Tourisme - En 2016, plus d'un touriste sur dix s'est logé via une plateforme en ligne

Selon une étude de l'Insee sur "Les logements touristiques de particuliers proposés par internet", l'intermédiation locative a augmenté de 30% entre 2015 et 2016 jusqu'à représenter, l'année dernière, 11% de la fréquentation des hébergements touristiques marchands. Toujours selon l'Insee, l'intégration de ces données conduirait à un diagnostic conjoncturel plus favorable sur le tourisme en France.

L'Insee publie, dans la dernière livraison de sa lettre "Insee Analyses", une étude inédite sur "Les logements touristiques de particuliers proposés par internet", autrement dit par les plateformes de réservations touristiques en ligne de type Airbnb. Il s'agit, en l'occurrence de la première estimation statistique fiable du phénomène. Et les résultats confirment à la fois les raisons des difficultés rencontrées par les hébergements touristiques "classiques" - à commencer par les hôtels - face à cette concurrence nouvelle et tout le potentiel, pour les collectivités territoriales, de la mise en place de la taxe de séjour sur les locations correspondantes (voir notre article ci-dessous du 7 février 2017).

Une hausse de 36% en province

En 2016, l'intermédiation locative a représenté 11% de la fréquentation des hébergements touristiques marchands, dans l'ensemble comprenant l'offre des entreprises : hôtels, campings, résidences de tourisme... Sa part de marché atteindrait même 16% des nuits passées par les touristes, soit près de 26 millions de nuits.
En pleine crise touristique, l'intermédiation locative a connu une expansion exceptionnelle, avec une hausse de 30% par rapport à 2015. Contrairement à une idée reçue, ce sont les résidents français et non les touristes étrangers qui ont tiré l'activité des plateformes. Les nuitées des touristes français par le biais de ces dernières ont en effet augmenté de 36% l'an dernier, contre 19% pour les étrangers. Les Français représentent ainsi environ 66% de l'activité des plateformes, contre 63% en 2015.
Autre enseignement : la province représente désormais 80% de l'offre d'intermédiation locative touristique française, avec une hausse de l'activité de 36% l'an dernier. Le marché francilien - qui a décollé plus tôt - semble en revanche parvenu à maturité, avec une progression de 10% en 2016. Selon l'Insee, "l'extension régulière de l'offre en province indiquerait que les ménages dans les villes, comme dans les territoires moins denses, ont pris exemple du succès très médiatisé de ce type de formule à Paris et alentours pour proposer davantage de logements touristiques".
En dépit de ces premiers résultats inédits, la connaissance de l'offre touristique des plateformes locatives "n'est pas aussi complète que celle dont disposent les entreprises d'hébergement plus traditionnelles, qui assurent un accueil permanent dans leurs établissements". L'Insee estime toutefois qu'il y aurait en moyenne trois personnes par logement distribué par les plateformes. Dans cette hypothèse, leur fréquentation représenterait environ 76 millions de nuitées en 2016 (nombre de nuits multipliés par celui du nombre d'occupants du logement) en 2016, ce qui permet d'arriver aux 16% de l'ensemble des nuitées dans les hébergements marchands.

Une réévaluation surprise de l'activité touristique en 2016

Ces chiffres révélés pour la première fois ont une conséquence inattendue. Selon l'Insee en effet, "la prise en compte de ces données conduirait à revoir significativement à la hausse la fréquentation touristique en France".
L'intégration de ces données sur les plateformes conduirait en effet à un diagnostic conjoncturel plus favorable sur le tourisme en France. Ainsi, l'évolution entre 2015 et 2016 de la fréquentation touristique, exprimée en nuitées, serait rehaussée de 3,9 points et deviendrait positive (+2,6%), compte tenu du fort écart de dynamique entre les plateformes et les hébergements classiques. Jusqu'à présent, la seule donnée prise en compte pour 2016 était la diminution de fréquentation de 1,3% sur le segment de l'offre d'hébergement marchand des entreprises.
La prise en compte des plateformes modifie également le diagnostic sur les nuitées des non-résidents : la clientèle étrangère ne reculerait ainsi que de 3,9% en 2016 - soit une diminution de 5,4 millions de nuitées - sur l'ensemble des hébergements marchands, alors qu'elle se replie fortement sur le champ de l'offre des entreprises (-5,2% et 6,8 millions de nuitées en moins).
Autant d'éléments qui mettent en évidence un impact économique jusqu'alors sous-estimé. Il s'agit d'un argument de poids pour les plateformes d'intermédiation locative confrontées aux demandes récurrentes de durcissement de l'encadrement de l'intermédiation locative par des grandes capitales touristiques, inquiètes pour leur activité hôtelière et craignant une contraction de l'offre de logements locatifs pour leurs habitants - et la hausse consécutive des loyers.

Airbnb propose de limiter à 120 nuitées la possibilité d'une location touristique à Paris

Prenant les devants dans ce contexte favorable, Emmanuel Marill, directeur de la filiale française d'Airbnb, a proposé, dans une interview du 28 février au Parisien, de limiter de façon automatique à 120 nuitées par an - le maximum légal pour éviter une requalification de l'activité - la possibilité pour un particulier de louer son logement via la plateforme (1). Au-delà de ce plafond, la plateforme pourrait bloquer les annonces ou signaler la situation à la ville.
Pour Emmanuel Marill, "la balle est dans le camp de la ville de Paris". Le dirigeant d'Airbnb affirme en effet "discuter depuis des semaines" avec la ville. En cas d'accord, il faudrait "environ trois mois pour démarrer" la mesure, qui resterait limitée à Paris.
Cette proposition ne devrait toutefois constituer au mieux qu'une base de départ dans la négociation en cours. Cette limite est en effet très supérieure à la moyenne des nuitées pratiquées, et donc peu contraignante. Selon Airbnb, celle-ci serait aujourd'hui de 33 nuitées par an pour les hôtes parisiens. Par ailleurs, la plateforme a déjà pris des engagements plus restrictifs dans d'autres capitales européennes. A Amsterdam, elle s'est ainsi engagée à supprimer automatiquement de son site, depuis le début de 2017, les hébergements loués plus de 60 nuitées sur l'année. A Londres, la limite de 90 nuitées devrait entrer en vigueur à partir de ce printemps. Et certaines villes, comme Barcelone, envisagent une interdiction pure et simple.
La négociation se joue dans un climat bien différent de celui qui prévalait lors de l'instauration de la taxe de séjour (voir nos articles ci-dessous). Difficile, pour la capitale, de se passer de cet apport touristique et des dépenses qui l'accompagnent, surtout lorsque l'on sait que Paris est la première ville au monde pour les logements répertoriés (65.316), devant Londres (55.781).
Du côté de la ville, on attend avec impatience le décret d'application de la loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique. Son article 51 donne en effet aux villes de plus de 200.000 habitants la possibilité d'exiger des utilisateurs de plateformes la production d'un numéro d'enregistrement avant de pouvoir proposer leur logement à la location touristique (voir notre article ci-dessous du 12 octobre 2016).

 

(1) Outre ceux qui se sont déclarés comme professionnels, certains particuliers seraient toutefois exonérés de ce plafond : ceux qui peuvent justifier d'une mutation professionnelle d'au moins six mois et ceux qui proposent des locations saisonnières avec un bail limité dans le temps. Il leur suffirait alors de décocher cette limite automatique sur le site, en attestant sur l'honneur leur situation.

 

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