Hauts-de-France : l’ONG Générations futures alerte sur une pollution de l'eau au fongicide fluopyram
Selon l’ONG Générations futures, des cas de non-conformité de l’eau potable liés à la présence du fluopyram, un fongicide utilisé dans l’agriculture, ont été détectés dans 17 unités de distribution d'eau potable alimentant 83.000 personnes dans les Hauts-de-France.
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L'ONG Générations Futures a alerté ce 28 janvier sur plusieurs cas de non-conformité de l’eau potable dans les Hauts-de-France, liés à la présence d’un fongicide utilisé dans l’agriculture, le fluopyram, à des concentrations dépassant la limite de qualité réglementaire de 0.1 µg/L. Cela "concerne 17 unités de distribution de l'eau potable (UDI) alimentant un total de 46 communes (24 dans le département du Pas-de-Calais, 19 dans la Somme et 3 dans le Nord)", indique l'ONG dans un communiqué. "Au total, ce sont plus de 83.000 personnes qui sont alimentées par une eau non-conforme au fluopyram depuis plusieurs mois, voire depuis une année pour certaines communes", estime-t-elle.
Ces cas de non-conformité ont été détectés grâce à l’outil “dans mon eau”, qu’elle a développé avec l’association Data for good (lire notre article). En libre accès, ce site reprend des mesures officielles et vise à en faciliter l'analyse.
Cependant d'après l'Agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France, sollicitée par l'AFP, l'une des UDI n'alimente pas de l'eau du robinet, aussi ce serait plutôt "30 communes" du Nord et du Pas-de-Calais qui seraient concernées.
Impact sur la santé "pas établi" selon l'ARS
"Les dépassements de la limite de qualité sont parfois conséquents, les concentrations étant en moyenne 4 à 5 fois plus élevée que la limite de qualité et atteignant dans deux communes plus de 10 fois la limite de qualité réglementaire", indique l’ONG. Cela ne signifie pas forcément que cette contamination présente un risque sanitaire, rappelle l'ARS, car l'impact sur la santé du fluopyram, "polluant émergent", "n'est pas établi".
"Selon l'évaluation faite par l'EFSA (l'agence européenne de sécurité des aliments, NDLR) en 2013, le fluopyram n'a pas montré de potentiel génotoxique, ni d'effet sur la fertilité, ni d'effet tératogène (susceptible de causer des anomalies à la naissance NDLR) ou neurotoxique", note encore l'ARS. Il n'est à ce stade pas non plus considéré comme une substance cancérogène avérée. Aucun taux maximal dans l'eau (Vmax) de ce fongicide n'a ainsi pour l'instant été fixé, souligne l'ARS, qui a saisi l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) afin d'en établir un.
Néanmoins, Générations Futures rappelle qu'en cas d'absence de Vmax, la Direction générale de la Santé (DGS) préconise de restreindre la consommation d'eau dès le dépassement de 0,1 µg/L. Début 2025, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a élevé cette limite à 0,142 µg/L. Or, selon l'ONG, cette limite est dépassée "dans 10 unités de distribution alimentant 30 communes et 10.438 personnes". L'ARS dit avoir communiqué ces mesures aux communes et échangé avec les responsables de leurs réseaux d'eau, afin de "trouver et mettre en oeuvre des solutions rapides", sinon des "restrictions nécessaires" seront prises.
Substance présente dans 37 produits commercialisés en France
Destiné à détruire des champignons parasites, le fluopyram est contenu dans 37 produits actuellement commercialisés en France pour la culture de fruits, légumes, céréales ou pommes de terre. L'ONG souligne aussi que ce fongicide "fait partie de la famille chimique des PFAS" et "se dégrade lentement en TFA", un "polluant éternel" omniprésent dans l'environnement. Générations Futures appelle ainsi les autorités à "réévaluer les autorisations des produits à base de fluopyram".
Pour Pauline Cervan, toxicologue de l'ONG, ces mesures constituent "une énième illustration des conséquences de l'usage intensif de pesticides et de l'inaction des pouvoirs publics" pour protéger l'eau. "Cette inaction conduit une nouvelle fois à exposer les populations à des substances dangereuses et à mettre les collectivités et producteurs d’eau potable dans des situations très difficiles", déplore-t-elle.
Examen prochain d'une proposition de loi visant à protéger les captages
"Les techniques en place étant "le plus souvent insuffisantes pour traiter les pesticides", elle juge "urgent de prendre des décisions fortes visant à protéger enfin la ressource en eau". "Alors que les discussions au sein du Groupe national captage (GNC) sont au point mort et que le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un moratoire sur toutes les questions relatives à l’eau, les parlementaires auront la possibilité, le 12 février prochain, de voter pour une proposition de loi visant à protéger les captages", poursuit-elle. "Nous appelons tous les députés à prendre leur responsabilité et voter en faveur d’une loi qui permettra de prévenir toute nouvelle pollution et ainsi de limiter les coûts, qu’ils soient sanitaires ou économiques, liés à la pollution de l’eau", conclut-elle.