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Emmanuel Macron aux maires : un déconfinement "adapté aux territoires"

Pas de déconfinement "régionalisé" mais "adapté aux territoires", retour à l'école sur la base du volontariat des parents, port du masque probablement imposé dans les transports… L'Élysée a annoncé plusieurs axes directeurs de l'après-11 mai ce jeudi 23 avril, à l'issue d'un échange entre Emmanuel Macron et des représentants des maires.

A l'issue d'une réunion de plus trois heures en visioconférence avec un panel de maires - dont les présidents des associations d'élus et une dizaine de maires de grandes villes -, le chef de l'Etat a annoncé que le cadre national du déconfinement devra être adapté et "territorialisé", selon des propos rapportés par l'Elysée. Territorialisé... mais pas décliné par régions, échelle qui "ne correspond pas aux réalités des territoires" diversement touchés par l'épidémie. Ceci a été précisé alors que cette idée de "régionalisation" bruissait depuis la veille, notamment du fait qu'Emmanuel Macron avait évoqué mercredi lors de son déplacement en Bretagne la possibilité de mesures différentes "selon les secteurs d'activité ou selon les régions".  "Une des propositions sur lesquelles travaille le gouvernement, c'est d'adapter les mesures de déconfinement à la réalité, la réalité d'une école, la réalité d'un quartier, la réalité d'une commune, d'un département ou d'une région", avait déclaré jeudi matin le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

La fin du confinement devra se préparer avec les maires, a en tout cas insisté le président de la République, alors que nombre de ces élus locaux ont fait part de leurs inquiétudes ces derniers jours, en particulier s'agissant du retour des élèves en classe et de l'"enjeu sanitaire considérable" qu'il représente, selon les termes de l'Association des maires de France.

Sur ce point, celui de la reprise scolaire à partir du 11 mai, priorité sera sans doute donnée aux "plus jeunes, ceux qui ne sont pas autonomes", ainsi qu'aux enfants "les plus en difficulté". Et se fera dans tous les cas sur la base du volontariat des parents, "sans obligation de retour à l'école", précise l'Élysée. Cette rentrée sera "progressive, concertée avec les élus locaux et adaptée aux réalités locales", notamment en fonction de la taille des communes. Le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, avait déjà annoncé mardi un retour à l'école étalé sur trois semaines par niveaux, avec des groupes de 15 élèves au maximum. Et avait déjà précisé que si une famille ne voulait pas envoyer son enfant à l'école, ce serait possible mais avec obligation de suivre l'enseignement à distance.

Dans les transports publics, "il faudra probablement imposer le port du masque", a en outre fait savoir l'Élysée – donc pas davantage de précisions par rapport à ce qu'avait déjà dit Edouard Philippe –, évoquant un "cahier des charges organisationnel et sanitaire pour la reprise".

Sur le sujet des masques, "il y aura toujours une priorisation des masques FFP2 et chirurgicaux aux soignants" et l'exécutif reste "dans le registre de la recommandation à ce stade" pour sa généralisation au grand public "car il faut avant tout respecter les gestes barrière". Emmanuel Macron a toutefois encouragé les maires à acheter de manière massive des masques grand public. Mais "dans une logique de recommandation, pas d'obligation".

Concernant le calendrier, le chef de l'État "s'est engagé à ce que le cadre soit présenté [aux élus locaux] en début de semaine prochaine" par le "Monsieur déconfinement" du gouvernement, Jean Castex, notamment pour un temps de concertation et d'interactions. La présentation du plan détaillé doit intervenir début mai. Les ministres concernés ont remis mercredi à Matignon une première mouture de leurs plans sectoriels, qui seront intégrés d'ici la fin du mois.

Edouard Philippe devait pour sa part réunir les présidents de région en visioconférence ce jeudi en fin de journée depuis Strasbourg afin là aussi d'aborder "la préparation de la stratégie de déconfinement". Et notamment "les questions essentielles que sont l'équipement des Français en masques grand public, la stratégie de dépistage et la réouverture des lycées, gérés par les régions". La réunion devait aussi permettre de "faire un point sur les dispositifs de soutien à l'activité économique.

Vendredi à 11 heures, le Premier ministre tiendra cette fois une visioconférence avec les représentants de l'Assemblée des départements de France (ADF). Trois points sont à l'ordre du jour, a indiqué l'ADF : "la gestion de crise par les départements", "la préparation du déconfinement" avec le sujet de la reprise dans les collèges, et les sujets financiers notamment liés à la perte de recettes fiscales et à l'augmentation parallèle des charges en matière de social.

