En dépit d'un nouvelle "année record" pour l'électricité renouvelable, Observ'ER et la FNCCR ne cèdent pas à l'euphorie

L'édition 2025 du baromètre Observ'ER témoigne d'une nouvelle "année record" pour la production d'électricité renouvelable en France, toujours portée par le photovoltaïque. La part du renouvelable dans la consommation d'électricité devrait atteindre 32,5% en 2025, rendant l'objectif de 40% en 2030 atteignable. Autre motif de satisfaction, l’essor de l’autoconsommation, tant individuelle que collective, laquelle est majoritairement portée par les collectivités. Pour autant, Observ'ER et la FNCCR déplorent que plusieurs obstacles freinent toujours l'essor des énergies renouvelables (EnR). Si le manque de visibilité réglementaire est particulièrement déploré, la surproduction électrique pourrait bien constituer la menace la plus aiguë.

"La production d'électricité renouvelable n'aura jamais été aussi forte et jamais la puissance raccordée n'aura autant progressé qu'en 2025." Avec de tels constats, tirés de l'édition 2025 de son baromètre, l'heure devrait être à la fête au sein de l'association Observ'ER. D'autant que, comme elle le rappelle, ce "nouveau record" s'inscrit "dans un contexte déjà favorable" (lire notre article du 27 janvier 2025). La part des renouvelables dans la consommation d'électricité a atteint 31,4% en 2024 et Observ'ER estime qu'elle devrait atteindre 32,5% en 2025. "C'est colossal", indique Vincent Jacques Le Seigneur, président d'Observ'ER. "La France est en phase avec son objectif 2030 [de 40%]", souligne pour sa part Frédéric Tuillé, responsable des études au sein de l'association, en rappelant que "les précédents ont tous été pratiquement ratés, parfois assez nettement". Une petite révolution, alors que l'association avait multiplié ces dernières années les alertes, considérant que la France ne serait jamais au rendez-vous. Un "effet cliquet" est désormais engagé, estime en outre Vincent Jacques Le Seigneur : "On ne pourra plus jamais revenir là-dessus", prédit-il. 

Le photovoltaïque continue de briller

En 2025 encore (lire notre article du 25 janvier 2024), le photovoltaïque crève l'écran (c'est le cas également dans l'UE, où la production d'origine solaire croît plus qu'aucune autre source, indique le think tank Ember – voir notre encadré ci-dessous). En France, les nouvelles capacités installées en 2025 représentent plus de 5GW, sur un total de nouvelles capacités EnR installées de plus de 7GW. "Il dépasse l'hydraulique !", souligne Vincent Jacques Le Seigneur. "C'est la première puissance [EnR] en termes de capacité installée. C'est historiquement une bascule", confirme Frédéric Tuillé. Lequel précise toutefois "qu'au niveau de la production d'électricité, l'hydroélectricité reste la première filière, de loin". À l'inverse, l'éolien terrestre marque le pas, Vincent Jacques Le Seigneur déplorant notamment l'absence d'appels d'offres. "C'est un moratoire. Personne ne veut le dire, mais il faut le dire : c'est un moratoire", dénonce-t-il. Pour le coup, il prévient que même "les objectifs les plus bas" tels que prévus dans le projet de programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) "ne seront pas atteints". 

Boom de l'autoconsommation tant individuelle que collective, signature des premiers PPA publics

Il se félicite en revanche du boom de l'autoconsommation individuelle : "En trois ans, on a multiplié par quatre le nombre d'installations", met en exergue Vincent Jacques Le Seigneur. Charles-Antoine Gautier, directeur général de la FNCCR, met également en avant "l'essor des projets d'autoconsommation collective", en soulignant que "plus de la moitié d'entre eux sont aujourd'hui portés et pilotés par des collectivités territoriales". Il met encore en exergue "la signature des premiers contrats d'achat direct d'énergies renouvelables – les fameux PPA – publics", citant celui conclu par Nantes Métropole et le syndicat mixte Territoire d'énergie Loire-Atlantique. À l'heure où le développement des EnR n'est pas sans poser de nouveaux défis aux réseaux de distribution, il souligne d'ailleurs "le rôle central" que peuvent jouer "les collectivités à une maille suffisante, comme les grandes métropoles, les grands syndicats d'énergie" pour remédier "aux problématiques fortes de raccordement" et ce, "en planifiant et coordonnant le développement des projets territoriaux". Il incite de même au passage, une nouvelle fois, les collectivités "à créer des sociétés d'économie mixte" pour conduire les projets EnR, en relevant que "plus de 150 entreprises publiques locales portent des projets EnR, le plus souvent sous forme de SEM".

Un ciel pour autant loin d'être dégagé

Comme de coutume, Oberv'ER et la FNCCR ne cèdent pour autant pas à l'euphorie, attirant l'attention sur un certain nombre de difficultés.

• Charles-Antoine Gautier déplore en premier lieu "des évolutions réglementaires majeures qui freinent la concrétisation des projets, avec des stop and go récurrents qui brouillent les signaux [pour] les acteurs économiques et les collectivités, et qui conduisent à repenser et à réinventer les modèles photovoltaïques". Et de prendre exemple "du photovoltaïque, avec les soubresauts du S21 qui ont plombé pas mal de projets" (lire notre article du 27 mars 2025). 

