Le Médi-Caux Bus redonne vie aux cabinets de campagne (76)

Un an après son lancement, le Médi-Caux Bus affiche plus de 5 000 consultations au compteur, en Pays de Caux. Ce centre de santé mobile fonctionne grâce à des médecins retraités, qui reçoivent les patients au sein de cabinets communaux. Une solution concrète pour stabiliser l’offre de soins dans un territoire en tension.

Le bilan de l'année 2025 ne laisse planer aucun doute sur l’utilité du dispositif : 5 207 consultations réalisées et un taux de remplissage des vacations qui frôle désormais les 98 %. Lancé en avril 2025, le Médi-Caux Bus, centre de santé itinérant, parcourt le Pays de Caux : il assure une présence médicale régulière dans des communes comme Yvetot, Terres-de-Caux, Yport ou Cany-Barville.

Contrairement aux unités mobiles classiques, ce dispositif privilégie les consultations « en dur ». Le bus transporte le matériel médical et l'équipe, mais les examens se déroulent dans des locaux mis à disposition par les municipalités, notamment d'anciens cabinets médicaux. « Nous privilégions le confort du patient, en le recevant dans un vrai cabinet médical, plutôt que dans un véhicule aménagé », souligne Pauline Desnous, directrice du dispositif. D’autant que cette organisation cible en priorité les patients sans médecin traitant, et particulièrement les personnes âgées et les porteurs d'affections de longue durée. De plus, ce parti pris permet de réduire les frais d’investissement initiaux : 48 000 euros pour le Médi-Caux Bus, contre 200 000 à 300 000 euros pour un bus médicalisé.

Un modèle économique et partenarial hybride

Le projet prend naissance en septembre 2024, à la suite d'un diagnostic de la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) révélant que 13 % de la population locale n’a pas de médecin traitant. Après la création de l'association Médi-Caux Bus en décembre 2024, puis le lancement officiel des consultations le 22 avril 2025, un montage financier tripartite pérennise l’action. L’Agence régionale de santé (ARS) mobilise 75 000 euros annuels pour l’exploitation d'une ligne de cinq jours, tandis que les intercommunalités allouent une subvention annuelle de 11 000 euros par point de consultation. Si les communes fournissent gracieusement la logistique et les locaux, la contribution de Terres-de-Caux se distingue par un soutien particulier. Grâce au programme Petites villes de demain, la commune reprend un ancien cabinet médical déserté pour en faire un centre médical communal partagé avec d’autres professionnels du soin, où le bus fait désormais halte.

La réussite du Médi-Caux Bus repose sur un dialogue avec les acteurs de santé déjà présents sur le territoire, afin de garantir que le dispositif complète l'offre de soins sans la déstabiliser. « Au lieu de demander à des médecins de rejoindre le Médi-Caux Bus, et donc de déshabiller Paul pour habiller Jacques, l'idée était plutôt de recruter des médecins retraités », insiste Pauline Desnous. Cette stratégie permet d'augmenter globalement la population médicale, sans fragiliser les cabinets libéraux actifs, déjà surchargés.

Pour optimiser ce temps médical retrouvé, chaque médecin intervenant au sein du Médi-Caux Bus travaille en binôme avec deux assistantes médicales, toutes deux infirmières de formation. Ces dernières prennent en charge l'intégralité de la gestion administrative et des pré-examens. Cette organisation libère le praticien pour son cœur de métier : le diagnostic et la prescription. L'impact est immédiat et salué par les administrés. « Les habitants nous savent gré d’avoir repris le local, observe Jean-Marc Vasse, maire de Terres-de-Caux. Le Médi-Caux Bus apporte une solution rapide, en attendant une solution à plus long terme, avec la création d’un espace dédié à la construction de cabinets médicaux sur la commune. »

Enseignements et points de vigilance

Les premiers retours d'expérience soulignent l'importance de la proximité d'une pharmacie, car l'absence d'officine réduit drastiquement la fréquentation des vacations médicales. Au-delà de ce constat logistique, le dispositif met aussi en lumière la précarité de l'équilibre sanitaire local, qui peut basculer très rapidement, malgré les apparences. Jean-Marc Vasse, dont la commune n’aura plus à la rentrée, qu’un seul médecin, alerte d'ailleurs sur cette instabilité chronique : « Une commune bien dotée peut, du jour au lendemain, se retrouver sans médecin ».

Pour essaimer ailleurs, le modèle exige un diagnostic territorial rigoureux et une implication financière pérenne des intercommunalités. Comme l’explique Pauline Desnous, « le Médi-Caux Bus est un outil de transition agile. Il se retire d'une commune dès qu'un nouveau médecin s'y installe durablement, comme ce fut le cas à Saint-Martin-de-l'If ». À Terres-de-Caux, « ce filet de sécurité devrait fonctionner au moins cinq ans », espère le maire, le temps d’installer une solution pérenne. En attendant, cette initiative prouve qu'une coopération étroite entre professionnels de santé et élus locaux peut transformer durablement l'accès aux soins en milieu rural.

Chiffres clés

  • 6 points de consultation hebdomadaires : Yvetot (lundi), Terres-de-Caux (mardi), Yport et Allouville-Bellefosse (mercredi), Sassetôt-le-Mauconduit (jeudi) et Cany-Barville (vendredi).
  • 3 intercommunalités impliquées : Yvetot Normandie, Fécamp Caux Littoral et Caux Seine Agglo
  • 13 % des usagers du territoire étaient sans médecin traitant lors du diagnostic.
  • 5 207 consultations réalisées, 3 142 patients uniques pris en charge et 1 477 déclarations de médecin traitant effectuées en 2025
  • 528 patients de plus de 70 ans et 431 patients porteurs d’une affection de longue durée (ALD)
  • Taux d'occupation : 96,32 % en 2025, 97,79 % début 2026.
  • 8 médecins retraités engagés, représentant 1,5 équivalent temps plein (ETP), 2 infirmières de formation occupant les postes d'assistantes médicales, 1 directrice administrative et 1 directeur médical

Financements

  • Aide de l'Agence régionale de santé : 75 000 euros par an pour le fonctionnement d'une « ligne » (cinq jours de présence par semaine)
  • Contribution des intercommunalités : 11 000 euros par an pour chaque point de consultation hebdomadaire afin d'équilibrer le budget
  • Coûts opérationnels : une journée de consultation coûte 1 500 euros, alors que les recettes (remboursements de soins) s'élèvent à environ 1 000 euros, soit un déficit de 500 euros par jour.
  • Investissement matériel : 48 000 euros pour l'achat du camion de transport (contre 200 000 euros à 300 000 euros pour un bus médicalisé classique).
  • Amorçage : une avance de trésorerie de 100 000 euros a été injectée par la CPTS pour lancer l'association.

Voir aussi

Médi-Caux Bus

Nombre d'habitants :

63445

Nombre de communes :

77
Appartement 2 4 Avenue De Verdun
76 190 Yvetot
contact@medicauxbus.fr

Pauline Desnous

Directrice

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