Une ferme urbaine dans un quartier politique de la ville à Laval (53)
L’agriculture est progressivement en train de s’installer à Laval, sur un terrain d’une superficie de 20 hectares, situé dans un quartier en politique de la ville. La ferme urbaine vient en soutien de la population de ce quartier pour agir, à son échelle, sur la précarité alimentaire, l’emploi et la formation.
© Chloé Bréhin – Ville de Laval
Des fruits, des légumes et peut-être bientôt des œufs et de la viande seront produits dans le quartier prioritaire Saint-Nicolas à Laval. Ce secteur, qui compte 8 000 habitants, est en pleine métamorphose. Il bénéficie des programmes Anru 1 et 2 pour son désenclavement et sa rénovation. La construction de 1 700 logements est en cours d’achèvement, avec la création d’espaces végétalisés. Et, dans le cadre de l’appel à projet Quartiers fertiles, une ferme urbaine se développe sur un terrain agricole d’une vingtaine d’hectares.
Aux yeux de Christian Perrier, référent politique de la ville à Laval agglo, « cette ferme, située aux franges de la ville, répondra à des enjeux majeurs du quartier. Dans certains secteurs, le taux de pauvreté atteint 75 % : la ferme permettra de proposer une production maraîchère de qualité à la portée de toutes les bourses. Elle offrira également une vingtaine d’emplois non délocalisables aux habitants. » Ces emplois liés à l’agriculture donneront aux habitants l’opportunité de se former pour avoir ensuite la possibilité de travailler dans des exploitations privées, dans ce département très rural.
Gouvernance
La question de la gouvernance de la ferme a suscité de nombreuses interrogations. Les élus ont finalement décidé de la confier à Val’Orizons 53. Cette association compte, dans son conseil d’administration, deux élus de la ville et deux de la communauté d’agglomération. Ils siègent aux côtés de membres qualifiés, tels que la responsable d’un syndicat agricole ou le directeur général d’une entreprise spécialisée dans le domaine des pépinières et de l’aménagement d’espaces verts. Les personnes nécessaires au fonctionnement de la ferme sont recrutées via des contrats de mise à disposition auprès de l’entreprise à but d’emploi (EBE), créée dans le cadre du programme Zéro chômeur de longue durée, mis en place sur le territoire. « Ces recrues, précise Hervé François, chef de projet Agriculture urbaine de Laval agglo, vont bénéficier de formations pour assurer leur montée en compétences et la hausse progressive de la production jusqu’en 2030. Parallèlement, elles continueront à se perfectionner en pratiquant sur le terrain, avec l’encadrement du chef de culture maraîchage. »
Quelques points clés du projet
Plusieurs points clés ont présidé à la création et à la mise en fonctionnement de la ferme urbaine. Le terrain, un foncier agricole, a été transféré de la commune de Laval à la communauté Laval agglo, qui porte le projet de renouvellement urbain. « Ce transfert d’un foncier déjà classé agricole a beaucoup simplifié les choses, explique Hervé François. Les services de la communauté ont ensuite lancé plusieurs études préalables, avec l’appui et les financements de la Banque des Territoires [voir encadré]. Ces études nous ont permis de concevoir les meilleurs aménagements possibles, afin de produire à terme, en 2030, environ 200 tonnes de fruits et de légumes par an, selon les principes de l’agroécologie et de la permaculture. » Il a aussi fallu engager les démarches réglementaires pour la création d’un captage sur site, complément indispensable à l’utilisation de l’eau de pluie. Le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) a dû être modifié, pour autoriser la construction de bâtiments de la ferme. Le projet a, en outre, dû s’adapter à l’histoire du site. Des fouilles archéologiques ont révélé la présence de vestiges du mésolithique. Une convention avec la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) permet de les protéger.
Un modèle de distribution encore en construction
L’activité de la ferme a démarré au printemps 2024, avec de premières plantations de légumes sur 1 500 mètres carrés. L’espace de maraîchage occupera, à terme, 2,5 hectares. Les surfaces cultivables et la production augmenteront au fil des années, à mesure que les structures de production (irrigation, bâtiment de stockage…) seront achevées. Sur le volet arboriculture, il faudra attendre que les jeunes arbres puissent produire des fruits. Durant cette première phase expérimentale, les récoltes n’ont pas été commercialisées. Elles ont été mises gratuitement à disposition de la banque alimentaire, des salariés de la ferme et du restaurant créé par l’EBE. « Le modèle de distribution des produits de la ferme est encore en construction », fait valoir Patrice Morin, conseiller communautaire en charge de la Politique de la ville. « Il devra contribuer à réduire la précarité alimentaire des habitants, avec des tarifs solidaires sur un territoire où la pauvreté contraint certains ménages à sauter un repas par jour », conclut-il.
La ferme urbaine en quelques chiffres
Projections des surfaces exploitées en 2030
- Maraîchage de plein champ : 1,26 hectare
- Maraîchage sous abris non chauffés : 0,6 hectare
- Vergers, agrémentés d’espaces de maraîchage et de floriculture : 5,3 hectares
- Herbage, avec espaces d'éco pâturage et parcours de volailles en plein air : 6,2 hectares
- Fleurs : 0,24 hectare
- Par ailleurs, les activités suivantes sont prévues :
- Apiculture : 30 ruches
- Poules pondeuses : 500
Financements et subventions de la ferme urbaine
Laval agglo porte l’ensemble des investissements pour la création des infrastructures (bâtiments, irrigation…) nécessaires au fonctionnement de la ferme urbaine. Leur montant, jusqu’en 2030, se situera entre 2 et 3 millions d’euros. L’association gestionnaire, Val’Orizons 53, prend en charge la gestion du quotidien : salaires, assurances, achats des plants…
Le projet de ferme urbaine bénéficie de plusieurs subventions déjà perçues :
- Anru : 300 000 euros sur les investissements des infrastructures
- Banque des Territoires : 62 250 euros pour les études préalables sur l’agronomie, l’eau, les paysages et 159 526 euros pour les frais de personnel
- FEDER : 200 000 euros, notamment sur l’eau et la biodiversité (encore à percevoir)
- Agence régionale de santé : 35 000 euros sur le volet santé alimentaire du projet
- Département : 35 000 euros sur le volet climat
Laval Agglomération
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Hervé François
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