• La question de l'acceptabilité demeure, singulièrement pour l'éolien terrestre. "Certains projets mettent 8, 10, 12 ans. On est sur deux mandats municipaux. C'est-à-dire qu'un élu n'est pas en capacité de réaliser quelque chose pendant son mandat, et ça nous pose question", indique-t-il.

• Il déplore en outre le "retard pris de la publication de la PPE, qui rajoute au manque de visibilité". Vincent Jacques Le Seigneur se fait plus incisif : "On a commencé à travailler sur la PPE au lendemain de l'élection de 2022. C'est quand même assez aberrant que dans un pays comme le nôtre, on ne soit pas capable, en trois ans, de sortir la PPE." 

• En trois ans, la situation n'a toutefois pas été sans évoluer. Alors que la fin 2022 était marquée par la flambée des prix de l'électricité (lire notre article du 27 octobre 2022) et les risques de délestage (lire notre article du 2 décembre 2022), c'est un tout autre défi qui se présente aujourd'hui : celui de la surproduction électrique, conduisant à des prix négatifs. "Et ça, c'est juste un problème énorme", alerte Vincent Jacques Le Seigneur, qui concède que "contrairement à ce que l'on imaginait il y a cinq ans en arrière, il n'y a pas eu d'électrification des usages". Une situation qui "pourrait inciter les pouvoirs publics à ralentir volontairement le développement des renouvelables, afin d'éviter les excédents d'électricité difficiles à absorber par le système électrique", craignent Observ'ER et la FNCCR. Une piste d'ailleurs naguère esquissée par le sénateur Vincent Louault (Indre-et-Loire, Les Indépendants), motif pris de "l'explosion des coûts de réseau" d'une part et des conséquences de "la nécessaire modulation de notre parc nucléaire" pour faire face à "l'ajout continu d'intermittence" d'autre part. Un dernier risque récemment pointé par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (lire notre article du 17 décembre), et qui serait également documenté dans un rapport d'EDF qui peine à être publié (la CRE ayant de son côté relevé dans un rapport publié en septembre dernier que cette modulation avait, par le passé, pu être motivée par d'autres facteurs). 

• Pour certains, la menace pourrait également venir de la mission confiée début décembre par le Premier ministre au duo composé de Jean-Bernard Lévy, président du Conseil français de l'énergie et ancien PDG d'EDF, et de Thierry Thuot, conseiller d'État et ancien directeur général de la Commission de régulation de l'énergie, sur "l'optimisation des soutiens publics aux énergies renouvelables électriques et au stockage d'électricité", et dont "les conclusions sont attendues dans un délai de trois mois". Les filières de l'éolien et du solaire "bénéficient depuis plusieurs années de dispositifs de soutien financés par le budget de l’État [qui] représentent aujourd’hui un engagement financier majeur pour la puissance publique. Leur évolution régulière est indispensable pour tenir compte des progrès technologiques, des nouvelles conditions de marché et de consommation, et des priorités nationales de transition énergétique", justifiait Matignon, en fixant pour objectif à la mission "de proposer un modèle de soutien plus efficace, plus soutenable et mieux partagé entre acteurs publics et privés". 

 

› Pour la première fois, le solaire et l'éolien produisent plus d'électricité que les fossiles dans l'UE

D'après un rapport publié ce 22 janvier, le think tank Ember indique que "pour la première fois", les énergies éolienne et solaire ont, ensemble, produit plus d'électricité (30,1%) que les combustibles fossiles (29%) dans l'Union européenne en 2025 (le nucléaire y participant à hauteur de 23,4%). Dans le détail, c'est également le cas pour 14 des 27 États membres, dont la France (depuis 2023).

L'organisation observe que dans le secteur de l'énergie, le charbon, qui a atteint un nouveau plus bas historique, est désormais "proche de la sortie". Elle relève en revanche que "l'UE est toujours considérablement dépendante du gaz", précisant que "dans un contexte de baisse de l'hydroélectricité", la facture d'importation de gaz fossile a grimpé de 16%. Elle souligne que si le Conseil et le Parlement européens sont parvenus, en décembre dernier, à un accord (qui doit encore être adopté officiellement) sur un règlement interdisant les importations de GNL et de gaz par gazoduc russes six semaines après l'entrée en vigueur de ce dernier (avec des périodes transitoires pour les contrats existants), "de nouvelles dépendances ont émergé avec une augmentation des importations de GNL américain".

Le rapport se fait par ailleurs optimiste sur le développement des batteries, en relevant que la baisse annuelle moyenne des coûts de 20% au cours de la dernière décennie a rendu l'investissement dans le stockage plus attractif financièrement que jamais l'an passé. Et de relever qu'en 2025, la puissance des grandes batteries a dépassé 10 GW dans l'UE, contre 4 GW en 2023. Près de la moitié de ces batteries sont toutefois concentrées dans deux pays : l'Allemagne et l’Italie.

 

 

 

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