Hausse continue des saisines des services de la médiatrice de l'Éducation nationale
Le rapport annuel de la médiatrice de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur, présenté le 8 juillet 2026, consacre pour la première fois son bilan à la santé mentale des élèves, des étudiants et des personnels. Les services ont traité en 2025 plus de 28.5000 saisines, soit 22% de plus qu'en 2024 et +57% depuis 2020. La médiatrice met en garde contre le fonctionnement du système éducatif, qui, dans de nombreux cas, peut "provoquer ou aggraver le mal-être des usagers ou des agents". Cela concerne les collectivités, coemployeurs des AESH et partenaires des dispositifs locaux d'accompagnement psychologique des jeunes.
© Rapport 2025 de la médiatrice de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur
Le nombre de saisines évoquant un mal-être psychique chez un élève a progressé de façon continue depuis quatre ans, pour atteindre près de 450 en 2025 – un chiffre que la médiatrice juge "sous-évalué". Le rapport de la médiatrice de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur, Catherine Becchetti-Bizot, présenté ce mercredi 8 juillet 2026, documente des situations où l'institution, faute de formation de ses personnels au repérage des signaux faibles, peine à dialoguer avec des familles confrontées à des troubles psychiques ou à un trouble du spectre de l'autisme, jusqu'à des procédures d'information préoccupante mal comprises.
Autre point de tension : l'évaluation. Le contrôle continu du baccalauréat, où chaque note compte pour Parcoursup, alimente une "anxiété scolaire" dont le rapport cite plusieurs cas extrêmes, telles que des tentatives de mise en danger liées à l'incompréhension de procédures d'examen.
La médiatrice recommande la création de "cellules d'accueil" composées de personnels volontaires formés, sur le modèle des "cellules de rentrée" ainsi qu'un volet santé mentale dans une nouvelle "mallette des parents" en ligne. Ces dispositifs recoupent les compétences déjà exercées par nombre de collectivités en matière de soutien à la parentalité et de prévention.
La médiatrice plaide aussi pour généraliser une consultation gratuite en santé mentale à une classe d'âge entière, ou à défaut créer un "tiers lieu" associant des psychologues dans chaque établissement. Cette piste suppose des partenariats territoriaux, sur le modèle de ceux déjà noués avec les maisons des adolescents.
Bourses, mobilité, aidants familiaux... facteurs de fragilisation
Un tiers des étudiants présente des signes de détresse psychologique, selon l'enquête 2024 de l'Observatoire de la vie étudiante citée dans le rapport.
Les saisines reçues par la médiation ne portent pas directement sur la santé mentale, mais des difficultés administratives. Concrètement, il s'agit de rejet de bourse, de logement Crous, de mobilité internationale mal préparée par un établissement, etc. Ces difficultés viennent souvent aggraver des situations déjà fragiles, en particulier chez les étudiants aidants familiaux ou en situation de handicap, note le rapport.
La médiatrice recommande donc de simplifier le calcul des bourses, d'accorder plus facilement les points de charge aux étudiants aidants et d'assurer un accompagnement humain continu pour les mobilités Erasmus. Des sujets qui touchent à la vie étudiante dans les territoires, notamment via les Crous et les résidences universitaires.
AESH et non-titulaires en première ligne
Les saisines des personnels (24% du total, 6.230 dossiers) progressent plus vite encore que celles des usagers :
- +42% en un an pour les agents non titulaires ;
- +335% en cinq ans pour les seuls contractuels non enseignants – une catégorie qui inclut les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH).
Ce n'est pas une surprise : le statut et la gestion administrative des AESH est une source récurrente de litiges (voir notre article du 8 janvier 2026). La médiatrice relève pêle-mêle des retards d'attestations France Travail, trop-perçus sur arrêts maladie mal expliqués, l'absence d'interlocuteur identifié etc.
Le rapport pointe également des défaillances dans le traitement des situations de harcèlement au travail et des accidents de service liés à des violences subies par des personnels, notamment en unité localisée pour l'inclusion scolaire (Ulis), ce dispositif qui permet la scolarisation d'élèves en situation de handicap au sein d'un établissement scolaire.
La médiatrice appelle enfin à "humaniser" la gestion RH d'un ministère qui compte 1,3 million d'agents : désignation d'un référent unique pour les agents en souffrance, généralisation des enquêtes en cas de suspicion de harcèlement, meilleure explication des décisions défavorables. Pour les collectivités employeurs ou cofinanceurs d'AESH, ces recommandations éclairent des dysfonctionnements qu'elles observent elles aussi sur le terrain, notamment lors des ruptures de contrat en fin d'année scolaire.