Foncier et financement : les deux freins principaux à l'installation agricole, d'après le baromètre de FEVE
D'après le premier baromètre national de l'installation agricole, publié par l'entreprise à mission FEVE, les deux principaux freins à l'installation sont le foncier et le financement. Le document fait aussi apparaître un grand déficit dans l'accompagnement des porteurs de projets. Déficit que le nouveau France Services Agriculture cherche à combler.
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Les deux principaux verrous à l'installation en agriculture sont l'accès au foncier et le financement. Le premier baromètre national de l'installation agricole, publié le 13 mai 2026 par FEVE (Fermes En ViE), entreprise engagée dans le financement de fermes et l'installation de la nouvelle génération d'agriculteurs, et mené auprès de 1.176 personnes en parcours d'installation (de la réflexion à l'installation effective), révèle une génération prête à s'engager majoritairement vers l'agriculture biologique et les pratiques agroécologiques. Mais elle est confrontée à des blocages structurels persistants.
Dans le détail, le baromètre indique que 40% des répondants citent l'accès au foncier comme premier frein à l'installation, devant le financement (30%). Viennent ensuite les compétences/technique/expérience (12%), l'administratif/statut/autorisations (8%), le logement/mobilité/vie personnelle (7%) et les débouchés (3%). "Foncier et financement réunis concentrent 70% des obstacles cités en premier, précise le baromètre, l'administratif et les compétences techniques, souvent présentés comme des enjeux centraux des politiques d'installation, arrivent loin derrière". Pour le foncier, les raisons sont multiples : prix du foncier trop élevé (28%), inadéquation des fermes au projet pour les surfaces ou l'accès à l'eau (27%), manque d'offres disponibles (27%), état des bâtiments avec des investissements lourds (20%).
19% des porteurs de projets n'ont pas de plan de financement défini
Côté financement, le baromètre indique que les agriculteurs optent davantage pour le crédit bancaire classique (42%), l'épargne personnelle (30%), les aides publiques ou subventions, ou encore les dispositifs alternatifs, comme le portage foncier ou les foncières agricoles qui restent toutefois sous-utilisés (15%). A noter : 19% des porteurs de projets n'ont pas de plan de financement défini.
"Le foncier est un des principaux sujets, explique à Localtis Vincent Kraus, cofondateur et directeur général de FEVE, il y a plusieurs moyens d'y avoir accès, soit acheter et donc avec un besoin de financement important, soit louer avec un moindre besoin financier". L'entreprise à mission intervient dans ce deuxième axe. Elle dispose d'une foncière collectant de l'argent auprès des citoyens pour acheter du foncier en vue d'installer de jeunes agriculteurs. "Nous louons avec option d'achat, détaille Vincent Kraus, pour les citoyens, c'est une façon de placer leur argent, en ayant un impact environnemental et social fort et sans prendre un risque important, car ils investissent dans le foncier agricole et pas dans les exploitations, donc c'est peu volatile. De plus, la foncière est une entreprise de l'économie sociale et solidaire et les citoyens bénéficient donc d'une réduction d'impôts". Un dispositif qui fonctionne bien : depuis sa création il y a cinq ans, 4.000 particuliers ont investi 60 millions d'euros qui ont permis d'installer soixante fermiers et trente autres devraient l'être dans l'année. "On n'achète pas du foncier au hasard en cherchant ensuite l'agriculteur, souligne Vincent Kraus, c'est même plutôt l'inverse : on a le projet identifié par l'agriculteur, et on cherche du foncier, on sait à qui on va louer."
Le déficit de l'accompagnement
Autre enseignement du baromètre : le déficit préoccupant de l'accompagnement, 41% des répondants n'en ont aucun, 18% ont eu un ou deux échanges sans suite et 11% ne savent pas vers qui se tourner. "Seuls 23% des répondants déclarent être suivis activement par une structure, détaille le baromètre, près de 70% sont donc soit sans accompagnement, soit dans une situation de suivi insuffisant ou d'errance institutionnelle". Les structures qui accompagnent sont le plus souvent des chambres d'agriculture (43%), les associations ou réseaux d'installation (32%), les Safer (28%), le réseau bio, ou encore le "pair à pair", c'est-à-dire d'autres agriculteurs ou des groupes locaux (20%). "Deux enseignements ressortent : la forte place des réseaux associatifs spécialisés (Civam, Adear) et du réseau bio, qui accompagnent un tiers des répondants, souligne le baromètre, et la montée du pair-à-pair comme mode d'information et de soutien (20%), qui pallie en partie les manques du système institutionnel". Un manque flagrant d'accompagnement est donc constaté, ce que cherche à combler le nouveau France Services Agriculture (FSA), institué par la loi d'orientation agricole de 2025 (voir notre article du 7 mai 2026) selon laquelle un tiers des agriculteurs seront en âge de partir à la retraite dans les dix ans. "L'idée est intéressante au départ, cela peut permettre d'avoir toutes les informations au même endroit et au même moment et donc de faciliter les choses pour la personne qui cherche à s'installer, car c'est aujourd'hui compliqué, souligne Vincent Kraus, après il faut voir comment se fera la mise en œuvre, il ne faudrait pas que ce nouveau dispositif empêche la pluralité des structures qui deviendraient caduques. Il y a pas mal de discussions sur le sujet en ce moment".
Une fonction publique des agriculteurs ?
Côté accompagnement, et même si ce n'est pas sa mission première, FEVE suit les agriculteurs qu'elle installe, pour vérifier qu'ils se conforment bien à la charte agroécologique qui leur est imposée. "On les aide aussi pour qu'ils s'en sortent mieux financièrement, on les aide à valoriser leur production, à trouver des débouchés valorisants, ou des rémunérations sur le marché du crédit carbone par exemple", insiste Vincent Kraus. Plus globalement, selon le directeur général de FEVE, il faut une véritable réponse à la problématique de l'installation. "Ceux qui s'installent sont convaincus et passionnés, mais c'est tellement difficile physiquement et économiquement que le métier n'attire pas assez." Pour Vincent Kraus, l'enjeu numéro un est de rendre le métier attractif et de faire en sorte que les agriculteurs soient mieux payés. "Est-ce qu'il ne faudrait pas considérer l'agriculture comme un sujet pris en charge par l'Etat, car c'est important de produire sur notre territoire, comme une espèce de fonction publique ? Cela fait partie des questions qu'il faut se poser."
Baromètre de l'installation agricole : quelles productions dans quels départements ?D'après le premier baromètre national de l'installation agricole publié le 13 mai 2026 par FEVE, les projets d'installation agricole sont majoritairement orientés vers l'élevage (38%) et la polyculture-élevage (36%), avec une place significative pour le maraîchage (27%). Viennent ensuite les plantes à parfum, médicinales, semences (17%), l'arboriculture et la viticulture (16%), les grandes cultures (15%) et l'apiculture (9%). "La forte représentation de l'élevage et de la polyculture-élevage (74% cumulés, réponses multiples) illustre une appétence pour les systèmes diversifiés et résilients, souvent associés à des pratiques agroécologiques", indique le baromètre. Les départements les plus représentés sont la Dordogne (5%), le Calvados (4,3%), l'Ardèche (4,2%), la Drôme (4,1%), le Gers (4,0%), l'Ille-et-Vilaine (3,9%), la Manche (3,9%), l'Isère (3,9%), les Pyrénées-Atlantiques (3,6%) et l'Ariège (3,5%). |