre 2015 et 2019 (47.154 emplois supplémentaires) qui s’est accentuée entre 2020 et 2024 (59.457). La crise sanitaire n’a donc pas interrompu cette progression, contrairement à ce qui a été observé pour l’emploi total.

La progression a concerné 259 zones d’emploi sur 287 en France métropolitaine, tandis que 26 connaissent une évolution négative et deux une stagnation. Dans cette géographie de l’emploi circulaire, l’étude montre que les zones d’emploi de la moitié sud ainsi que celles situées le long de l’Atlantique ont porté l’essentiel de cette croissance. Même si d’importants écarts géographiques ont été observés. Les métropoles et plusieurs territoires littoraux affichent ainsi des dynamiques particulièrement favorables, alors que certains espaces ruraux ou territoires industriels en reconversion restent davantage en retrait. Cependant, insistent les auteurs, cette configuration territoriale ne se résume pas à cette opposition entre villes et campagnes. Les chercheurs identifient huit configurations territoriales, en croisant notamment la densité d’emplois circulaires, la structure productive, le poids de l’industrie, la diversité des activités et le chômage. Certains territoires industriels très spécialisés, comme Châtellerault, ou plus diversifiés, comme Chalon-sur-Saône, Cherbourg ou Dunkerque, présentent ainsi une forte concentration d’emplois circulaires. Paris constituant une autre configuration spécifique.

La diversité économique comme facteur clé

L’un des principaux enseignements de l’étude est qu’"il n’existe pas de modèle unique de territoire propice au développement de ces activités". Les déterminants de l’économie circulaire peuvent donc varier d’un territoire à l’autre. La présence d’une industrie importante ne suffit pas à garantir une dynamique circulaire, pas plus qu’une forte spécialisation économique. Un propos que les auteurs illustrent en expliquant que, par exemple, "un taux de chômage élevé est corrélé positivement avec l’emploi dans les activités circulaires de consommation responsable, ce qui n’est pas le cas dans les modèles d’allongement de la durée de vie des produits et ni dans le traitement et la valorisation des déchets".

Reste que les métropoles doivent être considérées comme les véritables moteurs de l’économie circulaire. Dans 22 d’entre elles, à l’exception de Dijon, l’emploi circulaire a ainsi progressé en 2009 et 2024. C’est notamment le cas à Brest, Grenoble, Montpellier, Nancy, Rennes ou encore Toulon où cette progression a atteint en moyenne +34% en moyenne. Loin, cependant du premier de la classe, Toulouse, qui affiche +45,5% de progression.

Autre phénomène notable, cette progression s’est accompagnée d’une diminution du nombre d’établissement relevant de l’économie circulaire, signe d’une concentration vers un modèle de structures de plus grande taille.

 

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