À Barentin, l'ancienne filature Badin devient un parc public (76)

À Barentin, les 17 hectares de l'ancienne filature Badin ont été reconvertis en parc public. Espaces naturels, équipements sportifs, culturels et de loisirs ont été plébiscités dès l’ouverture du parc, en 2025. Cette transformation au sein d'une commune de taille intermédiaire a bénéficié d'un bon accompagnement en amont.

« Barentin c'est Badin et Badin c'est Barentin ». Cette formule témoigne de la place majeure qu'a tenu la filature Badin dans la ville de Barentin, située à un quart d'heure de la métropole rouennaise. Avant que l'industrie textile ne périclite, et que le site ferme complètement, en 2008. « Parmi nos friches, c'est la plus grande, souligne le maire, Christophe Bouillon. Notre priorité, ici, a été de rendre le site à tous les habitants, quand d'autres lieux vont devenir du logement ou des bureaux. »

Étude préalable

La ville devient officiellement propriétaire du site en 2018, après la démolition de tous les bâtiments obsolètes. En 2020, le maire, nouvellement élu, sollicite une « étude flash » auprès de la direction normande de la Banque des Territoires afin de concevoir les pistes d’un possible devenir du site. Par retour d'expérience sur d'autres transformations de friches, l'étude confirme l'intuition des élus sur la possibilité d'en faire un espace vert et de loisirs et d'y développer une offre culturelle dans les deux bâtiments encore en place. L'étude liste également les études à mener et dresse un premier calendrier, par phases. « Cet accompagnement préalable est indispensable dans une commune de taille intermédiaire », remarque le maire. Dans le même temps, la commune est labellisée Petite ville de demain, ce qui lui permet d’affecter un chargé de mission au suivi de ce dossier.

Un programme défini de manière participative

Avec l'aide d'un paysagiste, la mairie lance en 2021 une concertation « page blanche » sur la partie non bâtie du site, soit 16,5 hectares. De multiples outils de concertation sont mis en œuvre : visites du site, prospective en marchant, questionnaires sur les équipements sportifs et aires de jeux souhaités, part des espaces de nature ou aménagés, éclairage public… La démarche participative regroupe une soixantaine d'habitants et d'anciens salariés. Elle aboutit à deux pistes : « la couture » du site avec la ville ou « l'écrin », qui préserve le site de la ville par d'anciens murs. Cette dernière obtient 70 % des suffrages à la votation citoyenne organisée en octobre 2021. Ce moment citoyen est le point de départ pour définir le programme et lancer un concours sur la transformation. Une agence de paysage est choisie fin 2022. Après une année d'études et de conception, les travaux de dépollution démarrent, début 2024.

Dépollution et étude quatre saisons

« Pendant six mois, 10 000 tonnes de terre polluée aux hydrocarbures ont été évacuées », indique Thomas Cellier, directeur de cabinet. La pollution au plomb est traitée sur place, en encapsulant les terres dans une butte paysagère. La ville missionne aussi un assistant à maîtrise d’ouvrage, spécialisé sur la question de l’amiante, qui sera chargé des canalisations anciennes en sous-sol. Pour reconvertir le site, une étude écologique, réalisée sur quatre saisons, inventorie la faune et la flore qui s’est installée pendant les douze ans d’inoccupation. « Nous avons dû prouver que le futur parc n'allait pas perturber cet écosystème et nous avons aussi pris des mesures de protection durant le chantier », précise le directeur de cabinet. Une « maison aux chauves-souris » a notamment été construite, pour continuer à accueillir sur place cette espèce protégée.

5 000 arbres, arbustes et vivaces plantés

Situé en fond de vallée de l'Austreberthe, le projet compte aussi un volet eau majeur. Détournée du temps de l'usine à des fins industrielles, la rivière avait déjà réintégré son lit originel, dans le cadre de compensations environnementales mises en œuvre pour un projet industriel voisin. L'aménagement du parc a permis de renaturer l'ancien canal de dérivation, alimenté par des sources. La mairie en a aussi profité pour déconnecter du réseau les eaux pluviales d'un quartier voisin. Celles-ci rejoignent désormais le site. Un « pavillon de l'eau », petit bâtiment de briques à la toiture inversée, pourra accueillir des ateliers pédagogiques sur l'eau et ses usages. Côté végétal, le site comptait un arboretum, créé par le fondateur de l'usine. Il a été étoffé et des plantations ajoutées sur les lisières. « Au total, nous avons planté 5 000 arbres, arbustes et vivaces, principalement des espèces locales, notamment adaptées aux milieux humides », précise le chef de cabinet. Le saule-osier a notamment été planté sur les berges de la rivière et du canal : cette espèce vise à lutter contre l’invasion de la renouée du Japon. Une signalétique biodiversité informe sur les trésors du nouveau parc.

Nouveaux usages publics : une réussite

Si la partie sud du parc est naturelle, le nord est consacré aux usages sportifs et récréatifs : skate-park, basket, aire de « street-workout », tables de ping-pong et baby-foot, terrain de volley enherbé... Un amphithéâtre extérieur et une buvette complètent l'offre récréative. Le parti pris a été de conserver au maximum les dalles et carreaux au sol pour garder des traces de l'histoire. Une signalétique rappelle les anciens usages du site. « La fréquentation a été au rendez-vous dès l'ouverture, en septembre 2025, se réjouit le maire. Tout le monde parle du parc, les motifs pour y venir sont multiples : c'est un lieu qui crée du lien social, intergénérationnel et du lien à la nature. » Ce premier succès apporte aussi du crédit à la ville pour les étapes de transformation à venir des deux bâtiments encore en place. L'un sera un cinéma (le permis est déposé et le délégataire de service public désigné), la destination du second n'est pas encore arrêtée. « La gestion du temps long est une des difficultés majeures de la reconversion d'une friche, conclut le maire. Nous avons été bien accompagnés pour y parvenir, c'est une condition de réussite. »

Les grands chiffres du projet

  • 17 hectares de friches
  • L'étude quatre saisons a identifié 65 espèces d'oiseaux présentes sur le site, sept espèces de chauves-souris, des mammifères et des reptiles.
  • Hier, 90 % du site occupé par des bâtiments, aujourd'hui  75 % naturel
  • Un parc public de 16,5 hectares aménagés
  • Six mois de dépollution, dix mois d'aménagement
  • 12 millions d’euros HT : coût de l'aménagement du parc, dont 2,2 millions d’euros de travaux de dépollution
  • 36,2 % de subventions obtenues :
    • 23 % Feder (Europe)
    • 43,8 % Fonds vert dépollution et renaturation (État)
    • 23,7 % Fonds friche, Fonds national d'aménagement et de développement du territoire (FNADT), Plan paysage (État)
    • 9,5 % du département de Seine-Maritime

Commune de Barentin

Nombre d'habitants :

12022
Hôtel de ville - Place de la libération
76 360 Barentin
accueil@ville-barentin.fr

Christophe Bouillon

Maire

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