À Belleville-en-Beaujolais, une rue stocke l'eau (69)
Mise en service en 2023, la nouvelle rue de la Blanchisserie à Belleville-en-Beaujolais contribue à diminuer la température ambiante et à réguler l'impact des orages. Sur ce modèle, la ville aménage deux nouvelles rues.
© Mairie de Belleville-en-Beaujolais
Trottoirs en enrobé drainant, stationnements en pavés végétalisés, noues et puits perdus de stockage de l'eau, aménagements pour apaiser la circulation et végétalisation… la nouvelle rue de Belleville-en-Beaujolais est née en 2023. Engagée dans un objectif de ville bioclimatique et à énergie positive d'ici 2035, la commune du Rhône décline cette approche dans toutes ses politiques publiques, dont celle de la voirie. « Jusqu'alors, les rues étaient complètement imperméabilisées et conçues pour envoyer l'eau le plus loin possible, dans une politique du tout tuyau, explique Frédéric Pronchéry, maire de Belleville-en-Beaujolais. Nous avons décidé d'inverser le principe : garder chaque goutte de pluie là où elle tombe pour éviter que nos sols argileux ne se rétractent. Nous voulons aussi profiter de ces pluies pour arroser naturellement les arbres plantés et climatiser la ville. »
Conserver l’eau
Une rue végétalisée, apaisée et perméable a été pensée sur un segment de rue de 300 mètres de long. « En apparence, elle ressemble à une rue traditionnelle, admet Sylvain Morel, directeur des services techniques de Belleville-en-Beaujolais. Mais sa conception est très différente, afin de maximiser la récupération de l'eau sur place. » L'eau ruisselle d'abord vers les noues et espaces verts aménagés en creux, où une quarantaine d'arbres et quelque 1 800 plantes et arbustes ont été plantés. « Pour maximiser cette arrivée d'eau, nous avons également déconnecté du réseau d'assainissement une dizaine de toitures privées orientées sur la rue, soit 800 mètres carrés de surface de réception d'eaux de pluie supplémentaires », explique le directeur des services techniques. Quand les espaces végétalisés sont saturés d'eau – lors de fortes pluies notamment – le flux est alors dirigé sous la chaussée, vers des puits perdus. « Dans ces réservoirs remplis de granulats, nous pouvons stocker au total jusqu'à 450 mètres cubes d’eau. » Ces réservoirs, équipés par sécurité de trop-pleins dirigés vers la Saône, restituent à leur tour l'eau vers les espaces verts.
Inverser la conception
Penser ce type de voirie suppose d'inverser le mode de conception : il faut partir de l'environnement en travaillant finement la topographie et l'implantation des espaces verts, avant de faire intervenir les ingénieurs pour trouver les solutions de voiries et réseaux qui répondent aux impératifs de stockage de l'eau. « Nous avons donc demandé aux entreprises de répondre avec un paysagiste en mandataire, et non un bureau spécialisé en voirie réseaux divers, comme cela se faisait classiquement », précise le directeur des services techniques. Pour la rue de la Blanchisserie, il a fallu ajuster les plans une dizaine de fois. Cette conception demande un accompagnement au changement pour les équipes techniques municipales, parfois désorientées par ces approches nouvelles.
15 % de surcoût, mais un ouvrage subventionné
Par ailleurs, la chaussée de rue de la Blanchisserie est réalisée avec un enrobé plus clair, qui maximise l'effet albédo. Ce revêtement a été posé à basse température, avec des liants végétaux (mélasse de pin), afin de diminuer son impact carbone. Reste une réalité : la rue de la Blanchisserie a coûté 195 euros du mètre carré aménagé, soit, en moyenne, 15 % de plus qu'une voirie traditionnelle. Ce surcoût a été compensé par les subventions prévues pour les ouvrages contribuant à une meilleure gestion hydraulique.
Un modèle qui commence à être reproduit
Mise en service fin 2023, la nouvelle rue de la Blanchisserie a déjà fait face à une année record en pluviométrie (2024). « Visuellement, elle se comporte exactement comme on le prévoyait, avec un stockage et une restitution efficaces de l'eau, se réjouit le directeur des services techniques. Mais nous aimerions le quantifier de manière précise ». La ville a donc prévu un suivi d’évaluation sur trois ans, en partenariat avec une start-up adossée à l'Université Lyon 3. La rue réaménagée est comparée avec une rue témoin classique sur plusieurs critères, dont la température. L’objectif étant d’obtenir une baisse de cinq degrés en période de canicule estivale.
Forte des résultats concluants de ce premier prototype, Belleville-en-Beaujolais déploie désormais ce modèle, via son plan pluriannuel de voirie. La rue des Villards – un kilomètre de long – est déjà en chantier, les rues de La Poste et Victor Hugo sont à l’étude pour être aménagées en 2026. Le projet de la rue des Villards, porté par Belleville-en-Beaujolais, s’inscrit dans le cadre d’un groupement de commandes, avec la commune voisine de Taponas, qui représente environ un quart de la surface d’aménagement. « À chaque fois, c'est un travail sur mesure pour dimensionner au mieux les pentes, les noues, les puits perdus... Mais petit à petit, nous parvenons à automatiser nos fonctionnements et nous gagnons en fluidité avec les entreprises », conclut le directeur des services techniques.
Le projet en quelques chiffres
- 300 mètres linéaires et 2 300 m2 d'emprise du projet
- 65 % de l'emprise est perméable
- 450 m3 de stockage pour l'eau dans des puits perdus
- 800 m2 de toitures privées déconnectées du réseau de collecte des eaux et alimentant la rue
- Coût total du projet : 500 000 euros (soit 195 euros du mètre carré aménagé, hors études)
Subventions obtenues : Dotation de soutien à l’investissement local, bonus fonds vert (186 500 euros), Agence de l’eau Rhône Méditerranée corse (132 000 euros, au titre du volet désimperméabilisation et gestion intégrée des eaux pluviales), département du Rhône (60 000 euros, via le Pacte Rhône).
Commune de Belleville-en-Beaujolais
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