Fragilisation de l'économie sociale et solidaire : l'Udes pointe le risque d'une "France à deux vitesses" dans l'accès aux services essentiels

Perte d'emplois, moindre accès aux services et donc diminution de la "capacité de travailler" d'une partie des Français, impact sur la cohésion sociale… Le président de l'Union des employeurs de l'économie sociale et solidaire (Udes) a insisté, ce 22 septembre 2026, sur "les conséquences économiques, sociales et territoriales" de l'affaiblissement des acteurs de l'ESS et a appelé le gouvernement à prendre en compte cet impact global dans le cadre des arbitrages budgétaires. 

"Il y a encore des emplois qui ont disparu et qui vont disparaître en 2026 dans l'économie sociale et solidaire." Ce 22 septembre 2026 devant la presse, David Cluzeau, président de l'Union des employeurs de l'économie sociale et solidaire (Udes), a fait part de son inquiétude sur la situation des entreprises de l'ESS. Selon une enquête de l'institut Verian menée au printemps dernier au sein du réseau de l'Udes, l'accès aux financements et aux subventions est bien la première source de préoccupation des dirigeants de ESS (pour 74% des 767 répondants), les deux suivantes étant "la situation économique générale" et "l'inflation et l'augmentation des coûts". 

David Cluzeau a rappelé que le modèle économique de ces entreprises reposait sur "trois piliers" : les "fonds de redistribution" liés à la mise en œuvre de politiques publiques, les recettes d'activité et la philanthropie. Si cette dernière représente une contribution "stable" mais "limitée" et circonscrite à des sujets particuliers, "les deux autres sont des points de difficulté", a résumé le président de l'Udes. La situation économique "extrêmement contrainte" se traduit dans le budget de l'État, et par répercussion dans celui des collectivités territoriales, mais également dans une moindre consommation des Français dans certains secteurs portés par l'ESS tels que la culture, le sport et les loisirs, ajoute-t-il. 

Ainsi, alors que le gouvernement finalise ses arbitrages budgétaires, le président de l'Udes appelle à ne pas oublier la contribution de l'ESS à l'économie française, à l'emploi et à la cohésion sociale. Il pointe un "triple risque" à réduire encore les moyens d'action des acteurs de l'ESS : un risque de perte de "capacité de travailler", un risque d'appauvrissement (du fait des pertes d'emploi, mais également des accompagnements qui ne pourront pas être mis en œuvre) et le risque d'une "France à deux vitesses" puisque certains services, insuffisamment soutenus par les pouvoirs publics, ne seront plus accessibles à une partie de la population. 

Une "règle d'or sociale" : mesurer l'impact global de chaque décision budgétaire 

David Cluzeau invite donc le gouvernement à passer chaque décision budgétaire au tamis d'une "règle d'or sociale" : "toute mesure d'économie susceptible d'avoir un impact significatif sur les financements, les emplois, les capacités d'intervention ou l'accès aux services essentiels devrait faire l'objet d'une évaluation préalable de ses conséquences économiques, sociales et territoriales". Le président de l'Udes cite l'exemple de l'insertion par l'activité économique (IAE) : la diminution du soutien de l'État à l'IAE se traduit "facialement" par des économies mais implique également des pertes de chance pour les personnes éloignées de l'emploi qui ne seront pas embauchées et suscite d'autres dépenses sociales telles que le versement du revenu de solidarité active (RSA). 

L'Udes formule sept propositions plus ciblées, en insistant particulièrement sur la réforme de la taxe sur les salaires (qu'elle appelle de ses vœux depuis longtemps, cette taxe étant perçue comme un frein important pour le développement de l'emploi dans l'ESS) et le rétablissement de l'exonération de la taxe apprentissage "dans les secteurs essentiels de l'ESS" (11.600 postes d'apprentis seraient menacés "sur les quelques 60 000 apprentis par la charge nouvelle de 379 millions d’euros"). 

Quant à la stratégie nationale de l'ESS (voir notre article), David Cluzeau estime que la trajectoire "extrêmement intéressante" qui y figure "aura assez peu d'impact dans le budget 2027". Ce qui ne l'empêche pas de souligner quelques progrès, comme le "pacte Papin" visant à faciliter la reprise d'une entreprise par ses salariés (voir notre article) – une proposition inspirée selon lui par l'ESS bien que portant sur un champ plus large.

 

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