Le ruisseau de l’Aulnois retrouve son lit d’origine (55)
Comment mettre fin durablement à l’érosion d’une route départementale, grignotée par le cours d’eau qui la longe ? Le déplacement du ruisseau de l’Aulnois et sa renaturation dans la Meuse s’avère une solution gagnante pour le milieu naturel et pour la sécurité des automobilistes. Un pas de côté osé, pour un résultat exceptionnel.
© Département de la Meuse
Affluent de la Meuse, long de 9,4 kilomètres, le ruisseau de l’Aulnois a été déplacé au 19e siècle, rangé le long d’une route pour gagner de la terre agricole. À cet endroit, il menaçait désormais la stabilité de la voie et l’érosion des berges provoquait régulièrement des accidents. Son caractère rectiligne, l’augmentation de la pente et donc de l’énergie hydraulique, creusaient inlassablement le fossé, fragilisant la chaussée. Après avoir interdit le passage aux camions et aux bus, réduit la vitesse et testé des techniques d’enrochement des berges, le département échange avec la Police de l’eau (DDT) et l’Agence de l’eau Rhin-Meuse. Après cette rencontre, il prend la décision de confier à un bureau d’étude un diagnostic global sur l’ensemble du cours d’eau pour mieux appréhender son fonctionnement. « Nous aurions pu encore chercher des solutions techniques de confortement mais ce n’était pas durable », précise Thierry Baré, responsable du service de l’eau et des milieux du département de la Meuse. Le diagnostic, réalisé en 2018 par Artelia, révèle que le lit est surdimensionné et la capacité hydraulique excessive, provoquant ces érosions. « Nous décidons alors de nous attaquer à la cause et non au symptôme : remettre la rivière dans son lit initial, à travers champs », souligne Jean-Philippe Vautrin, vice-président du département, en charge de la transition écologique.
Des recherches historiques permettent de retracer le parcours d’origine de cours d’eau. Les études vont conduire à amender ce tracé initial, pour l’adapter à la topographie des parcelles agricoles et recréer des méandres. Les quatre agriculteurs concernés, qui exploitent ces parcelles en agriculture biologique, sont rapidement acquis à la cause. La contrainte routière se transforme alors en opportunité de restauration écologique !
Une renaturation d’envergure
Deux ans d’études (sur les questions hydrauliques et de zones humides en 2019 et 2020) précisent comment déplacer le ruisseau de 1ère catégorie sur une bande de 20 mètres de large, créer un espace de liberté pour le cours d’eau et ses évolutions futures. Les travaux, confiés en 2021 aux chantiers du Barrois, entreprise d’insertion, vont permettre de sécuriser la départementale 8, de restaurer les fonctionnalités écologiques du cours d’eau, d’améliorer la qualité hydraulique et d’intégrer les usages agricoles. Le projet propose un tracé sinueux, avec des méandres pour ralentir les écoulements, la mise en place de deux types de profils : un lit emboîté avec des parois profondes pour contenir les crues, et un lit naturel pour favoriser les milieux humides. Cette stratégie permet de créer des vitesses d’écoulements variés, des hauteurs d’eau hétérogènes et une diversification des habitats : des caractéristiques propices au développement de la biodiversité.
La relocalisation du cours d’eau à distance de la route, et le réaménagement de la zone de rejet d’une station d’épuration par une filtration naturelle supplémentaire créent les conditions d’une renaturation exemplaire.
Deux ouvrages de franchissement sont créés pour faciliter le travail des agriculteurs. 250 arbres, sont plantés au bord du nouveau tracé pour reconstituer la ripisylve. Les travaux sont achevés en 2021 et récompensés par les trophées de l’eau de l’Agence de l’eau Rhin Meuse. Mais le projet ne s’arrête pas là.
Suivi écologique
Confié en 2021 aux bureaux d’étude Artelia et Dubost Environnement et milieux aquatiques pour une durée initiale de cinq ans, le suivi est très encourageant. La méthode appliquée évalue la qualité écologique des cours d’eau, selon l’étude des macro-invertébrés, connus pour leur sensibilité aux perturbations environnementales. « La recolonisation est bien engagée, et nous comptons poursuivre cette étude au-delà des cinq ans », précise Pierre Mangeot, chargé d’intervention à l’agence de l’eau Rhin Meuse, partenaire technique et financier du projet. Le fonctionnement du cours d’eau est stable avec une érosion naturelle modérée depuis la fin des travaux. Aujourd’hui, son état biologique révèle une recolonisation écologique de différentes espèces, comme le chabot ou la truite fario. Plusieurs zones et différentes profondeurs d’eau constituent autant de refuges à la biodiversité et démontrent que le tracé est optimisé. Le ruisseau peut évoluer et déborder sans risque pour les habitants. L’agrion de mercure, libellule bleu clair rayée de noir, espèce protégée, rare et emblématique des cours d’eaux bien oxygénées, est aujourd’hui observée. La plus belle récompense ? La signature d’une convention à la demande de l’association de pêche locale, trois mois après les travaux, afin d’encadrer les pratiques et favoriser le développement d’une pêche durable sur le site.
Pour parvenir à un tel résultat, la maitrise foncière est déterminante. Les services juridiques du département ont piloté cette partie : étude foncière, recherches, contacts avec les dix propriétaires et indivisaires des 21 parcelles concernées sur 5 hectares. Le travail de recherche a été déterminant pour la réussite de l’opération. En moins d’un an et demi, l’équipe a ainsi retrouvé tous les propriétaires et leur a présenté le projet. Le département a alors obtenu leur accord unanime et pu racheter l’ensemble des parcelles nécessaires, soit un ruban de 2,3 kilomètres sur 20 mètres de large.
Une concertation fluide
Deux réunions publiques ont été organisées auprès des maires des communes, des riverains, de la chambre d’agriculture, la fédération de pêche et les propriétaires des parcelles. Les débats se sont déroulés paisiblement ; chacun ayant conscience que sans action déterminante de la part de la collectivité, la route aurait dû être fermée. L’intérêt était partagé et les agriculteurs étaient favorables à cet aménagement, impressionnés même. « On n’a pas déplacé des montagnes mais on a déplacé une rivière ! » souligne Jean-Philippe Vautrin.
Le projet en quelques chiffres
- Budget global : 500 000 euros HT, dont 45 000 euros pour les acquisitions foncières
- Financement de l’agence de l’eau : 63 %
- Financement du département : 27 %
- 5 hectares : Foncier (rachat des parcelles) : 45 000 euros
- 2,3 km : longueur du tracé du cours d’eau renaturé
- 8 000 m3 de terrassements pour le déplacement et le reméandrage du ruisseau
- 250 arbres plantés, inscrits dans le plan arbres du département
Conseil départemental de la Meuse
Nombre d'habitants :
Pour aller plus loin
- Sur le site de l’agence de l’eau Rhin Meuse, une vidéo de présentation des travaux de déplacement et de renaturation de l’Aulnois
Voir aussi
Pour aller plus loin
- Sur le site de l’agence de l’eau Rhin Meuse, une vidéo de présentation des travaux de déplacement et de renaturation de l’Aulnois
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