Baie de Lancieux : adaptation et concertation face à la montée des eaux (22)

Dans la baie de Lancieux, le recul du trait de côte devient réalité. La stratégie d’adaptation mise en œuvre par le Conservatoire du littoral, en concertation avec les élus locaux, fait l’objet, sur le temps long, d’un accompagnement auprès de la population.

Résister, subir ou s’adapter à la montée des eaux océaniques ? Les habitants de la Baie de Lancieux, dans les Côtes-d’Armor, se sont vus présenter les trois scenarii prospectifs, par le Conservatoire du littoral, face à des digues, jamais assez solides et toujours plus coûteuses, contre l’inexorable montée des eaux. À Lancieux, 1 600 habitants, et Beaussais-sur-Mer, 4 380 habitants, le Conservatoire a mis en œuvre le programme Adapto*, depuis une dizaine d’années. Il prône une gestion souple du trait de côte : laissant la mer inonder régulièrement et progressivement les terres qu’elle occupait avant les endiguements. Le défi est d’anticiper et d’accompagner les changements que provoque ce retour, en le rendant compatible avec les exigences écologiques, économiques et sociétales. La méthode s’appuie sur un large dispositif de concertation.

Se préparer au retour de la mer

La digue de La Roche, au large de Lancieux, est classée par arrêté préfectoral. Elle protège des enjeux socio-économiques et humains tels, qu’elle doit être maintenue en place (golf, agriculture intensive, camping…). Toutefois, « il faut prévoir un repli, à terme, des activités vers les hauteurs du territoire », explique Gwenal Hervouët, délégué adjoint de la délégation Rivage Bretagne du Conservatoire du Littoral. Les coûts de relocalisation s'envisagent sur des années, voire des décennies. À Beaussais-sur-Mer, la digue n’étant pas classée, elle peut être progressivement effacée par la mer, après quelques précautions préalables. L’idée étant de créer une zone tampon de marais maritimes, qui atténuent la force des tempêtes sur les aménagements côtiers. Le Conservatoire a acquis ces parcelles de polder à partir de 1994, alors que l’entretien de l’ouvrage face à la mer devenait trop coûteux pour les propriétaires. Un travail avec les élus a été engagé pour évaluer les options : soit protéger les enjeux (notamment la route départementale), soit relocaliser les usages (maisons, pâturages…). La décision concertée a été de laisser la mer reprendre la place qu'elle tenait au XIXe siècle. Un choix qui a engendré des résistances locales très fortes. En 2020, une brèche s’est ouverte dans la digue, marquant cette reconnexion de la côte à la mer. Les prairies ont laissé place à un nouveau paysage de marais maritimes, habités d’une faune et d’une flore différentes.

Une concertation basée sur des données objectivées

La métamorphose de cet environnement bouscule et peut être traumatisante. À Lancieux, plusieurs actions de concertation auprès de l’ensemble des parties prenantes du territoire ont été mises en place, avec l’idée que le choix, à terme, de ne pas résister à la mer était une anticipation de l’avenir sage et résiliente.

De la première réunion de concertation, organisée avec l’École des paysages de Versailles en 2016, aux études portées par la commune de Lancieux jusqu’à fin 2025, le message se construit petit à petit et parvient à emporter un consensus au sein des élus, mais aussi auprès de la population. « La participation et la compréhension sont montées crescendo, avec la prise de conscience que des solutions adaptées existaient ; et que la protection en dur visant à « tenir la ligne » actuelle n’était pas viable et particulièrement onéreuse », rapporte Gwenal Hervouët. Les échanges avec les habitants se sont appuyés sur des études préalables de plusieurs cabinets experts, notamment du Bureau de recherche géologique et minière (BRGM). Cette démarche scientifique présente l’avantage d’objectiver au maximum les effets réels de la montée des eaux à venir et les inconvénients d’y résister plutôt que de s’y adapter.

La pédagogie par la démonstration

Ces échanges, très factuels ont certainement influencé les résultats des différents ateliers de concertation qui ont suivi. Sur la base d’un plan du polder, les habitants ont pu exprimer leurs souhaits pour l’avenir du site de Lancieux. « Ils ont peu ou prou reproduit ce que l’on projetait de faire », constate Gwenal Hervouët. Par la suite, les élus ont fait leurs choix sur la base de ces remontées du terrain.

Si la démarche scientifique est nécessaire, elle demeure insuffisante. Un concours photo organisé par la communauté de communes Côte d’Émeraude et une sensibilisation dans les écoles avec la Fédération nationale des centres permanents d’initiation à l’environnement (FNCPIE) ont renforcé la prise de conscience collective et permis de toucher toutes les strates de la population locale. De même, la création d’une œuvre d’art, dans le paysage, a servi de médiation culturelle, servant la réflexion et le débat, sur le terrain. L’ensemble de ces actions a participé à faire baisser le seuil de résistance des habitants face aux solutions du programme Adapto mis en œuvre sur ces deux sites.

« Recueillir l’avis des riverains et des acteurs du territoire est absolument nécessaire pour ajuster au mieux nos décisions », précise Gwenal Hervouët. Des délais ont pu être négociés pour la relocalisation de certaines activités, ou le tracé des nouveaux sentiers de promenade revu avec les souhaits des habitants. En revanche, des demandes qui ne feraient que déplacer le problème, voire l’aggraveraient dans le temps n’ont pas été acceptées. La concertation n’est pas un long fleuve tranquille ! La méthode du programme Life Adapto (2017-2022) ayant fait ses preuves, elle est prolongée et perfectionnée via le programme Adapto+** (2024-2029) sur douze nouveaux sites de l’Hexagone et d’outre-mer.

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* Adapto : projet expérimental bénéficiant de financements européens Life. Soutenu par le ministère de la Transition écologique, porté par le Conservatoire du littoral, le BRGM et le FNCPIE.

** Adapto+ : projet Life soutenu par le ministère de la Transition écologique et porté par le Conservatoire du littoral, le BRGM, le Céréma, la Banque des Territoires, l’INRAe, l’ONF, l’OFB, RNF et plusieurs collectivités territoriales.

Avantages en chiffres du scénario « S’adapter »

Le scénario « Résister » projette le maintien de la situation actuelle dans la baie, notamment en renforçant et rehaussant les digues. Son coût est estimé à 10 millions d’euros d’investissement, sans prendre en compte des frais pour les inévitables actions d’entretien des digues sur les 30 à 50 ans à venir. Le scénario « S’adapter » accompagne le mouvement de la mer par l’édification de digues de second rang, plus courtes. Son coût serait de 3,38 millions d’euros soit une économie d’environ 7 millions d’euros. Avec d’autres avantages écosystémiques, comme la captation par les marais maritimes de 20 fois plus de carbone que les prairies terrestres qu’ils remplacent.

Source : Baie de Lancieux, synthèse du projet adapto, Conservatoire du Littoral, nov. 2022 

Conservatoire du Littoral - Délégation Rivage Bretagne

Port du Légué - 8 quai Gabriel Péri
22 190 Plérin
bretagne@conservatoire-du-littoral.fr

Gwenal Hervouët

Délégué adjoint

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