Fonds vert : "L’urgence climatique appelle une logique d’impact et d’efficacité", selon France urbaine

France urbaine a vivement réagi ce 26 juin aux propos tenus l'avant-veille au Sénat par Monique Barbut. La ministre de la Transition écologique a annoncé vouloir réserver 50% du fonds vert aux collectivités de petite taille. Les élus des grandes villes, agglomérations et métropoles s'interrogent "sur la cohérence de la stratégie collective d’adaptation au changement climatique" alors que les territoires urbains figurent parmi les plus fortement exposés aux effets des vagues de chaleur.

En plein épisode caniculaire, les propos tenus par Monique Barbut lors des questions d'actualité au Sénat ce 24 juin sont restés en travers de la gorge des élus de France urbaine. Interrogée sur les financements nécessaires à l'adaptation au changement climatique, la ministre de la Transition écologique a affirmé que 50% du fonds vert serait attribué "en priorité" aux collectivités "les plus petites". "Cette déclaration interpelle les élus des grandes villes, agglomérations et métropoles sur la cohérence de la stratégie collective d’adaptation au changement climatique", a réagi France urbaine ce 26 juin dans un communiqué qui rappelle que ses élus avaient déjà exprimé leur inquiétude face à la diminution des crédits du fonds vert ces dernières années.

"Si l’ensemble des territoires est confronté à des défis croissants liés au dérèglement climatique et ont besoin d’un renforcement de leurs capacités d’actions pour y faire face, les territoires urbains figurent parmi les plus fortement exposés aux effets des vagues de chaleur, estiment les élus de France urbaine. Les travaux de Météo-France, du Cerema et de nombreux acteurs publics montrent que les phénomènes d’îlots de chaleur urbains exposent les espaces densément peuplés à des températures significativement plus élevées."

Des investissements d'adaptation à poursuivre et amplifier

"C’est dans ces territoires que vivent, travaillent et étudient plusieurs dizaines de millions de Français, que se concentrent les publics les plus vulnérables et que les besoins d’investissement pour l’adaptation sont donc les plus massifs : végétalisation des espaces publics, désimperméabilisation des sols, rénovation des équipements publics, adaptation des écoles, développement des réseaux de froid urbain ou sécurisation de la ressource en eau", poursuit le communiqué de France urbaine. 

"La combinaison des îlots de chaleur urbains, d’un parc bâti encore largement à rénover, de fortes vulnérabilités sociales et de réseaux d’infrastructures soumis à de fortes contraintes rend indispensable la poursuite et l’amplification des investissements d’adaptation", jugent les élus. "L’atteinte des objectifs nationaux de transition écologique ne pourra se faire sans une mobilisation forte de ces territoires qui concentrent deux tiers des émissions de gaz à effet de serre mais disposent également de leviers majeurs pour les réduire : mobilités, habitat, rénovation énergétique, aménagements fonciers, économie circulaire, réseaux de chaleur et décarbonation des activités économiques", rappellent-ils. 

Pas de "hiérarchie entre les territoires"

Selon eux, "l’allocation des financements de l’État aux actions de transition écologique doit répondre à une logique d’efficacité et d’impact au bénéfice des populations" et "instaurer une forme de hiérarchie entre les territoires n’est pas cohérent avec les enjeux propres au changement climatique". "Face à l'urgence climatique", ils appellent donc le gouvernement à "préserver une approche équilibrée de la répartition du fonds vert, permettant d’accompagner l’ensemble des collectivités tout en tenant compte des enjeux spécifiques auxquels sont confrontés les territoires les plus exposés".

› Fonds vert : un instrument utile mais "pas vraiment le thermomètre de l'action climatique locale", selon I4CE

"Qu’attendre (vraiment) du fonds vert ?" C'est la question que pose le think tank I4CE dans un billet d'analyse paru ce 26 juin qui passe en revue les vertus de cet instrument financier créé en 2022, mais aussi ses limites. Pour les économistes d'I4CE, le fonds vert "soutient globalement de bons projets, alignés avec la planification écologique, et participe à un relèvement général de l’ambition climatique nationale et locale". 

En 2025 près d’1 milliard d'euros de crédits ont ainsi été engagés par l’État pour soutenir les collectivités dans le financement de centaines de projets, soit "une impulsion réelle, aux côtés des autres leviers de financement plus traditionnels". Mais les baisses qu'il a subies au gré des contraintes budgétaires – ses crédits ont été divisés par trois en deux ans - "apparaissent incohérentes avec l’objectif de planification écologique" et sont un "mauvais signal" envoyé aux collectivités, soulignent les experts d'I4CE. 

"Le caractère imprévisible de ce fonds pour les collectivités heurte la logique de la planification, relèvent-ils. Il est impossible pour les dirigeants territoriaux de bâtir leur programmation pluriannuelle d’investissement sur une ressource incertaine, dépendante des arbitrages budgétaires annuels et des priorités préfectorales". Le fonds vert peut ainsi "aider à boucler un plan de financement mais ne permet pas de programmer à moyen terme". 

Selon I4CE, "il serait extrêmement réducteur de faire du fonds vert le thermomètre principal de l’action de l’État en matière d’adaptation aux impacts du changement climatique, à la fois car le Fonds vert ne finance pas principalement l’adaptation, mais également car l’adaptation passe par de nombreux autres canaux de financement que le Fonds vert". "Plutôt que de se renvoyer la balle l’État et les collectivités pourraient créer un contrat de confiance sur l’adaptation", estime le think tank. "Tout l’enjeu est alors de ramener le fonds vert à sa juste proportion dans l’analyse du financement des politiques d’adaptation en France, conclut-il. Il est un instrument de complément, utile par les signaux qu’il envoie et l’exigence de ses cahiers des charges, insuffisant dans sa mouture actuelle pour changer la donne en matière de financement de l’adaptation par les collectivités, mais dont l’attrition progressive envoie un très mauvais signal en matière de priorité de l’État pour la planification écologique."

 

 

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