Hôpital : Stéphanie Rist annonce 6 milliards d'euros supplémentaires d'investissement de l'État sur dix ans
Ces crédits permettront de prolonger la dynamique du Ségur de la santé, qui prévoyait 16 milliards d'euros d'investissement pour l'hôpital entre 2021 et 2030. Le reliquat de ce plan étant de 6 milliards, c'est un total de 12 milliards d'euros qui seront mobilisables d'ici 2036 pour concrétiser des projets existants et en développer de nouveaux. Les investissements seront conditionnés à "des mesures d'efficience", en particulier via un renforcement de toutes les formes de coopérations entre l'hôpital et les acteurs (médecine de ville, cliniques…) du territoire.
© @SantExpo/ Stéphanie Rist
Plus que de ressources financières complémentaires, de "reconnaissance" ou d'"organisation renouvelée", l'hôpital a un "immense besoin" d'"horizon", selon la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, qui s'exprimait ce 19 mai 2026 en ouverture du salon SantExpo organisé par la Fédération hospitalière de France (FHF). Sur ce point, la ministre ne sera pas contredite par la FHF, qui lui a remis ce jour une proposition de "loi de programmation pour bâtir une société de la longévité" – Localtis y reviendra dans un prochain article – et qui plaide également de longue date pour l'adoption d'une loi de programmation en santé (voir notre article).
12 milliards mobilisables d'ici à 2036 pour l'investissement hospitalier
Si une telle logique de programmation pluriannuelle (voir notre article) n'est pas à l'ordre du jour, ni pour la santé ni pour le grand âge (voir notre article), Stéphanie Rist a annoncé une "trajectoire" d'investissement pour l'hôpital permettant de prolonger le Ségur de la santé : 6 milliards d'euros seront "investis par l'État pour soutenir les projets en région" dans les dix prochaines années, a-t-elle ainsi déclaré.
Selon le cabinet de Stéphanie Rist, cette enveloppe s'ajoute aux 16 milliards d'euros du Ségur (16 des 19 milliards d'euros, les 3 autres milliards étaient dédiés aux Ehpad) pour la décennie 2021-2030, dont 10 milliards ont déjà été consommés. Dans ce cadre, 773 projets ont été inscrits dans les stratégies régionales d'investissement – pilotées par les agences régionales de santé (ARS) – et 137 de ces projets ont été finalisés. Avec les 6 milliards annoncés ce jour, c'est donc un total de 12 milliards d'euros qui pourraient être débloqués d'ici à 2036.
Salués par la FHF qui demandait depuis longtemps une "sanctuarisation" de ces enveloppes dédiées à l'investissement, ces crédits permettront à la fois de financer de nouveaux projets et de sécuriser des projets existants, en réponse notamment au renchérissement des coûts de construction. Ces investissements demeureront décidés à l'échelon régional et seront "conditionnés à la mise en œuvre de mesures d'efficience", selon un mode d'emploi que le ministère fournira prochainement par instruction.
Accès aux soins : renforcer le "rôle de locomotive" de l'hôpital
Pour réduire les déficits des hôpitaux tout en améliorant l'accès aux soins, la ministre mise principalement sur la poursuite de "l'ouverture du système hospitalier sur son environnement extérieur". "Nos près de 3.000 établissements hospitaliers, tous statuts confondus, sont à la fois la locomotive et le dernier recours des soins sur nos territoires", a-t-elle affirmé ce 19 mai 2026. L'enjeu est donc de renforcer "ce rôle de locomotive".
Appelant à plusieurs reprises à la "responsabilité commune" et au "partage de la contrainte" entre État, Assurance maladie, ARS, directeurs d'hôpital et soignants, la ministre annonce qu'elle réunira "dans les toutes prochaines semaines" un premier "comité stratégique national". Et présente d'ores et déjà quatre "directions" pour davantage d'ouverture de l'hôpital vers son territoire : le développement des "activités complémentaires" (telles que la téléexpertise réalisée par des spécialistes de l'hôpital sur demande de médecins de ville) et des "alternatives à l'hospitalisation complète" (poursuite du virage de l'ambulatoire), l'accélération de la coopération dans le cadre des groupements hospitaliers de territoire (GHT), le dépassement du "vieux clivage ville-hôpital" notamment dans le cadre du réseau France Santé et le "dépassement public / privé".
Une mission est confiée à l'inspection générale des affaires sociales (Igas) sur les difficultés financières auxquelles font face les établissements privés, lucratifs et non lucratifs. Concernant les GHT, si Stéphanie Rist évoque la nécessité d'un "acte II de la coopération", une réforme du statut n'est pas envisagée : il y aurait "déjà beaucoup à faire" avec les outils existants, selon le cabinet de la ministre.
À noter que le rôle des élus dans cette réorganisation territoriale des hôpitaux n'a pas été précisé ; l'Igas et l'IGF (inspection générale des finances) avaient appelé dans un récent rapport à renforcer ce rôle (voir notre article).
Attractivité des métiers du soin et du lien : bientôt un "cap politique"
La ministre promet par ailleurs d'agir pour les professionnels de santé, en matière de santé des soignants et des étudiants, de sécurité et de "renforcement des métiers et des compétences".
Stéphanie Rist annonce enfin un prochain "cap politique pour l'attractivité des métiers du soin et du lien", qui sera porté avec les ministres du Travail et de l'Autonomie et qui consistera notamment à développer la formation continue et la validation des acquis de l'expérience (VAE).