Les maires ont principalement demandé jeudi à Emmanuel Macron que des consignes nationales soient fixées, mais que celles-ci puissent être adaptées localement. "Nous avons tous dit qu'il fallait plus de clarté, de souplesse. Il faut qu'il y ait des consignes nationales, mais qu'ensuite elles puissent être adaptées", a raporté à l'AFP le président de l'Association des petites villes de France (APVF), Christophe Bouillon, poursuivant : "Le message a été 'je vous ai entendu' (…), il a bien compris un certain nombre de demandes ou d'inquiétudes. Après, on est un peu court sur les délais". Les maires de grandes villes auraient insisté sur la nécessité de conjuguer la reprise économique avec celle des transports. "Il y a une demande très forte des grandes villes pour des consignes plus fortes sur les transports", a rapporté Christophe Bouillon.

Jean Castex aurait précisé lors de la réunion qu'il préparait également "un possible reconfinement", selon le président de l'APVF, pour lequel "il faut évidemment éviter une seconde vague" de l'épidémie. Christophe Bouillon résume le message des élus en ces termes : "Les élus présents ont réclamé plus de clarté, plus de souplesse, plus de masques et plus de tests." Mais prévient : "Il faut faire attention à ce que sous prétexte de souplesse, l’Etat ne se dégage de ses responsabilités."

Les interrogations exprimées par les élus ont porté principalement sur la réouverture des écoles, le port des masques ou la reprise des transports, rapporte pour sa part le vice-président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF), Michel Fournier. "Chacun se demande comment on peut faire au mieux pour que la sortie du confinement soit la moins dangereuse possible", a-t-il souligné. "Ce sera certainement plus précis que région par région, ça peut être secteur par secteur. Ce sera différent en fonction des situations locales", ajoute-t-il.

Même tonalité du côté de Villes de France et de sa présidente, Caroline Cayeux (trois autres maires de villes moyennes participaient à la réunion - Luc Bouard, maire de la Roche-Sur-Yon, Denis Thuriot, maire de Nevers et Laurent Marcangeli, maire d’Ajaccio) : oui il faut "définir une doctrine nationale précise qui définisse les orientations et fixe la philosophie du déconfinement, que ce soit sur le port du masque ou l’ouverture des services publics locaux", mais il faut aussi que "les mesures puissent être adaptées au niveau territorial". Et c'est effectivement le couple maire-préfet mis en avant par l'exécutif qui sera "en capacité de gérer au mieux la crise au niveau local".

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a indiqué sur Twitter être "revenue sur la nécessité d’avoir des masques et des tests". S'agissant des écoles et des crèches, elle a estimé qu'"à Paris, les enfants des parents travaillant dans les services essentiels doivent être les principaux concernés, tout comme les enfants qui souffrent le plus de l’éloignement scolaire". Elle a en outre proposé "que l’Etat, avec les départements, vienne en soutien des familles fragilisées par la crise sanitaire via des aides sociales".

Jérôme Salomon : éviter les mouvements de population

Les modalités du déconfinement à partir du 11 mai devront éviter les déplacements de population entre zones touchées par l'épidémie de coronavirus et celles moins affectées, a estimé jeudi le directeur général de la Santé.

"Ce qu'il faudra éviter ce sont les transports interrégionaux et les échanges de population entre des zones massivement touchées et des zones peu touchées, (ou) c'est comme ça qu'on va réactiver la circulation du virus. (...) C'est une attitude que l'on doit avoir lors du déconfinement, d'être très attentifs aux flux interrégionaux", a déclaré Jérôme Salomon, interrogé par la mission d'information de l'Assemblée nationale sur le Covid-19. "On n'a pas d'explication sur la circulation virale et le fait qu'il y ait ou non des zones touchées. Les départements français sont touchés de façon extrêmement hétérogène alors que nous avons un système de santé assez homogène sur le territoire," a-t-il déclaré.  "Le risque de reprise épidémique existe, il faut nous y préparer", a-t-il insisté, relevant que "l'immunité actuelle est faible".
"On ne va pas souhaiter une immunité collective alors qu'on part de 5,6% et qu'on souhaite atteindre les 60%, parce qu'il n'est pas question que la circulation virale se poursuive à un très haut niveau, il n'est pas question que nous acceptions de nouveaux morts en grand nombre ou de nouvelles personnes en réanimation avec des drames humains," a poursuivi le Pr Salomon. "L'objectif est bien que nous ayons la circulation virale la plus faible, le nombre de malades le plus faible, le nombre d'admissions le plus faible. Et toutes les mesures barrière, les mesures de distanciation physique, les mesures de distanciation sociale qui vont se poursuivre avec le télétravail et la réduction des contacts pendant des semaines et des mois, ont pour objectif d'attendre que nous ayons des stratégies thérapeutiques et des stratégies vaccinales," a-t-il dit.

 

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