Trèbes donne de l’espace au fleuve et davantage de sécurité aux habitants (11)
À Trèbes, les crues d'octobre 2018 ont révélé une réalité oubliée : l’Aude peut se transformer en puissance meurtrière. Aujourd’hui, grâce à la déconstruction du bâti inondable et au réaménagement des berges, le fleuve est mieux régulé, et les habitants profitent de nouveau usages.
© SMMAR
Le 15 octobre 2018, 350 mm d'eau tombent en dix heures à Trèbes. Le cours du fleuve s’élève à sept mètres au-dessus de son niveau habituel, occasionnant des inondations catastrophiques. Dans la commune de 5 300 habitants, située à la confluence de l'Aude, de l'Orbiel et du Canal du midi, six personnes sont mortes. Après le temps du deuil, est venu celui de la reconstruction. « Pour dresser un état des lieux objectif, nous nous sommes appuyés sur l'expertise technique du Syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières (Smmar). Les techniciens nous ont ouvert les yeux sur une évidence : nous ne pourrions pas reconstruire à l'identique », se rappelle Éric Menassi, maire de Trèbes et actuel président du Smmar.
Établissements déplacés
Les élus valident alors un changement complet de doctrine : plutôt que de corseter le fleuve dans sa traversée urbaine, il faut en élargir le lit, retenir l'eau, diminuer sa vitesse pour écrêter les hauteurs d'eau en cas de crue. « En résumé, opter pour des solutions fondées sur la nature, bouleverser l'aménagement de notre territoire et renoncer à une possible croissance de population à l'avenir, poursuit l'élu. Cela demande du courage politique pour le décider et le faire comprendre aux habitants. » La modélisation hydraulique réalisée par le Smmar identifie un espace de 13 hectares, qu'il faut radicalement transformer. On y trouve 52 maisons, l'Ehpad, l'école, le camping et la piscine, construits en zone inondable. « Heureusement, les financements du fonds Barnier ont permis de racheter et déconstruire l'ensemble des habitations privées sans grever notre budget municipal », souligne le maire. Ce volet a été confié à l’Établissement public foncier (EPF) Occitanie. Les élus ont aussi choisi de ne pas remplacer dans l'immédiat le camping et la piscine, pour se concentrer sur l'essentiel : reconstruire l'école et l'Ehpad. Démolitions et reconstructions ont été menées de 2020 à 2024, le chantier de l’Ehpad est toujours en cours.
De nouveaux usages sur les berges
Pour penser le réaménagement du site, le Smmar s'est fait accompagner d'un bureau d'études en hydraulique fluviale et d'un architecte urbaniste, spécialiste de la résilience des territoires. « Nous avons vite convergé sur une vision commune : donner aux habitants la possibilité de se réapproprier la rivière et les ramener vers les berges, en proposant de nouveaux usages sur cet espace transformé », indique Jean-Marie Aversenq, directeur du Smmar. L'approche hydraulique guide le réaménagement topographique du site, et de nouvelles activités sont imaginées après des échanges avec les citoyens : voies douces sur les berges, plages enherbées à usage récréatif, pontons-belvédères d'observation et de pêche, verger librement accessible aux habitants, implantation d'une forêt en étoffant les allées d'arbres de l'ancien camping.
70 000 m3 de terre déplacés
Le site a été remodelé, avec la création de berges en pentes douces, à 2 à 3 %, qui permettent d'amortir l'effet des crues. Le fond de vallée a aussi été élargi, au niveau du pont de Trèbes : les cinq arches du pont participent désormais pleinement au fonctionnement hydraulique du fleuve, là où trois seulement étaient autrefois opérantes. Les travaux ont débuté à l'été 2025, avec la vidange d'un lac artificiel, le diagnostic écologique et l'abattage des arbres en mauvais état sanitaire. Les déblais-remblais de terres se sont déroulés à l'automne 2025 : 70 000 m3 ont été déplacés. « Nous n'avons exporté aucun matériau, dans une approche écologique et économique, souligne le directeur du Smmar. Les sols retirés en partie basse ont notamment permis de créer un grand talus végétalisé à l'amont du site. » Ce nouveau relief paysager joue aussi un rôle de barrière naturelle en cas de crue, en abaissant les hauteurs d'eau de 1,5 mètre à 1 mètre, ce qui permet de mieux protéger 500 habitations. « Nous nous attelons désormais aux finitions, avec notamment le semis des plages en pelouse. Les plantations d'arbres vont être décalées à l'hiver 2026-27, car les précipitations importantes de janvier-février 2026 ont retardé le chantier. »
Un aménagement mis à l'épreuve
Cet épisode pluvieux majeur a obligé à une interruption des travaux et la mise en sécurité du chantier. Mais il a aussi eu le mérite de tester le nouvel aménagement, qui a fait ses preuves. « Les travaux font aujourd'hui l'unanimité, apprécie le maire. Mais attention, il faut faire œuvre de pédagogie en continu sur le risque inondation. Rien n'est jamais acquis, on oublie vite. » Le Plan local d’urbanisme est aussi en cours de révision, pour classer ces anciens espaces constructibles en zone naturelle. « Nous avons réussi à réaliser ce projet dans un temps relativement court, vu son ampleur », se félicite le directeur du Smmar. Le rachat préalable des bâtis privés par l'EPF a permis d'opérer sur du foncier en majorité communal. Le coût du projet compense-t-il les dégâts évités ? « Il est encore trop tôt pour le savoir ici », indique le directeur du Smmar.
Le réaménagement de l’Aube à Trèves, en quelques chiffres
· 52 maisons rachetées et rasées (financées à 100 % par le Fonds Barnier, via l’EPF Occitanie)
· 1 école déplacée et reconstruite pour un coût de 8 millions d'euros
· 1 Ehpad déplacé et reconstruit pour un coût de 19 millions d'euros
· 70 000 m3 de terres remodelées
· 2,44 millions d'euros pour le projet de réaménagement hydraulique
· Projet financé à 80 % dans le cadre du programme d'aménagement et de prévention des inondations (PAPI) : l'État (50 %), département de l'Aude (19,75 %), région Occitanie (10,25 %). Le solde de 20 % est pris en charge par le Smmar.
Syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières (SMMAR)
Nombre d'habitants :
Nombre de communes :
Éric Menassi
Jean-Marie Aversenq
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