À Malmerspach, des friches industrielles réhabilitées reprennent vie (68)
À Malmerspach, dans la vallée vosgienne de la Thur, 20 000 m2 de friches textiles ont été réhabilitées. Les résultats sont déjà appréciables : économies de foncier, création de 60 emplois et mise en valeur d’un bâti de qualité. Un projet mixte logements-activités viendra en complément.
© Communauté de Communes de la Vallée de Saint-Amarin
Textile, verre, bois : la vallée de la Thur, dans les Vosges du sud, très industrialisée aux 19e et 20e siècles, perd ses dernières usines au tournant des années 2000. À cette époque, à une trentaine de kilomètres de Mulhouse, une zone d’activités de dix hectares est en déshérence, près du village de Malmerspach. Après dépollution, la communauté de communes de la Vallée de Saint-Amarin (CCVSA) choisit d'y créer une zone d'activités « classique » avec vente de parcelles. « Ça n'a pas marché : peu de ventes, peu de création d'activités, un paysage dégradé », note Eddie Stutz, ancien vice-président à l'économie (2016-2026) et maire de Malmerspach. En 2010, les élus abordent la réflexion sous un nouvel angle : réhabiliter les bâtiments à forte valeur patrimoniale.
Garder la maîtrise foncière et réhabiliter pour louer
Pour ce projet, la CCVSA s'inspire du parc voisin de Wesserling, où elle a racheté en 2003, une ancienne manufacture textile de 60 000 m² pour la réhabiliter et en faire un grand hôtel d’entreprises. Les premiers locataires économiques s'y installent dès 2006, le modèle semble faire ses preuves. « À Malmerspach, nous avons d’abord repris la maîtrise foncière de l'ensemble, démoli les bâtiments en trop mauvais état, nettoyé le site et paysagé l'ensemble. En parallèle, nous avons commencé à travailler sur le programme de réhabilitation des bâtiments », explique Julien Magaud, responsable économie à la CCVSA. La collectivité se dote aussi d'une feuille de route et d’une vision à quinze ou vingt ans pour transformer le site, par tranches. Interglas est la dernière grosse entreprise industrielle présente sur site. Mais elle périclite : de 280 salariés dans les années 1980, elle compte une centaine d’emplois vers 2010. En 2015, elle fait faillite et 20 000 m2 supplémentaires s’ajoutent aux friches. « Il faut savoir adapter le projet sur un temps long, note l'élu. Pour réussir notre pari, nous avons arrêté de vendre des terrains nus ailleurs, malgré la demande. Cela demande du courage politique. » La communauté de communes déclenche les réhabilitations par tranche, dès qu'elle dispose des 50 % de subventions nécessaires à l'équilibre, avec un emprunt à vingt ans. « Chaque opération a vocation à s'équilibrer avec les loyers perçus, au sein d'un budget annexe autonome », précise le responsable économie.
Des niveaux de finition variés
De 2014 à 2016, la comcom réhabilite l'ancienne filature Hartmann, créée dans les années 1850. Le rez-de-chaussée de l'ancien bâtiment de direction est transformé en bureaux, l'étage conservé « en réserve » sans aménagement. À l'arrière, les ateliers en sheds (toiture en dents de scie) sont rénovés et allotis en cellules artisanales. De 2015 à 2019, la comcom rachète le site Interglas et restaure les 10 000 m² de la partie sud : des hangars des années 1980-1990 sans valeur patrimoniale, mais fonctionnels, et intéressants pour certains types d’activités.
