En obligeant à la présence d'autoradio dans les véhicules, le Sénat veut renforcer la résilience des territoires
Le Sénat a adopté le 13 octobre 2026, en première lecture, la proposition de loi de Laurent Lafon relative à la modernisation de la radio. Au nom de la résilience des territoires notamment, le texte veut imposer un récepteur radio dans tous les véhicules neufs.
© Adobe stock
Le Sénat, par la voix de Laurent Lafon (UCI), s'est saisi des difficultés rencontrées par les radios face à l'essor des médias numériques. Le sénateur a déposé une proposition de loi de modernisation de la radio qui a retenu l'attention du gouvernement, puisqu'elle fait l'objet d'une procédure d'examen accélérée.
Érosion de l'écoute radio
Selon le rapport du sénateur, bien que 38 millions de Français allument encore leur poste chaque jour, l’audience de la radio a chuté de 18% en dix ans. L'automobile demeure toutefois son principal refuge, concentrant à elle seule 35% de l’écoute globale. Or, ce vecteur de diffusion est menacé : certains constructeurs vendent désormais des véhicules sans autoradio, misant tout sur le smartphone connecté. Celui-ci suppose cependant un abonnement internet payant, alors que la radio est gratuite. Par ailleurs, le bilan du passage à la radio numérique DAB+ est mitigé. Si la technologie couvre les deux tiers de la population hexagonale en intérieur et 80% en mobilité, seuls 35% des Français sont équipés d’un récepteur compatible. En outre, les zones rurales sont mal couvertes en radio numérique, l’Arcom ayant priorisé les grandes agglomérations et les axes routiers.
Facteur de résilience
Cette érosion des audiences fragilise le modèle économique des radios, avec des recettes en baisse de 15% sur 10 ans. Mais pour les sénateurs, la radio est aussi "un média irremplaçable", facteur de résilience. Les incendies de cet été en Gironde font figure de cas d'école : "Ils ont détruit une partie des infrastructures télécom sans affecter la diffusion hertzienne", a souligné Laurent Lafon. Or le nouveau dispositif FR-Alert, qui envoie les alertes sur les téléphones, dépend largement des antennes de téléphonie mobile. Sylvie Robert (SER) a ajouté que le SGDSN définit la radio comme "un média de crise et de souveraineté". Enfin, l'automobile joue un rôle à part entière dans la résilience : en cas de panne d'électricité, l'autoradio devient un des seuls moyens de s'informer de l'évolution d'une crise.
Un autoradio dans tous les véhicules
La proposition de loi a été adoptée le 13 octobre. Son article 2 impose que tous les postes de radio vendus reçoivent le DAB+, dans un délai de deux ans pour les industriels et de trois ans pour les distributeurs. Surtout, les véhicules neufs de transport de personnes, les utilitaires et tout quadricycle devront embarquer un récepteur FM et DAB+. En séance, les sénateurs ont aussi cherché à rendre la radio plus accessible dans les véhicules en adoptant un amendement pour qu'elles "restent repérables" dans les interfaces embarquées. Cette disposition a été jugée "prématurée" par le gouvernement, qui privilégie une approche européenne, en concertation avec la filière. De fait, l’obligation d’équipement se joue surtout à Bruxelles, dans les négociations du Digital Networks Act sur lequel le Sénat entend peser.
Assouplissement des contraintes
Les autres articles visent à alléger les contraintes pesant sur les radios. L'article 1 remplace les mentions obligatoires liées à la publicité par des campagnes d’intérêt général. Un autre assouplit l’organisation territoriale de la diffusion en DAB+ en permettant aux éditeurs d'adapter leur zone de diffusion.
Le texte doit désormais trouver sa place à l’Assemblée nationale avant la fin de la législature.