Le Premier ministre dévoile – en partie – son "plan électrification"

Sébastien Lecornu a dévoilé ce 10 avril une partie de son "plan électrification", celle ayant trait au logement et au transport. Comme attendu, le gouvernement mise principalement sur deux outils : les pompes à chaleur d'une part, et les véhicules électriques d'autre part, essentiellement via des dispositifs de leasing ou d'aides à l'achat "ciblés", mais encore peu détaillés.

Annoncé par le Premier ministre fin 2025, le "plan d'électrification" tant attendu a finalement, mais partiellement, été présenté ce 10 avril. "C'est un enjeu de sécurité nationale", a insisté Sébastien Lecornu. "Tant que nous dépendrons du pétrole et du gaz, nous continuerons de payer le prix des guerres des autres. Et ces crises vont malheureusement se poursuivre", a-t-il prévenu. Signe des temps, la guerre au Moyen-Orient a ainsi fait passer sous silence un autre objectif initial de ce plan : développer l'électrification des usages pour parer "le risque de surproduction électrique", notamment mis en avant par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, ou par le gouvernement lui-même, lors de la présentation de la troisième programmation pluriannuelle de l'énergie.

En l'état, ce plan vise singulièrement les deux principaux postes de dépenses des Français : le logement et les transports. Deux secteurs pour lesquels Sébastien Lecornu a annoncé des "mesures ciblées" : "On ne peut pas d'un côté dénoncer les déficits publics et en même temps proposer des baisses généralisées des taxes", explique-t-il.

Logement : ça sent le gaz pour le gaz

Après la fin du fioul, encore lointaine en pratique, c'est désormais la fin d'un chauffage au gaz – par ailleurs en constante progression : 3,7 millions de résidences principales étaient chauffées au gaz en 1990, 5,6 millions en 2022, selon l'Insee – qui est visée. "Dès la fin de cette année, il ne sera plus possible d'installer des chaudières au gaz dans les constructions neuves", indique le Premier ministre. "Cela vaudra pour tous les nouveaux permis de construire déposés à compter du 1er janvier 2027", précise Maud Bregeon, dans un entretien au journal Le Parisien, publié dans la foulée de l'intervention du Premier ministre. À dire vrai, une telle interdiction a été déjà posée par la RE 2020 – réglementation que le gouvernement est par ailleurs à la fois en train d'assouplir et d'élargir le périmètre –, entrée en vigueur le 1er janvier 2022. Mais "les pompes à chaleur hybrides, mêlant chauffage électrique et chauffage à gaz, étaient encore autorisées", décrypte la ministre. 

Pour remplacer ces chaudières, le Premier ministre vise "l'installation d'un million de pompes à chaleur (PAC) par an d'ici à 2030", soit le double des PAC installées aujourd'hui, ajoute Maud Bregeon. Et soit trois fois plus, pour 2026, que l'objectif annoncé en février dernier par Monique Barbut, qui visait alors 300.000 PAC installées cette année.

Pour y parvenir, Maud Bregeon annonce que "l'équivalent d'un leasing" sera instauré : "Les trois premières années [de l'installation], le coût mensuel de votre pompe à chaleur et de l'électricité nécessaire au chauffage du foyer sera inférieur à vos anciennes factures de gaz. À l'issue de ces trois ans […], vous ne paierez plus que le coût de l'électricité, qui sera deux fois inférieur aux factures antérieures", promet la ministre. "Concrètement, l'augmentation des aides pourrait aller jusqu'à 2.000 euros pour garantir l'amortissement en trois ans de la pompe à chaleur, pour un coût estimé à 200 millions d'euros supplémentaires à horizon 2030", ajoute-t-elle. L'on n'en sait pour l'heure pas davantage sur les bénéficiaires éligibles, ni sur les modalités de ce dispositif. 

Sébastien Lecornu a également promis que "2 millions de logements sociaux sortiront du gaz d'ici à 2050". Et annoncé que "100 premiers territoires seront sélectionnés pour s'engager, d'ici à 2030, dans une trajectoire 'zéro gaz', avec un accompagnement complet". Des dispositifs qui restent là aussi à préciser.

Parmi les différentes pistes qui permettraient de renforcer l'attractivité de l'électricité par rapport au gaz, celle d'une nouvelle révision du coefficient de l'électricité (et/ou du gaz) en énergie primaire ne semble pas avoir été étudiée, comme la convergence des fiscalités pesant sur ces énergie, défavorables en l'état à la première.

Transports : coup d'accélérateur sur l'électrification du parc

Côté transports, le Premier ministre affiche l'objectif de compter "deux voitures neuves sur trois électriques d'ici à 2030" – objectif qui vient compléter celui annoncé en février par Monique Barbut escomptant qu'en "2026, une voiture achetée sur trois soit électrique".

