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Asile : en 2019, le nombre de primo-demandeurs d'asile a augmenté moins vite en France qu'au sein de l'UE

Après avoir globalement reculé au sein de l'UE en 2018, la demande d'asile est repartie à la hausse, avec 613.000 primo demandeurs et +12%. Selon les derniers chiffres publiés par Eurostat, le nombre de primo-demandes en France progresse moins vite (+8%) que dans l'ensemble de l'UE. En raison de l'épidémie actuelle de Covid-19, l'Ofii et l'Ofpra ont dû fermer leurs accueils. Certaines demandes peuvent encore être faites par voie dématérialisée.

Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne, publie les chiffres de la demande d'asile pour l'année 2019. Les données propres à la France étaient publiques dès le mois de janvier (voir notre article ci-dessous du 23 janvier 2020), mais la publication d'Eurostat montre que notre pays connaît, à nouveau, une évolution à rebours de celle de l'Union européenne.

613.000 demandes d'asile dans l'UE, en hausse de 12%

En 2019, 612.700 primo-demandeurs d'asile ont introduit une demande de protection internationale dans les 27 États membres de l'UE (656.900 si on tient compte du Royaume-Uni, qui était encore officiellement membre de l'UE jusqu'au 31 janvier 2020). Ce chiffre est en hausse de 12% par rapport à l'année précédente (549.000 primo-demandeurs), alors que 2018 avait, au contraire, connu un recul sensible de 11,5%. Mais ce chiffre de 2019 se situe néanmoins très loin des pics de 2015 et 2016, au plus fort de la crise migratoire (respectivement 1,22 et 1,17 million de primo-demandeurs).

En termes de pays d'origine, les principales nationalités sont les Syriens (74.400, dont 53% ont introduit leur demande en Allemagne), les Afghans (52.500, dont 45% ont introduit leur demande en Grèce) et les Vénézuéliens (44.800, dont 90% ont introduit leur demande en Espagne). Les Vénézuéliens ne figuraient qu'au cinquième rang en 2018. Ces trois nationalités représentent 28% du nombre total de demandeurs d'asile. Viennent ensuite la Colombie, l'Irak, la Turquie, le Pakistan, la Géorgie, le Nigéria, l'Iran, l'Albanie...

Eurostat indique également qu'à la fin de 2019, les États de l'UE à 27 comptaient 842.500 personnes avec une demande d'asile en instance, soit un chiffre un peu plus faible qu'en 2018 (851.000). L'Allemagne concentrait le plus grand nombre de ces demandes en instance (39%). Elle est suivie par l'Espagne (16%), la Grèce (13%), la France (9%) et l'Italie (6%).

De forts écarts entre pays membres de l'UE

Pour la France, Eurostat reprend les chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur en janvier. En 2018, la France avait connu une hausse massive de la demande d'asile (+20%), alors que celle-ci reculait en moyenne de 11,5% dans l'ensemble de l'UE. En 2019, la France s'écarte à nouveau de la moyenne européenne, mais dans un sens différent. Alors que le nombre des primo-demandeurs d'asile augmente de 12% après une année de baisse au sein de l'UE, la demande décélère nettement en France (+8% selon Eurostat, le ministère de l'Intérieur ayant pour sa part annoncé +7,3% en janvier) et se révèle inférieure à l'évolution de l'UE.

Avec 119.900 primo-demandes l'an dernier et 20% du total, la France reste cependant le second État européen en la matière, derrière l'Allemagne (23%), mais devant l'Espagne (19%), la Grèce (12%) et l'Italie (6%). En 2019, plusieurs pays connaissent une progression de la demande d'asile nettement supérieure à celle de la France. C'est le cas de l'Espagne (+118%), de Chypre (+67%), de la Suède (+28%), de la Belgique (+27%), de la Grèce (+15%) et des Pays-Bas (+10%). A l'inverse, quelques États enregistrent des baisses significatives, comme l'Italie (-34%), l'Allemagne (-12%) et l'Autriche (-7%). Des résultats qui témoignent à l'évidence de la transformation des flux, après la quasi fermeture de l'Italie.

La demande d'asile à la merci du Covid-19

Dans un communiqué du 19 mars, après les annonces du chef de l'État et du Premier ministre, l'Ofii (Office français de l'immigration et de l'intégration) annonçait que "par mesure de sécurité sanitaire et pour respecter les consignes de limitation des rassemblements de personnes, l'Ofii suspend toutes les procédures d'accueil du public, en dehors de la procédure d'asile, à compter du 16 mars 2020". Le communiqué précisait même que "tous nos efforts visent à concentrer nos forces pour le maintien de l'enregistrement et l'accueil des demandeurs d'asiles". Il s'agissait alors de répondre à la consigne du gouvernement qui, s'il a suspendu l'accueil des étrangers dans les préfectures pour des demandes de titres, avait en revanche classé le dispositif de l'asile parmi les services publics indispensables. Mais cette volonté affichée de faire une exception pour l'asile n'a pas tenu. Les accueils sont aujourd'hui fermés sur pratiquement tout le territoire, notamment à Bordeaux, Lyon, Marseille, Rennes et Toulouse. C'est aussi le cas en Île-de-France, qui concentre le plus grand nombre de demandeurs. La plateforme téléphonique qui délivrait les rendez-vous a elle aussi fermé, sous le double effet du coronavirus et de l'effondrement des arrivées en raison de la fermeture des frontières terrestres et aériennes.

De son côté, l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) a annoncé la fermeture de l'accueil des personnes bénéficiant de la protection internationale du 16 au 31 mars (période qui sera sans nul doute prolongée). Il est précisé qu'"aucun document d'état civil ne pourra être délivré dans les locaux de l'Ofpra", la délivrance d'actes pouvant toutefois être demandée, en cas d'urgence, sur le site de l'organisme. Autre mesure annoncée : l'annulation et le report à une date ultérieure des entretiens pour les demandeurs d'asile et du statut d'apatride, convoqués sur les sites de Fontenay-sous-Bois et de Cayenne. Les dépôts de demande d'asile sont théoriquement possibles par courrier, mais l'organisme précise qu'"en raison notamment des difficultés d'acheminement postal, l'Ofpra ne prononcera pas, jusqu'au 15 avril, de clôture d'examen en ce qui concerne les demandes enregistrées en guichet unique à compter du 1er mars et introduites hors délai".

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