Dans la même période, la collectivité vend à prix modique une autre friche patrimoniale de 2 300 m2 à deux entreprises artisanales locales. La vente est assortie de plusieurs clauses : obligation de réaliser le clos-couvert, avec un cahier des charges strict (couleur jaune « historique » aux murs, tuiles sur les sheds), et respect d'un calendrier. L'ancienne microcentrale hydroélectrique est confiée à un exploitant, avec un bail emphytéotique de quarante ans : « Nous avons réalisé le clos couvert du bâtiment, pour conserver la cohérence avec le bâtiment Hartmann. Mais relancer la production électrique présentait un coût trop élevé, nous avons préféré confier cette mission à un privé. Des priorités s'imposent parfois », souligne le maire. En 2022-2023, la comcom réhabilite un nouveau hangar, sans isolation, ni chauffage : il est aujourd'hui loué à une recyclerie. « En fonction des projets et de l’usage futur, nous adaptons les caractéristiques des locaux ainsi que le niveau de service. Cela permet de répondre aux différents besoins des entreprises », explique le responsable économie.
ZAN avant l'heure et fierté retrouvée
Les loyers sont attractifs - deux fois moins élevés que des locaux proches de grands axes de circulation – et dépendent du niveau de service apporté. Des tarifs « pépinière » sont aussi proposés. La comcom est souple sur ces baux : l'entrepreneur peut tenter sa chance, sans risque. Il teste, la collectivité s'adapte et il peut s’arrêter si ce n'est pas concluant. Quinze ans après le lancement, une vingtaine d'entreprises ou services s'activent aujourd'hui sur le parc de Malmerspach, avec 60 emplois. « Nous avons un taux d'occupation de 90 % et des entreprises variées, dont plusieurs sont arrivées de l'extérieur », note le responsable économie. Néanmoins, face à la hausse des impôts fonciers, des assurances et des fluides, il n’est pas toujours aisé de maintenir un équilibre financier.
La CCVSA peut se targuer d'avoir été précurseur en faisant du zéro artificialisation nette (ZAN), une quinzaine d’années avant l'heure. Cette implication publique incite des privés à réhabiliter, puisqu'il n'y a que peu de terrains nus à vendre. « L'impact psychologique auprès des habitants n'est pas non plus à négliger, ajoute le maire. Le site est mis en valeur, nous avons inventé un avenir à cette industrie qui nous rendait si fiers. » Contrairement au site de Wesserling, pour lequel la maîtrise foncière est jugée indispensable, la CCVSA accepte désormais des cessions (directe ou en crédit-bail), pour certains locaux, afin de pérenniser la présence d’entreprises ou d’accueillir de nouveaux porteurs de projets.
Une dernière tranche en éco-quartier mixte
Aujourd'hui, la CCVSA se penche sur la requalification des derniers 10 000 m2 encore en friche, à proximité du bourg-centre. Ils devraient faire l'objet d'un programme mixte avec une quarantaine de logements (un besoin nouveau dans la vallée) et 3 000 m² de locaux d’activités. Le volet dépollution prendra plus d'ampleur, car les normes sont plus élevées pour les logements et jardins. « Notre projet est ficelé, le plus délicat reste la question de visibilité sur les financements extérieurs, ce qui n'était pas le cas au début de l'aventure », concède en conclusion le maire de Malmerspach.
Les grands chiffres du projet
- 10 hectares
- 20 000 m2 de surfaces bâties déjà réhabilitées
- 10 000 m2 de bâti restent à réhabiliter
- Une vingtaine d'entreprises et structures installées, soit 60 emplois
- Loyers proposés : de 1,50 euro HT du mètre carré pour du stockage, à 4 euros HT du mètre carré pour des bureaux, en passant par 2,50 euros HT du mètre carré pour des ateliers d’artisan
- La communauté de communes revend désormais les bâtiments sans valeur patrimoniale : 3 des 6 lots de hangars récents sont déjà cédés en crédit-bail
- Taux d'occupation des locaux créés : 90 %
- 4 millions d'euros déjà investis, subventionnés à 50 % en moyenne, principalement par la région Grand Est et l’État
- Dernière tranche à venir estimée à 15 millions d'euros pour réaliser un éco-quartier, composé aux deux tiers de logements (35 logements) et d’un tiers de cellules d’activités et de services (3 000 m2)
Communauté de communes de la Vallée de Saint-Amarin
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Eddie Stutz
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Pour aller plus loin
- La présentation du projet, sur le site de la communauté de communes
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