Libourne : une réponse à l’hébergement des saisonniers, mais pas que… (33)
En partenariat avec plusieurs acteurs du territoire, la communauté d’agglomération du Libournais a participé à l’ouverture d’une résidence hôtelière à vocation sociale. Elle héberge les travailleurs saisonniers, les travailleurs en mobilité et les publics fragiles.
© Ville de Libourne
Fortement marqué par l’activité viticole, le territoire du Libournais accueille chaque année entre 1 500 et 2 000 travailleurs saisonniers, avec un besoin récurrent d’hébergement temporaire, que le marché locatif classique n’a pas la capacité de satisfaire. Ce constat a été établi dès 2014, par une étude, cofinancée par la communauté de communes du Libournais, l’État, le département de la Gironde et la région Nouvelle-Aquitaine. Elle recommandait explicitement la création d’une « Maison des saisonniers ». Jean Philippe Le Gal, premier adjoint au maire de Libourne, se souvient qu’il était fréquent « de trouver des saisonniers installés pour dormir sous des ponts, dans des tentes ou dans des logements indignes du centre-ville, quand ils n’avaient pas la chance d’être hébergés par leur employeur. Conjointement avec les autres élus locaux, nous avons donc réfléchi à une solution d’hébergement des saisonniers. » Elle a pris la forme d’une résidence hôtelière à vocation sociale (RHVS) avec le statut d’établissement public commercial à vocation sociale.
Un projet multipartenarial
Ce projet, développé dans le cadre du plan départemental d’action pour le logement et l’hébergement des personnes défavorisées, repose sur un large partenariat.
Il associe autour de l’association Le Prado, pilier du projet, plusieurs collectivités : la communauté d’agglomération du Libournais (CALI), les communautés de communes du Fronsadais et du Grand Saint-Émilionnais, le département, la région et la ville de Libourne. Le projet a aussi pris appui sur les services de l’État et des partenaires financiers, tels que la Banque des Territoires et Action Logement, ainsi que sur des opérateurs techniques du secteur privé. Ce montage multipartenarial est un des marqueurs du projet.
Une résidence bien située et bien équipée
Baptisée Résidence hôtelière le Prado, la RHVS est une réponse à la fois sociale et économique au besoin de logement des saisonniers. Le projet a commencé à prendre forme lors d’un premier comité de pilotage en mars 2018 et les travaux ont démarré en janvier 2021, sur un foncier qui appartenait initialement à la SNCF. La résidence, qui compte 87 studios, a ouvert en juillet 2022. Les logements sont équipés de kitchenettes et de salles de bains. La résidence peut accueillir, en tout, 146 personnes. Elle dispose également d’une cuisine commune, d’une salle de convivialité, d’une terrasse, d’une blanchisserie et propose des services connexes (petits-déjeuners, plateaux-repas…). Elle est située à proximité de commerces de première nécessité et des services du quotidien, près de la gare ferroviaire et des points de passage des principales lignes de transports en commun, afin de faciliter les déplacements sur les lieux de travail. Les travailleurs saisonniers, dotés d’un contrat de travail, ont accès à la résidence au tarif de 12 euros la nuitée (suivant la durée du séjour et le nombre de personnes hébergées), généralement payé par l’employeur.
Le « couteau suisse » de l’hébergement
La RHVS est gérée par l’association Laïque Le Prado, opérateur et exploitant de la résidence. Ses liens avec les collectivités locales sont forts : la CALI est invitée à participer au comité de pilotage annuel et dispose, tout comme les autres collectivités impliquées, de réservations de logements à tarifs préférentiels. Des services locaux, tels que les Centres communaux d’action sociale (CCAS) ou les missions locales travaillent aussi avec la RHVS, pour l’hébergement des publics socialement fragiles. Vingt-six studios sont réservés à ces personnes, et cinq autres logements sont réservés aux personnes à mobilité réduite (PMR).
Durant ses quatre années d’existence, la résidence a accueilli des saisonniers à hauteur de 31 % des occupants, une proportion qui grimpe à 56 %, si l’on ajoute les travailleurs en mobilité. En saison haute, ce taux monte à 87 %. Un score à analyser dans le contexte de la crise du secteur viticole qui frappe tout le Bordelais. « Depuis 2023, la baisse des ventes et la concurrence d’autres vignobles ont entraîné l’arrachage de plus de 13 000 hectares de vignes, sur un total de plus de 100 000 hectares, constate Jean-Philippe Le Gal. Par ailleurs la mécanisation a aussi fait baisser le besoin en saisonniers pour les viticulteurs. » Mais cela n’empêche pas la RHVS d’être reconnue comme un outil utile de soutien à la filière viticole et de « fonctionner comme un couteau suisse pour répondre aux divers besoins en hébergement, comme ceux des femmes victimes de violences, de personnes en grande difficulté ou, comme cela a aussi été le cas, d’habitants victimes de tempêtes. »
Coût et financements de la résidence hôtelière à vocation sociale
Coût global du projet : 5,1 millions d’euros
- Prêts contractés par l’association Le Prado :
- Auprès de la Banque des Territoires : 3,66 millions d’euros
- Auprès d’Action Logement : 670 000 euros
- Autre prêt aménagement : 337 500 euros
Subventions de :
- - État : 114 400 euros
- - Département : 300 000 euros
- - Intercommunalités : 150 000 euros
- - Fabriq’Cœur d’Habitat : 200 000 euros
Les employeurs contribuent indirectement au financement, en réglant les nuitées des saisonniers qu’ils emploient
Communauté d’agglomération du Libournais
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