Ferroviaire : Sébastien Lecornu affirme le caractère "irréversible" de la LGV Bordeaux-Toulouse
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a affirmé ce 7 mai le caractère "désormais irréversible" du projet de ligne à grande vitesse du Sud-Ouest, après avoir signé à Toulouse un protocole d'accord sur le sujet en présence des élus des collectivités concernées. Globalement satisfaits, les élus locaux ont toutefois appelé à la vigilance.
© Capture vidéo @gouvernementFR/ Sébastien Lecornu, Philippe Tabarot, Françoise Gatel et David Amiel à Toulouse
"Ce projet désormais est irréversible et donc son irréversibilité se traduit évidemment par des premières sommes d'argent, pratiquement 500 millions d'euros, qui seront débloquées pour permettre de lancer les procédures d'appels d'offres", a déclaré le Premier ministre Sébastien Lecornu ce 7 mai à propos du projet de ligne nouvelle à grande vitesse du Sud-Ouest (LNSO) qui doit relier Bordeaux à Toulouse, puis à Dax. Signe de l'importance du dossier, il était accompagné à Toulouse de son ministre des Transports, Philippe Tabarot, de la ministre de l'Aménagement du territoire, Françoise Gatel, du ministre des Comptes publics, David Amiel, ainsi que du patron de la SNCF, l'un de ses prédécesseurs à Matignon, Jean Castex.
Fortes attentes des élus
La prise de parole de Sébastien Lecornu était très attendue par les élus locaux, qui répétaient ces derniers mois leur inquiétude que l'Etat ne se désengage de cet important projet d'infrastructure dans lequel sa participation devait initialement s'élever à 40% du budget, à la hauteur de la contribution des collectivités, l'Union européenne fournissant les 20% supplémentaires.
Citant les obstacles rencontrés par le gouvernement, comme l'absence de majorité à l'Assemblée nationale, les difficultés budgétaires et le "peu de temps d'ici à la fin du quinquennat", il a néanmoins jugé "impensable" de "ne pas bouger" sur certains dossiers comme le militaire, l'énergie ou encore "les questions de transports", "tout aussi importantes".
Les partisans de la LGV se mobilisent depuis plusieurs mois contre l'hypothèse, évoquée dans un projet de rapport du Conseil d'orientation des infrastructures (COI), d'un recours à un partenariat public-privé pour financer la LNSO dans un contexte budgétaire compliqué.
Calendrier de mise en service encore flou
Interrogé jeudi à ce sujet, le ministre des Transports Philippe Tabarot a indiqué que "rien n'(avait) été définitivement décidé". "Nous nous sommes donnés encore un mois pour échanger ensemble sur ces différents sujets, pour pouvoir trancher avec les collectivités", a-t-il poursuivi. "Plus qu'un montage aujourd'hui, ce qui était important, c'était l'annonce qui vient d'être faite par le Premier ministre et l'irréversibilité du projet. Pour le reste, sur le calendrier...", a-t-il encore dit.
Dans son rapport, dévoilé par le site d'information Contexte, le COI, organe consultatif composé d'experts et de parlementaires, juge "probable" que le coût de la LGV Sud-Ouest, évalué à 14 milliards d'euros en 2020, soit réévalué à hauteur de "20% environ". Il estime par ailleurs que le calendrier de mise en service des deux lignes, prévues pour 2032 et 2034, doit être revu à 2035 pour la liaison avec Toulouse, 2042 pour Bordeaux-Dax, ce que contestent les collectivités.
La venue de Sébastien Lecornu à Toulouse a aussi été l'occasion de redire l'intention du gouvernement de porter à 4,5 milliards d'euros, contre 3 milliards jusqu'à présent, le montant du contrat de performance avec la SNCF, permettant ainsi de passer, selon Philippe Tabarot, de 750 à 1.000 kilomètres de lignes rénovées chaque année. Le ministre des Transports a voulu y voir "la preuve que la France est encore un pays de grands projets" et "aussi un pays qui prend soin de ses infrastructures".
Des procédures d'appels d'offres à lancer prochainement
En marge de ces annonces, la présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, a indiqué "approuver la démarche" de la signature d'un tel protocole d'accord visant à engager 500.000 euros pour que les appels d'offres concernant quelque 12 milliards d'euros de travaux soient "bien lancés en 2026". "Merci de veiller à ce que ces deux pages soient suivies d'effets", avait-elle plus tôt lancé à Sébastien Lecornu, avant que son homologue au département de Haute-Garonne, Sébastien Vincini, ne redouble de vigilance : "Il faut aller jusqu'au bout."
"Dès 2026, cet engagement politique se traduira concrètement par des engagements financiers solides et coordonnés de l’État et des collectivités territoriales, permettant de poursuivre les acquisitions foncières, les études, les mesures environnementales et le lancement des procédures de contractualisation des marchés, dans un cadre sécurisé et lisible pour l’ensemble des acteurs", ont précisé dans un communiqué commun les régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine. "Au total, 820 millions d'euros seront engagés au cours des années 2026 et 2027, à parité entre l’Etat et les collectivités territoriales, pour aller jusqu’à l’attribution des marchés de construction", indiquent-elles.
Les opposants continuent à défendre l'amélioration du réseau existant
Dans un courrier mercredi, les opposants à la LGV avaient demandé à être reçus par Sébastien Lecornu. Dans un communiqué, ils estiment que ce projet est "en contradiction flagrante avec tous les enjeux, engagements et obligations de la France en matière environnementale" et appellent à y substituer "une régénération et modernisation des lignes existantes".
Selon eux, améliorer le réseau existant permettrait d'obtenir un gain de temps quasi comparable sur la branche vers l'Espagne, cette alternative ayant été négligée, à leurs yeux, par les partisans de la grande vitesse. Le président de la région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, et d'autres, leur répondent que les travaux nécessaires "bloqueraient la seule ligne existante pendant des années", tandis qu'une nouvelle ligne, en dégageant des voies pour le fret entre l'Espagne et Bordeaux, permettra de sortir les "10.000 camions de marchandises" qui font le trajet au quotidien par la route.