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Logement social - HLM, la mauvaise réputation ?

L'image des HLM s'est légèrement dégradée depuis un an, surtout parce que le logement social serait le miroir des craintes et fragilités d'une société marquée par la crise. Et bien des clichés liés aux HLM ont la vie dure. Pour huit Français sur dix toutefois, il faut en construire davantage. Ce serait même la première des priorités. Car tout le monde ou presque peut en avoir besoin un jour ou l'autre.

"Les Français aiment les HLM", titrait Localtis il y a un an en faisant état de la première édition du baromètre d'image du logement social en France réalisée par TNS Sofres pour l'Union sociale pour l'habitat (USH). Un an plus tard… c'est un tout petit peu moins vrai. L'image des HLM s'est légèrement dégradée. A peine plus de la moitié des Français interrogés affirment en avoir une "bonne image", soit 7% de moins que l'année dernière. Cette altération ne serait pas liée à un facteur précis mais plutôt à une forme de "fragilité sociale", de "pessimisme" et de craintes diffuses liées à la crise du logement et à la crise économique en général. C'est en tout cas ainsi que l'institut de sondage et l'USH, qui présentaient ce 12 avril la deuxième édition du baromètre, analysent les choses. "Le logement social, c'est aussi un miroir de la société française", résume ainsi Emmanuel Rivière, de TNS Sofres. L'USH évoquant pour sa part "la peur du déclassement social dont les HLM deviennent le marqueur".
Cette enquête, réalisée auprès d'un échantillon de mille personnes et d'un suréchantillon de deux cents locataires du parc social, montre dans un premier temps que le logement, c'est à la fois un sujet dont les gens parlent beaucoup entre eux, un sujet dont les médias ne parlent pas assez… et un sujet jugé trop peu présent dans la campagne électorale. C'est, aussi, un sujet sur lequel les sondés estiment très majoritairement que les politiques "ont les moyens d'améliorer les choses"… tout en craignant, pour un gros tiers d'entre eux, qu'en réalité, la situation se dégrade dans les années à venir. Et "améliorer les choses" passe en priorité par le fait de "proposer davantage de logements sociaux", avant même le fait de "faciliter l'accès à la propriété". Les premières mesures qui devraient être prises par le prochain exécutif ? La toute première réponse (47%) est claire : "limiter les niveaux des loyers". Suivie par : "proposer des logements d'urgence pour les plus démunis" (43%).
Le logement, c'est enfin un domaine synonyme, pour beaucoup, de difficultés. Des difficultés, dans la mesure où le logement fait partie, avec la santé, des dépenses contraintes jugées incompressibles. Et surtout, 27% des personnes interrogées font état de difficultés financières pour payer leur loyer ou rembourser leur crédit immobilier. Un chiffre en hausse de 10% par rapport à l'an dernier. Et qui atteint 40% parmi les locataires de HLM. Or, a relevé le président de l'USH, les loyers dans le parc social n'ont augmenté que de 1,9%. Cette notion de difficulté à payer son loyer serait donc davantage, assure Thierry Repentin, "un ressenti" lié à la précarisation des locataires : de nouveaux entrants en moyenne plus pauvres que les locataires en place, des locataires perdant leur emploi…

Beaucoup de défauts... mais "indispensables"

S'agissant du coeur du sujet, l'image du logement social, il faut visiblement distinguer deux choses : la perception que chaque sondé a lui-même des HLM et ce qu'il pense être la perception des Français en général… Car si 51% en ont personnellement une bonne image, 81% pensent que les autres en ont une mauvaise image. Cette "mauvaise réputation" se décline en plusieurs points noirs : insonorisation (69% d'opinions négatives), conditions d'attribution (59%), sécurité (61%), propreté (54%), qualité architecturale (53%), consommation d'énergie (48%). Avec, pour une partie de ces items, des jugements plus négatifs que l'an dernier.
De quoi inciter Thierry Repentin à évoquer des "clichés persistants", tout en reconnaissant que cette image de logements de moins bonne qualité est une "déception". Un cliché tout relatif, néanmoins, puisque les mêmes sondés sont 71% à convenir que "les HLM ont beaucoup évolué sur le plan architectural".
Même chose s'agissant de "l'éternel faux procès" sur l'énergie : "Les passoires thermiques, ce ne sont pas les HLM", tranche le président de l'USH, rappelant que seulement 3% des 4,3 millions de logements gérés par les organismes HLM sont en catégorie F, que le parc social consomme 30% d'énergie de moins que le parc privé et que ce même parc HLM représente 17% des logements français mais seulement 11% des émissions de CO2. Quant aux opinions négatives sur les conditions d'attribution, là encore, Thierry Repentin parle de clichés basés sur "quelques cas hélas réels qui jettent l'opprobe sur tous les autres dossiers". D'où la nécessité pour le monde HLM de mieux éclairer "l'angle mort" : "C'est notamment parce que les gens ne peuvent pas suivre l'avancée de leur dossier qu'ils ont cette impression d'opacité voire d'injustice." Les récents dispositifs tels que le dossier unique devraient améliorer les choses, estime-t-il.
Des points noirs, des angles morts… mais aussi, évidemment, des atouts. A commencer par la taille des logements (67% de perceptions positives), le niveau du loyer (63%) et le confort (61%). Et une certitude toute simple, pour neuf répondants sur dix, "les HLM sont indispensables". Indispensables, y compris pour eux-mêmes ou leurs proches. 40% des Français (et 51% des 25-34 ans) pensent en effet pouvoir avoir un jour besoin d'un logement social. 17% de ceux qui ne sont pas déjà locataires d'un HLM aimeraient d'ailleurs pouvoir y accéder dès aujourd'hui (38% chez les 18-24 ans). Et 51% envisagent le logement social comme faisant partie de l'avenir de leurs enfants.

