À Bordeaux : une ressourcerie municipale pour les matériaux d’exposition (33)

Depuis janvier 2024, la ville de Bordeaux a mis en place une ressourcerie culturelle. En deux ans, près de 28 tonnes de matériaux habituellement jetés en fin d’exposition y ont transité. Une démarche de réemploi qui a permis d’éviter l’équivalent d’émission de 19 tonnes de CO₂.

À Bordeaux, réemployer les matériaux utilisés dans le secteur culturel est désormais une évidence. Avec 85 bâtiments culturels en gestion et des musées produisant deux à trois expositions temporaires par an, la matière en circulation est considérable. Mais le réemploi reposait jusqu’alors sur de simples échanges informels entre régisseurs. « Nous achetions beaucoup plus de matières premières que nous n’en réemployions à l’échelle de l’ensemble de nos établissements culturels », résume Erwan Le Corguille, ex-directeur de la maîtrise d’ouvrage et du patrimoine culturel à la ville de Bordeaux*.

Partant de ce constat, en 2024, la proposition est faite aux élus de la ville d’utiliser deux alvéoles de 700 m² pour le stockage d’une ressourcerie, au sein de la Base sous-marine. L'occasion pour la municipalité de développer le projet à moindre coût, en mobilisant les réserves foncières d'un bâtiment municipal déjà entretenu et sécurisé.

Un dispositif piloté en régie directe

« C’est clairement le sujet qui achoppe quand des collectivités veulent se lancer : disposer d’un entrepôt sécurisé, en centre-ville, qui serve d’espace tampon entre la collecte et la redistribution », souligne Erwan Le Corguille. Contrairement aux ressourceries culturelles existantes ailleurs en France, Bordeaux a choisi de piloter le dispositif en interne : 1,5 équivalent temps plein a été redéployé à partir d’une mobilité, sans création de poste. En parallèle, un marché public de 50 000 euros par an a été confié au Collectif Cmdo (lire Commando), scénographes spécialisés en écoconception, pour assurer la qualification des biens, l’accompagnement des porteurs de projet et l’animation des visites de médiation.

Conçu dans un contexte municipal volontariste en matière de développement durable, le dispositif est aujourd'hui pleinement intégré aux pratiques techniques des services. Une exemplarité saluée à l'extérieur, puisque le projet a été distingué par le Prix Territoria 2025, qui valorise l’innovation publique dans les collectivités.

Tableur partagé en ligne

Les agents de la ressourcerie vont chercher les matériaux dont les établissements souhaitent se séparer (vitrines, socles, cimaises ou éléments de scénographie) et les bénéficiaires viennent les retirer sur place. En guise d’inventaire, un fichier Excel partagé en ligne est alimenté en temps réel, enrichi de photos et de caractéristiques techniques.

La ressourcerie se veut aussi un démonstrateur d’écoconception : scénographes et programmateurs sont invités à concevoir leurs projets à partir du stock disponible. À titre d’exemple, une exposition semi-permanente du Centre d’interprétation d’architecture, inaugurée au sein du Musée d’Aquitaine, a intégré 36 % de matériaux de réemploi.

Côté bénéficiaires, deux cercles coexistent : « nos propres établissements culturels et, depuis début 2026, nous ouvrons aussi l’accès aux associations culturelles bordelaises », précise Erwan Le Corguille. Submergée par les demandes, la ville a fixé des critères pour réserver les gisements aux projets culturels du territoire. L’École des Beaux-Arts de Bordeaux compte parmi les utilisateurs les plus assidus, ayant pleinement intégré le réemploi à ses pratiques. À l’avenir, la ressourcerie pourrait s’ouvrir à d’autres collectivités. « Il est envisagé de définir une tarification permettant aux autres collectivités d’en bénéficier », dévoile Erwan Le Corguille. « La ville en question remplirait ses obligations au titre de la loi AGEC. » La loi antigaspillage pour une économie circulaire (AGEC) impose en effet 20 % de réemploi dans les achats publics.

Un atelier de transformation à l’étude

À horizon 2026-2027, la création d'un atelier de transformation sur site est à l'étude : il permettrait aux acteurs culturels de retravailler directement les matériaux plutôt que de les réemployer en l'état. Reste, en interne, à poursuivre l'acculturation des équipes au réemploi. « La balle est dans le camp des directeurs établissements, qui doivent s'approprier les enjeux du réemploi dans leur programmation culturelle », conclut Erwan Le Corguille.

 

*Erwan Le Corguille est devenu responsable de service bâtiment durable à Bordeaux Métropole en juin 2026.

Chiffres clés

  • 27,5 tonnes de matériaux collectés (273 m³) en deux ans
  • 10 tonnes de matériaux redistribués (135,5 m³)
  • 19 tonnes d’équivalent CO₂ évitées en émissions de gaz à effet de serre
  • 50 000 euros de budget annuel 
  • 1,5 ETP pour le fonctionnement de la ressourcerie
  • 50 visites pédagogiques réalisées en deux ans

Commune de Bordeaux

Nombre d'habitants :

271552
Hôtel de Ville
33000 Bordeaux

Erwan Le Corguille

Responsable du service bâtiment durable

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