Face à la crise énergétique, la Commission veut accélérer les réformes
La présidente de la Commission européenne a détaillé, lundi 13 avril, l'arsenal de mesures qu'elle souhaite prendre ou accélérer pour réduire la dépendance de l'Europe aux énergies fossiles, dans le contexte de la guerre en Iran. Au programme : des aides d'urgence, avec un assouplissement du régime des aides d'État et, sur le plus long terme, électrification, révision des prix de l'énergie, interconnexions...
© @vonderleyen/ Ursula von der Leyen
22 milliards d’euros de plus. C’est le montant de la facture de l’Union européenne sur les importations liées aux combustibles depuis le début de la guerre en Iran. Un chiffre avancé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lundi 13 février, à l’issue d’une réunion de travail du collège des commissaires consacrée à l’énergie dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient. C’est presque la totalité de l’enveloppe que la Commission prévoit de consacrer aux interconnexions énergétiques en Europe lors de la prochaine programmation 2028-2034, une enveloppe pourtant multipliée par cinq par rapport à l’actuelle programmation. Un domaine où les besoins sont colossaux : une étude de la Commission estime que pour parachever l’union de l’énergie, il faudrait débourser 1.500 milliards d’euros d’ici à 2040…
Mesures d'urgence
La crise iranienne a mis à nu l’Europe qui importe près de 60% de sa consommation, selon Eurostat. Alors pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles et répondre à l’urgence, la présidente de la Commission propose d’intervenir tous azimuts et d’accélérer plusieurs réformes déjà dans les tuyaux. Parer à l’urgence, c’est faire en sorte que les États membres puissent prendre des mesures "pour mieux protéger les ménages et secteurs vulnérables contre les prix élevés de l'énergie". Des mesures "immédiates", "rapides" et "temporaires", a-t-elle souligné, alors que, jusqu’ici, les États membres avancent en ordre dispersé : aides sectorielles pour les agriculteurs, les pêcheurs et les transporteurs en France (lire notre article du 30 mars), baisse de la TVA sur les carburants en Espagne (depuis, Madrid s’est fait rappeler à l’ordre par Bruxelles, car cette baisse contrevient à une directive de 2006), baisse d'une taxe sur les produits pétroliers en Allemagne... La Commission présentera la semaine prochaine une communication sur les "bonnes pratiques". L’objectif est aussi d’encourager à la sobriété énergétique. Car "l'énergie la moins chère est bien sûr celle que nous n'utilisons pas", a martelé Ursula von der Leyen.
La cheffe de l’exécutif européen a également a annoncé que les États membres allaient être consultés cette semaine "sur un assouplissement des règles en matière d'aides d'État", "afin de leur donner plus de marge pour des aides d'État temporaires dans les secteurs les plus exposés". "Mon objectif est que cet encadrement temporaire des aides d'État soit adopté encore ce mois-ci, pour que nous disposions d'un nouvel encadrement temporaire en avril", a-t-elle précisé.
Stratégie d'électrification
Sur le plus long terme, la dirigeante allemande veut agir sur plusieurs tableaux : baisse du prix de l’électricité, intégration des réseaux, électrification... Pour ce qui est de la fixation des prix de l’énergie, deux rendez-vous sont attendus : la révision des taxes sur l'électricité et les redevances de réseau qui feront l’objet d’une proposition législative annoncée en mai et la réforme du marché du carbone (Seqe ou ETS en anglais) qui, espère-t-elle, pourrait aboutir en juillet.
"Électrifier l'Europe, c'est rendre l'Europe plus indépendante", a par ailleurs déclaré Ursula von der Leyen, trois jours après la présentation par le Premier ministre Sébastien Lecornu d’un plan d’électrification (lire notre article du 13 avril). Une stratégie européenne pour l’électrification sera présentée "avant l’été". "Nous devons intensifier la production d'énergie fiable, abordable et locale, grâce au large éventail des énergies renouvelables mais aussi grâce à l'énergie nucléaire bien sûr", a-t-elle insisté. Ces deux sources d’énergie représentent désormais 70% de la production d’électricité. "Mais il est évident que nous devons aller plus loin. Il faut que ces sources d'énergie propres soient mieux intégrées dans le système énergétique. À l'heure actuelle, d'énormes volumes d'énergie propre sont inutilisés, voire gaspillés", a-t-elle constaté, appelant à une "accélération des raccordements au réseau".
Interconnexions
Elle souhaite avancer le calendrier du paquet "réseaux" présenté au mois de décembre pour qu’il soit adopté par les colégislateurs "avant le début de l'été". À noter que l’acte délégué arrêtant la liste des 235 projets énergétiques transfrontaliers pouvant prétendre à un financement du titre du mécanisme pour l’interconnexion en Europe a été publiée au Journal officiel de l’UE, le 9 avril. La liste de ces projets dits d’intérêt commun et d’intérêt mutuel (PIC/PIM) avait été dévoilée par la Commission européenne en décembre 2025. Elle vient s’ajouter à une première liste de 166 projets qui avait été publiée en 2023. Sur les 235 projets, 113 ont trait à l'électricité, aux plateformes offshore et aux réseaux électriques intelligents, 100 à l'hydrogène et aux électrolyseurs, 17 aux infrastructures de transport de carbone, trois aux réseaux de gaz "intelligents" et deux concernent Chypre et Malte.