Le cimetière de Gennevilliers, un refuge de biodiversité en ville (92)

Labellisé ÉcoJardin, le cimetière de Gennevilliers est un parc à part entière, constitutif de la trame verte de la ville, située dans une boucle de la Seine. Avec l'abandon des produits phytosanitaires dès 2010 et la mise en place d'une gestion différenciée, cet espace arboré s'est mué en espace de biodiversité.

En mai 2026, à l'occasion du lancement de l'Atlas de la biodiversité de l'établissement public territorial (EPT) Boucle Nord de Seine, le cimetière de Gennevilliers a accueilli un inventaire participatif de la faune et de la flore. Des plantes sauvages et des insectes dans un cimetière en bordure d'autoroute et aux portes de Paris ? « Grâce à l'abandon des produits phytosanitaires dès 2010, notre cimetière est aujourd'hui un parc à part entière, avec sept hectares d'espaces naturels sur les soixante-cinq que compte la commune », explique Céline Lanoiselée, adjointe à l'environnement et aux espaces verts à la mairie de Gennevilliers.

Une transformation progressive

« Chez nous, la fin des phytosanitaires dans les espaces verts date de 2008, indique Clément Jardinier, directeur de l’environnement de la commune. Mais nous avons attendu 2010 avant de l'appliquer au cimetière, du fait d'une cogestion du site avec la direction des affaires juridiques et d'une certaine réticence au changement de la part du public. » La ville a tout de même pris onze ans d’avance sur l’arrêté zéro-phyto applicable aux cimetières. 

Une fois le principe acté, la transformation du site s'est progressivement opérée, avec l'engazonnement des allées piétonnes, le semis de graminées entre les tombes, la plantation de haies vives multi-espèces là où elles étaient mono espèces auparavant. À ces aménagements, s’est ajoutée la création de massifs d'arbustes et de vivaces, entourés de cheminements paillés. Les espaces peu fréquentés sont entretenus avec une tonte différenciée. « Nous avons aussi systématisé le recyclage des tontes et coupes, en compost ou broyat », précise le directeur de l’Environnement. Quinze arbres ont été équipés de nichoirs, faisant du site un refuge Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) ainsi qu’un havre pour les abeilles des ruches qu’il héberge.

Des agents formés et une entreprise prestataire guidée

Si la création des nouveaux espaces dans le cimetière relève des agents municipaux, la gestion courante du site est réalisée par une entreprise prestataire. « Nous avons formalisé la gestion écologique dans les clauses techniques de notre marché public : zéro-phyto, paillage et plantes couvre-sols, compost, valorisation des déchets verts… », précise le directeur de l’environnement. L'été, le jaunissement de l’herbe est accepté et seuls les nouvelles haies ou massifs récemment plantés sont arrosés, sauf stress hydrique majeur. Côté agents, l'intégralité des vingt-huit agents et six chefs d'équipes du service espaces verts ont été formés à la gestion différenciée. « Nous travaillons avec des générations variées de jardiniers, tous n'ont pas eu les mêmes apprentissages de départ. »

Une gestion différenciée soignée

Pour faire comprendre l'évolution du mode de gestion au public, les services municipaux ont apposé des panneaux pédagogiques. « Dans le cimetière, nous avons peu d'incivilités. En revanche, il y a une forte exigence du public qui le fréquente », note Clément Jardinier. La période précédant la Toussaint est ainsi particulièrement scrutée : ramassage manuel et soufflage des feuilles sur les tombes, double passage de la balayeuse sur la voirie. Si les arbustes sont laissés en port libre, le service concède une taille partielle des arbres d'alignement pour le passage des convois funéraires. « Finalement, on peut dire que nous pratiquons au cimetière une gestion différenciée soignée, légèrement aménagée par rapport à celle opérée dans nos parcs », précise le directeur de l’environnement. Mais sans surcoût, souligne-t-il, ses effectifs étant constants depuis le changement de pratique.

Orchidée sauvage

Si aucun inventaire scientifique exhaustif n'a été mené dans le cimetière, les observations montrent la présence d'une faune et flore de qualité, dont l’orchidée sauvage, des chiroptères et petits mammifères (hérissons, belettes). La présence de la faune est facilitée par la fermeture du cimetière dès 18 heures l'été et la réduction de l'éclairage public sur la rue qui le longe. Pour valoriser cette gestion écologique, la ville a candidaté et obtenu le label ÉcoJardin en 2025. « Ce label est très exigeant et intéressant, car il note avec précision tous les aspects de la gestion écologique : la gestion des sols, de l'eau, la faune, la flore ou l’information du public », remarque Clément Jardinier. Pleinement intégré à la trame verte de la commune en cours de cartographie et d'études par l'EPT Boucle Nord de Seine, le cimetière se prolonge par des jardins familiaux et le talus végétalisé de bord de nationale, avant de rejoindre le parc des Sévines (labellisé ÉcoJardin en 2020) et la coulée verte de la plaine de jeux de Gennevilliers. Ce couloir de biodiversité apporte aussi de la fraîcheur aux portes de Paris. « La reconnaissance ÉcoJardin vient valoriser et valider la pertinence de notre action dans ce contexte très urbain », conclut l'adjointe à l'environnement, Céline Lanoiselée.

Le cimetière de Gennevilliers, présenté sur le site du label ÉcoJardin

Le label ÉcoJardin plus exigeant encore en 2027

Depuis 2010, le label ÉcoJardin est un outil de communication et de reconnaissance de la qualité de la gestion d’un espace vert. 882 sites sont aujourd'hui labellisés en France, relevant de 168 gestionnaires publics et privés. À compter des candidatures 2027, les critères du label se renforcent. Parmi les nouveaux points essentiels : la désimperméabilisation et la renaturation des sols, la suppression de l'arrosage au profit du cycle de l'eau verte, la régénération naturelle de la végétation et le respect des cycles biologiques de la faune. La réduction de la pollution est aussi observée en termes d'engins et matériels d'entretien, et la frugalité de leur utilisation ; ainsi que la limitation des impacts de la fréquentation par le public…

Le cimetière-jardin de Gennevilliers en quelques chiffres

  • 7,3 hectares
  • 900 arbres
  • 600 m2 de massifs d'arbustes et de vivaces aménagés
  • 1 hectare d'allées engazonnées

Commune de Gennevilliers

Nombre d'habitants :

50874
177 avenue Gabriel-Péri
92230 Gennevilliers

Céline Lanoiselée

Adjointe au maire, en charge de l'environnement et des espaces verts

Clément Jardinier

Directeur de l’environnement

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