Pour y parvenir, l'outil du "leasing social" va être redéployé en juin pour "au moins 50.000 véhicules supplémentaires" en 2026 – comme l'an passé –, indique le Premier ministre. Certains de "ceux qui touchent jusqu'à environ 2.000 euros nets par mois pourront en bénéficier", observe Maud Bregeon.

S'y ajouteront 50.000 véhicules électriques supplémentaires "pour les gros rouleurs des classes moyennes […], notamment les aides à domicile, les aides-soignantes, les infirmières, les artisans, et plus globalement tous les salariés ou agents publics de notre pays", déclare Sébastien Lecornu. En l'espèce, Maud Bregeon indique que le soutien prendra la forme d'une "aide à l'achat qui ira jusqu'à 9.500 euros. Cela vise ceux qui touchent entre 2.000 et 3.000 euros nets par mois". 

"Pour la première fois, des dispositifs pour les véhicules utilitaires et même les poids lourds" vont être mis en place, vante encore le Premier ministre. A priori à tort, puisque de telles aides existent déjà. Sa ministre précise que l'aide à l'achat de véhicules utilitaires électriques "passera de 5.000 à 9.500 euros", avec l'objectif de compter "50% d'utilitaires électriques vendus en 2030". Et que l'aide à l'acquisition de poids lourds électriques passera "de 60.000 à 100.000 euros". 

L'industrie devra encore patienter

Côté entreprises, c'est la seule annonce concrète pour l'heure, Sébastien Lecornu ayant seulement indiqué par ailleurs avoir "demandé aux ministres compétents de mettre en place des dispositifs dédiés à l'électrification des outils de travail des artisans et des commerçants, comme les fours des boulangers ou des restaurateurs, les rôtisseries des charcutiers" ou encore "les équipements des pêcheurs, des agriculteurs ou de la filière des travaux publics".

Le secteur industriel aura, lui, tout juste été mentionné, au moment où la présidente de la Commission européenne déplore que les États membres "investissent moins de 5% des revenus du [marché carbone] dans la décarbonation industrielle". Sébastien Lecornu a toutefois indiqué que "les annonces de ce soir" ne constituaient "qu'une première étape de cette planification", dont on sait qu'elle vise aussi l'industrie et le numérique. L'AFP indique que le Premier ministre a d'ailleurs demandé à ses ministres de remettre l'ouvrage sur le métier, considérant que la première version de ce plan électrification "ne va pas assez loin". De quoi permettre au ministre de l'Industrie de prendre connaissance du rapport d'étape sur l'électrification des industries que lui a remis le 7 avril le député Raphaël Schellenberger, qui invite en l'espèce à "passer de la gestion administrative à l'audace du développement".

Doublement du soutien, sans moyens nouveaux

"D'ici à 2030, le soutien à l'électrification sera multiplié par deux", passant "de 5,5 à 10 milliards d'euros par an", indique par ailleurs Sébastien Lecornu. Un soutien qui ne se fera pour autant "pas avec de l'argent nouveau", mais avec "différentes aides publiques réorientées". "Notamment au sein des certificats d'économie d'énergie (CEE), obligation qui incombe aux fournisseurs d'énergie" précise Maud Bregeon. Une contribution "répercutée sur les Français, qui payent au bout du bout", rappelle Le Parisien à la ministre.

Les mesures annoncées n'ont guère suscité l'enthousiasme, les réactions restant au-delà peu nombreuses – la présentation un vendredi en fin d'après-midi n'a sans doute pas aidé. Côté transports, on notera la réaction de la Fnaut, qui rappelle que le réseau ferroviaire n'est électrifié qu'à hauteur de 60% environ, et qui appelle l'État et SNCF Réseau à lancer "dès aujourd'hui une étude pour qualifier les lignes à électrifier au plus vite".

EDF dévoile son propre plan d'électrification

EDF a grillé la politesse au Premier ministre en présentant le 8 avril son propre plan d'électrification, promettant 240 millions d'euros d'aides, "en direct et via un fonds auquel d’autres partenaires pourraient s’associer". Via les premières, EDF indique qu'une prime forfaitaire de 1.000 euros, associée aux aides existantes comme MaPrimeRénov’, sera versée à 80.000 ménages aux revenus modestes pour l’installation d’une PAC en remplacement d’une chaudière gaz ou fioul. 

Via le second, 30 millions d'euros d’aides à l’achat seront versées aux transporteurs réalisant la conversion de poids lourds diesel en poids lourds électriques (deux véhicules par TPE/PME maximum). Le montant de l’aide sera de 15.000 euros en moyenne par camion (voir le site jepassealelectrique.fr). En complément, 50 millions d'euros seront consacrés à l’installation de 180 bornes de recharge pour les poids lourds en itinérance répartis sur le territoire métropolitain d’ici 3 ans. 

Enfin, 80 millions d'euros seront consacrés à l’accompagnement des projets d’installation de nouveaux consommateurs d’électricité sur le sol français, en proposant "des terrains clés en main disposant d’une connexion au réseau électrique, permettant ainsi de réduire les délais d’implantation industrielle".

 

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