Saint-Nazaire teste une recyclerie éphémère pour le chantier de l’école (44)
En 2025, la rénovation de l’école Jean-Jaurès, à Saint-Nazaire, a fourni un terrain d’expérimentation pour organiser une recyclerie éphémère. Un succès, avec 1 200 visiteurs et 70 % des matériaux repartis pour une seconde vie en une journée.
© DR
La ville de Saint-Nazaire, déjà adepte du réemploi en interne, passe à la vitesse supérieure sur l’économie circulaire. La rénovation de l’école Jean-Jaurès a été l’occasion d’ouvrir le réemploi au grand public. Le groupe scolaire est un ensemble de bâtiments emblématiques de la reconstruction de Saint-Nazaire dans les années 1950. « Nous menons un grand projet de rénovation dans le respect de ce patrimoine remarquable. Il consiste à rapprocher maternelle et élémentaire pour densifier l’école et réaliser des économies d’énergie. Nous avions aussi une ambition d’économie circulaire sur ce chantier, sans idée précise au départ », expose Céline Paillard, adjointe au maire chargée des ressources humaines, transitions écologiques, patrimoine immobilier et logistique. Les travaux, menés en site occupé, se déroulent de 2024 à 2026. Entre les deux phases de chantier, l’ambition d’économie circulaire se concrétise, sous la forme d’une déconstruction sélective et remise en circulation des matériaux, via un magasin éphémère.
Cinq mois pour monter la ressourcerie éphémère
Le projet a été mené tambour battant. La transversalité et la coordination entre services de la ville ont été la clé de voûte du projet. « L’initiative vient conjointement de la direction du développement économique, qui porte la feuille de route Économie circulaire, et de la direction de la transition écologique et climatique, explique Céline Bioret, cheffe de projets transition écologique. En mars 2025, une collègue a visité une recyclerie éphémère organisée par un bailleur social avec l’entreprise Tri’n’collect, spécialisée dans la valorisation des déchets de chantier. Nous voulions expérimenter la démarche et nous avons donc soumis l’idée à la direction du patrimoine immobilier. » En mai 2025, la décision est prise : le chantier de l’école Jean-Jaurès sera le terrain d’expérimentation de cette démarche. En effet, le « diagnostic produits, équipements, matériaux et déchets » (PEMD), attendu d’opérations de démolition, a révélé un fort gisement de matériaux et mobilier récupérables.
Deux sous-traitants
Une assistance à maîtrise d’ouvrage est confiée au cabinet conseil qui a réalisé le diagnostic PEMD, Cycle Up. Le projet s’organise en très peu de temps, car le phasage du chantier doit être respecté : les travaux de curage (retrait des éléments de second œuvre non porteurs) sont programmés durant l’été. Les élus souhaitent confier la dépose sélective au chantier d’insertion local APIE et l’organisation de la matériauthèque à Tri’n’collect. L’entreprise de curage Premys accepte de réorganiser son chantier, d’inclure ces deux entreprises en sous-traitance et trouve des containers pour le stockage. « Tout le monde avait envie que ça fonctionne. Les services ont tout mis en œuvre pour contractualiser rapidement avec les entreprises, qui nous ont très bien accompagnés », souligne la cheffe de projet. Les contrats sont finalisés en juin 2025. Un technicien de Tri’n’collect encadre l’équipe d’insertion pendant une semaine pour la dépose qualitative des matériaux en juillet. Tri’n’collect organise également toute la vente, de la fixation des prix au traitement des invendus, en passant par la création d’un catalogue en ligne et l’étiquetage.
La queue devant le portail
Samedi 27 septembre 2025, neuf personnes sont mobilisées pour tenir le magasin éphémère : des agents d’APIE, de Tri’n’Collect et de la ville. Des élus sont également présents. Prioritaires, les parents d’élèves et le personnel municipal ont pu faire des réservations la veille de la vente. « Dès 8 h 30, il y avait la queue devant le portail ! Nous avons eu la surprise de voir des agents d’autres communes qui voulaient du matériel en quantité et n’avaient pas prévenu… », témoigne la cheffe de projet. En fin de journée, 4 000 euros ont été encaissés. « Tri’n’collect a géré la caisse et les recettes ont été déduites du coût de leur prestation. C’est une façon simplifiée d’organiser les ventes pour une collectivité. Sinon, il aurait fallu créer une régie, mais nous n’avions pas le temps de nous coordonner avec les autres directions sur ces aspects administratifs et financiers. » Les invendus, estimés à 30 %, sont partis en ressourcerie à proximité.
Ventes groupées à l'avenir?
Cette expérimentation réussie renforce la motivation et fournit de nombreux enseignements pour la suite. Le bilan économique se chiffre à 53 000 euros de dépenses et 14 000 euros de recettes. « Il y a de belles marges d’optimisation avec plus d’anticipation et moins d’intervenants, expose la cheffe de projet. Par exemple, nous pouvons maintenant nous passer d’une assistance à maîtrise d’ouvrage qui a représenté sur cette toute première édition une enveloppe de 16 000 euros. Nous n’avons pas non plus quantifié la non-dépense du traitement des déchets. Sur une telle opération, il doit être possible d’équilibrer les dépenses et les gains. » Le mode opératoire reste également à travailler. Comment faire entrer une telle démarche dans les processus de la collectivité ? Faut-il la réserver aux grosses opérations avec un fort gisement de matériaux ? Ou stocker les matériaux de plusieurs petits projets pour organiser une vente regroupée ? « La récupération est déjà dans les habitudes en interne, reprend l’élue. Sur ce chantier par exemple, la direction Paysage et nature en ville a aussi valorisé 30 m³ de dépose d’ardoises pour un appel à projet d’Écominéro. Le frein à la récupération est la capacité de stockage en attente d’un futur besoin. L’avantage de la recyclerie éphémère est d’écouler très rapidement les matériaux. Dans ce projet, nous avons la satisfaction d’avoir conjugué récupération et évacuation rapide des matériaux. Cela ouvre beaucoup de perspectives pour la suite. »
Le site écominéro permet aux détenteurs de déchets inertes issus du bâtiment de se défaire de leurs déchets triés.
Le bilan financier
Dépenses 53 000 euros
- Assistance à maîtrise d’ouvrage Économie circulaire 20 000 euros, dont diagnostic produits équipements matériaux et déchets (PEMD) 4 000 euros
- Dépose sélective et stockage 25 000 euros
- Organisation de la vente 8 000 euros
Recettes 14 000 euros
- Subvention Ecominero 10 000 euros
- Vente 4 000 euros
- Coûts de traitement de déchets évités : non évalués
Commune de Saint-Nazaire
Nombre d'habitants :
Céline Paillard
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