Transition écologique : pour I4CE, le prochain mandat municipal sera celui de la "maturité"
Pour l'institut I4CE, les prochaines élections municipales sont source d'optimisme sur le front de la transition écologique : les attentes des électeurs sont grandes et les élus locaux désormais globalement convertis. Le mandat qui s'annonce devrait donc être celui de la "maturité" en la matière, même si le goulet d'étranglement budgétaire, l'instabilité réglementaire ou plus largement un climat d'incertitude générale n'est pas sans préoccuper.
© @JClaudeRenaux
Alors que la notion de "backlash écologique" (retour de balancier) fait florès, l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) se montre plutôt optimiste, ce 4 mars, lors d'un point presse sur les enjeux climat à l'approche des élections municipales. "Tout démontre que ces dernières pourraient marquer la fin – à tout le moins, une mise en pause – de cette tendance", observe François Thomazeau, directeur du programme Collectivités et adaptation de l'institut. Côté électeurs, il en veut pour preuve les récentes enquêtes d'opinion, qui montrent que "les questions écologiques constituent le deuxième sujet de préoccupations" des sondés pour les municipales, après la sécurité (lire notre article du 3 février), observe-t-il.
Plus de monopole de l'écologie
Ce qui explique peut-être que, côté élus cette fois, il en aille peu ou prou de même et ce, quelle que soit la couleur politique des candidats. Benoît Leguet, directeur général d'I4CE, constate ainsi que, loin des "postures nationales", le sujet se fait plutôt consensuel sur le terrain. "Les enjeux locaux font que l'on arrive souvent à trouver des compromis", explique-t-il. Et de souligner que le contempteur de "l'écologie punitive" au plan national, une fois "aux manettes", ne se fixe jamais pour objectif de construire "une école complètement inadaptée au climat de demain". Plus encore, "certains vont porter des mesures qui peuvent être en fait des mesures assez ambitieuses […] que l'on n'attend pas au regard de leur prise de position nationale", ajoute François Thomazeau, qui met en avant des différences "d'intensité" entre les candidats, mais plus de réel "clivage" : "Moins du on/off qu'un niveau de curseur de priorisation". Ce qui le conduit d'ailleurs à inviter "à ne pas avoir une lecture trop alarmiste" à l'égard de la transition écologique "si jamais quelques mairies sont perdues par les écologistes" en mars prochain.
Après le mandat de l'appropriation…
Pour l'expert, le mandat qui s'achève aura d'ailleurs été plus que positif en matière de transition écologique, que le ralentissement constaté des efforts conduits en fin de période ne doit pas occulter (lire notre article du 14 novembre). "On assiste à une forme de banalisation, de normalisation de la question du climat dans les politiques territoriales", avec une "montée en compétences" tant chez les élus que dans l'administration, pointe-t-il. Un phénomène sans doute favorisé par le fait que "ce mandat a été celui de l'accélération des manifestations du réchauffement climatique. Beaucoup d'élus sont marqués par des épisodes climatiques extrêmes qui se sont déroulés sur leur territoire", observe-t-il en évoquant les témoignages du dernier congrès des maires (lire notre article du 21 novembre). D'autres, comme M. Jourdain, font en outre "de l'écologie sans le savoir", par exemple en conduisant des actions de sobriété et d'efficacité énergétiques pour des raisons budgétaires. In fine, "les maires, loin d'être des freins, sont les moteurs de la transition", se félicite Benoît Leguet, ce qui est d'autant plus important à ses yeux que "les investissements publics, c'est à 70% les collectivités qui les font. L'échelle locale est déterminante pour l'action climatique en France".
… le mandat de la maturité
Reste que si I4CE juge les élus locaux sur la bonne voie, il les exhorte une fois de plus à mettre le pied au plancher. "On estime qu'il va falloir doubler l'effort actuel des collectivités", rappelle Marion Fetet, chercheuse au sein de l'Institut, pour qui le mandat qui s'ouvre doit être "celui de la maturité, pour passer des actions symboliques à une dimension stratégique". Une mue qui devra être brève, l'experte demandant aux élus de monter le volume sans tarder, en leur donnant "rendez-vous au premier budget". Pour les aider à bâtir leur "programmation d'investissement", l'institut va mettre à leur disposition, le 13 mars prochain, une méthode "alignée climat", avec "un cahier adaptation" et "un cahier atténuation".
"Les 100 premiers jours vont également permettre de réviser les projets déjà lancés afin de s'assurer de ne pas mal investir", ajoute Marion Fetet. Les élus sont plus largement conviés à "réduire fortement les dépenses brunes sur le prochain mandat" (lire notre article du 26 février) – "une dynamique déjà lancée" lors du précédent, souligne Aurore Colin, également chercheuse au sein de l'institut. "Renoncer pour rediriger", appuie-t-elle, en renvoyant aux travaux d'Alexandre Monnin. Un processus "bon pour le climat" mais aussi "bon pour le budget", souligne-t-elle. Un impératif en ces temps de disette. D'autant plus si le spectre d'une nouvelle crise énergétique devait prendre corps.
Goulet d'étranglement budgétaire…
Pour François Thomazeau, le défi est bien de "réussir à articuler l'ambition de l'investissement local avec le redressement des comptes publics", loin du "contexte [budgétaire] favorable pour les collectivités" du début du précédent mandat. Il s'inquiète en particulier de la situation des intercommunalités : "Quelques remontées que l'on commence à avoir montrent que, pour elles, l'équation va être très difficile. Ce qui n'est pas du tout anodin pour nos affaires, parce qu'un grand nombre des politiques de transition – aménagement du territoire, politiques de prévention des risques, politiques de l'eau et de l'assainissement, politiques de mobilité – sont aujourd'hui gérées à l'échelle intercommunale."
… et instabilité
Autres sources d'inquiétudes, "une planification territoriale qui cherche actuellement un second souffle à l'avant-veille de l'élection présidentielle" et une certaine "tension sur l'environnement normatif des collectivités, notamment au nom de la simplification". Et ce, estime Marion Fetet, alors qu'il n'existe "pas forcément de rejet de la norme" côté collectivités. "Ce qui est rejeté, de manière quasiment unanime, c'est l'instabilité réglementaire", précise-t-elle. Sans compter une instabilité plus générale : "Ce n'est pas le fonds vert – qui reste une 'petite enveloppe' dans l'équation générale –, c'est plutôt une incertitude sur le contexte d'investissements et une appréhension par rapport à ce qui va se passer en 2027 sur le plan budgétaire qui amène les collectivités à être prudentes. Elles agissent comme les autres investisseurs. En ce moment, le climat d'incertitude générale pèse sur leurs choix d'investissements. Elles sont moins enclines à prendre des risques", décrypte François Thomazeau.