À Escource, le pari réussi de l’autosuffisance énergétique (40)

Utiliser le soleil et le bois des forêts landaises pour tendre vers l’autosuffisance énergétique, réduire les émissions de CO2 et maîtriser les finances publiques : c’est le défi relevé par la commune d’Escource, qui a embarqué avec elle plusieurs communautés de communes, et une coopérative citoyenne.

Le déclic s’est produit avec la tempête Klaus en janvier 2009 : 60 % de la forêt landaise était par terre. Une aubaine pour les énergéticiens en quête d’espaces pour la production d’énergie. « Avec la libéralisation du marché de l’énergie, les opérateurs privés étrangers voulaient nous voler notre soleil et notre vent ! » s’exclame Patrick Sabin, maire de 2008 à 2024. Avec les maires des communes voisines, il rencontre des homologues allemands et découvre des coopératives citoyennes et des collectivités actionnaires. Le maire, à l’époque fraîchement élu, s’appuie alors sur les simulations des opérateurs privés ; intègre dans le modèle la commune actionnaire et soumet le projet à la Banque des Territoires, qui valide le plan d’affaires. La rencontre avec le président du conseil régional d’Aquitaine débouche sur le lancement d’un premier appel à manifestation d’intérêt pour des territoires à énergie positive (TEPOS). Signataire de la charte TEPOS dès 2011, Escource embarque six communautés de communes et le Siphem (syndicat d’énergie, qui rassemble 333 communes). 

Lauréate en 2012, elle produit un diagnostic et une feuille de route TEPOS pour les 30 ans à venir. Un chargé de mission est recruté et un appel d’offres lancé pour l’installation de 32 toitures photovoltaïques sur des bâtiments publics d’Escource et d’autres communes. L’électricité produite dès 2018 génère des revenus de 25 000 euros par an, de quoi engager le territoire dans de nouvelles opérations.

Une boucle d’énergie en autoconsommation

La commune est propriétaire de 600 hectares de forêt, qu'elle va utiliser pour alimenter un réseau de chaleur, engagé en 2018. Il va chauffer les dix bâtiments communaux, préalablement isolés thermiquement. Exit les chaudières au fioul. Les tranchées creusées, la commune crée un deuxième réseau, pour relier en électricité l’ensemble des bâtiments publics avec un seul point de raccordement. C’est justement le moment où l’autoconsommation collective est rendue possible, du point de vue réglementaire. Cela permet de réaliser de substantielles économies : moins d’abonnements et moins de taxes puisque les électrons sont consommés localement. L’électricité est produite par une pergola photovoltaïque de 350 m2, sous laquelle la commune construit, dans un deuxième temps, la maison des associations en structure bois. La boucle d’énergie est également alimentée par les toitures privées d’une exploitation agricole puis du cabinet d’un kinésithérapeute. Des batteries stockent l’électricité et disposent de l’équivalent de cinq jours d’autonomie pour les bâtiments communaux. Ce sont elles qui alimentent les 340 candélabres de la commune, équipés de leds.

Des économies pour les finances locales et les habitants actionnaires

Les investissements génèrent chaque année des budgets d’évitement, estimés en 2026 à 160 000 euros. La production d’électricité et de chaleur renouvelable permet d’obtenir une baisse de 42 % de la facture énergétique et une baisse de 58 % de la consommation de la commune… Sans oublier les habitants actionnaires, qui voient leur facture d’énergie baisser de 10 %. De même pour les commerçants et les propriétaires privés qui ont installé des panneaux pour alimenter la boucle énergétique en autoconsommation. La commune se met ainsi à l’abri des soubresauts des marchés mondiaux de l’énergie. « Nous misons, pour le long terme, sur une énergie stable, à un prix maîtrisé. La prise de conscience écologique des habitants se fait par la preuve et pas par des discours », souligne le maire actuel, Pierre Lasterra. La dernière source d’énergie fossile sera éliminée d’ici l’hiver, avec l’installation de panneaux solaires et d’une pompe à chaleur sur le bâtiment du stade de la commune, raccordé aux 20 kilomètres de la boucle énergétique locale. L’innovation se poursuit avec la création d’une plateforme de valorisation de biomasse pour les communes des quatre communautés de communes actionnaires du SIVOM du Born, syndicat des ordures ménagères. Livrée fin 2026, elle alimentera l’ensemble des municipalités actionnaires en broyat issu des forêts locales et en bois non traité issus de la déchèterie. Un combustible renouvelable, tracé, à un prix inférieur de 25 % par rapport au prix du marché. De nouvelles économies en perspective pour la saison de chauffe 2027.

Chiffres-clés

Étape 1 : 32 toitures photovoltaïques (2 000 m2), 2 300 kWh/an

  • Financement du conseil régional : 60 000 € (appel à projet TEPOS)
  • Communauté de communes Cœur Haute-Lande (26 communes) : 100 000 €
  • Banque des Territoires : prêt de 680 000 €

Étape 2 : Réseau de chaleur communal

  • AMI de l’État : 500 000 euros
  • 50 % de financements publics (Fonds de chaleur, État, DETR)
  • 10 bâtiments publics alimentés

Étape 3 : Boucle d’électricité en autoconsommation

  • Budget global : 256 000 €
  • Subventions publiques France Relance, conseil régional : 80 %
  • 40 % de l’électricité autoconsommée en individuel et 21 % en collectif
  • 30 véhicules électriques pour les soins à domicile de la communauté de communes (2025)

Zoom sur la coopérative citoyenne actionnaire

Inspirée par le modèle allemand, la SEM TEPOS de la Haute-Lande est créée en 2015 par la communauté de communes Cœur Haute-Lande, qui détient 51 % du capital. Son rôle est de porter les opérations et permettre aux habitants d’entrer dans le capital, à travers une Société par actions simplifiée (SAS). Créée en 2018, la SAS Énergie citoyenne Haute-Lande est une première en France et compte 167 citoyens actionnaires en 2026. 

Avec l’ouverture de la SEM à trois nouvelles communautés de communes au printemps 2026, l’objectif est de tripler le nombre de citoyens actionnaires. Les parts vont de 100 à 500 euros. « Les habitants actionnaires, producteurs et consommateurs, équipés de l’application Coturnix, achètent et vendent en direct leur électricité », souligne le maire Pierre Lasterra. L’énergie devient une production locale comme une autre.

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