Quasi-unanimité sur la vente de logements HLM

Assez logique, dans ce contexte, que huit personnes sur dix considèrent qu'il n'y a pas assez de logements sociaux. Et que cinq personnes sur dix estiment même qu'il n'y en a pas assez dans leur propre commune. Etant donné qu'un bon tiers des sondés voient encore les HLM comme étant "uniquement des barres et des tours" et qu'ils sont 43% à parler encore de "ghettos", ce taux de 50% peut apparaître comme un bon score. Le verre à moitié plein… ou, au contraire, une marque d'"égoïsme territorial". Le syndrome Nimby ("not in my backyard") en somme.
Alors, visiblement, mieux vaut diluer les choses : 86% des personnes interrogées préfèrent que les logements sociaux soient répartis sur l'ensemble du territoire de la commune plutôt que concentrés dans certains quartiers. Et mieux vaut, aussi, diversifier les publics : 47% des sondés plaident pour une attribution "à de larges catégories sociales" et pas seulement aux "plus démunis" (14%) ni même aux "personnes à revenus modestes" (36%).
Lorsque l'on passe derrière la façade, du côté du "qui fait quoi", l'image se brouille. Le public (et les locataires eux-mêmes) ne connaissent pas bien l'activité des organismes HLM. "Nous sommes identifiés comme gestionnaires mais pas comme constructeurs", résume le président de l'USH, reconnaissant qu'il faudra "mieux faire connaître nos métiers". Mal identifiés comme constructeurs… et encore moins comme agents d'information et d'animation.
Méconnaissance, aussi, des financeurs du logement social, ce qui n'a certes pas de quoi surprendre. 38% des sondés (et 47% des locataires HLM) l'avouent clairement, tandis que 32% citent les collectivités locales, 24% l'Etat, 23% la Caisse des Dépôts à travers le livret A, 20% les organismes HLM, 14% les CAF… Interrogés sur les décideurs de l'attribution des logements, 27% reconnaissent ne pas savoir qui ils sont, 48% évoquent les communes et 45% les organismes HLM.
L'un des derniers points abordés par le sondage est intéressant et surprendra peut-être : pas moins de 90% des personnes interrogées sont favorables à la vente de logements HLM aux locataires qui les occupent. De même, 88% voient plutôt d'un bon oeil la construction par les organismes de logements en accession sociale à la propriété. Selon Thierry Repentin, s'agissant de la vente aux occupants, le fait qu'il y ait quasi-unanimité ne signifie pas pour autant que les locataires concernés le souhaitent vraiment : "Souvent par exemple, lorsqu'un locataire HLM veut devenir propriétaire, il préfère partir ailleurs." Et le président de l'USH de rappeler sa position sur un sujet dont on a beaucoup parlé ces dernières années : "Le mouvement HLM n'est pas contre. Mais il faut le faire avec discernement, en considérant les choses site par site, afin de ne pas trop vendre par rapport à ce que l'on construit." En 2011, a-t-il rappelé, 7.800 logements existants ont été vendus et 16.150 logements neufs destinés à la vente ont été produits par les organismes HLM (surtout les coopératives HLM, mais aussi les offices et les ESH).
Si pour Thierry Repentin, cette deuxième édition du baromètre est avant tout "une injonction aux politiques", elle appelle aussi les organismes HLM à faire oeuvre de pédagogie, que ce soit en valorisant les nouvelles opérations, "qui concourent à une meilleure image", ou en poursuivant les opérations de communication telles que la brochure "10 idées reçues sur les HLM" (voir notre article du 28 février ci-contre) ou la série de films courts réalisés avec la Chaîne parlementaire.

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