IA : l'Europe incite à ralentir tout en affirmant vouloir rester dans la course
Dans son discours sur l'état de l'Union, la présidente de la Commission européenne s'est inquiétée des risques d'une IA hors de contrôle, se référant à plusieurs incidents récents concernant des agents d'IA. Tout en soutenant l'appel à "ralentir" sur les modèles les plus puissants, elle a plaidé pour que l'Europe accélère sur les usages industriels de l'IA.
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Ursula von der Leyen a fait de l'IA un point central de son discours sur l'état de l'Union (voir notre article du 16 septembre 2026) à un moment où le secteur traverse une période de turbulences, marquée par de graves incidents de sécurité. Tout en se disant "optimiste quant au potentiel de l'intelligence artificielle", la présidente a alerté sur le fait que tirer tous les bénéfices de l'IA passait par la gestion des risques.
Selon elle, les modèles dits "de frontière", en cours de développement, rendront possible le piratage "à un niveau que nous n'aurions jamais cru possible". La présidente s'est inquiétée plus particulièrement des "dangers que posent les modèles capables d'auto-amélioration" et s'est dit favorable à un soutien de l'Europe aux entreprises qui incitent à "ralentir la course". Ces dernières, avant tout été américaines, n'ont cependant pas le soutien de la Maison-Blanche dans ce désir de ralentir.
Plusieurs incidents impliquant des agents d'IA
Ursula von der Leyen a fait allusion à des incidents qui ont fait couler beaucoup d'encre cet été. Mi-juillet, des modèles d'OpenAI planchant sur des exercices de cybersécurité se sont échappés de leur environnement de test pour aller sur la plateforme d'hébergement de modèles et de jeux de données Hugging Face. La plateforme a recensé plus de 17.000 actions automatisées. Anthropic a révélé des incidents du même ordre auxquels s'ajoutent des usages problématiques de ses modèles de pointe sur le cyber, les armes ou la biologie. Depuis, les révélations s'enchainent, montrant des IA capables d'orchestrer des cyberattaques ou de pirater des organisations. Entreprises et chercheurs spécialisés sont montés au créneau, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, relayant leurs craintes en pointant des "défaillances impliquant des systèmes d'IA agentique" susceptibles de "paralyser des services essentiels".
La Commission a indiqué avoir été informée des incidents par les entreprises concernées, au moment même où le Bureau européen de l'IA voyait ses pouvoirs de contrôle activés. Depuis début août, ce dernier peut en effet contrôler les "modèles d'IA à usage général présentant un risque systémique". Par ailleurs, l'agence européenne de cybersécurité (Enisa) a obtenu début septembre l'accès à Mythos 5, l'un des modèles d'Anthropic les plus avancés en cybersécurité, dont les États-Unis avaient restreint l'accès aux étrangers en juin.
Vigilance renforcée et accélération des investissements
Pour les mois à venir, Ursula von der Leyen a présenté l'AI Act comme "une pièce maîtresse" de l'Europe pour faire face aux dérives potentielles de l'IA. Elle veut aussi "faire équipe" avec le Canada et le Royaume-Uni "sur l'évaluation des modèles, la vérification, l'alerte précoce, la sécurité de l'intelligence artificielle".
Il ne s'agit cependant pas pour autant de renoncer au rattrapage de l'Europe sur l'IA. "Nous n’avons pas besoin d'être ceux qui développent la technologie de pointe pour être ceux qui en tirent la plus grande valeur", veut croire la présidente de l'UE. Elle a confirmé sa volonté d'augmenter "massivement" la capacité de calcul européenne et annonce de nouveaux modes de financement pour les start-up. Fin juillet, l'Europe a ainsi lancé un appel d'offres pour construire 7 "AI gigafactories" dédiées aux IA avancées au bénéfice de la recherche, des start-ups et de l’industrie européenne. Leur financement dépend cependant essentiellement du secteur privé et leur mise en service n'interviendra pas avant 2028.
Ces infrastructures doivent permettre de "sortir l'intelligence artificielle des écrans" et d'exploiter pleinement son potentiel dans l'industrie, la santé ou l'énergie. Des initiatives sectorielles sont annoncées pour novembre dans cinq domaines : santé, transport, agroalimentaire, fabrication avancée, défense et espace. Un texte est aussi attendu d'ici la fin de l'année sur la qualité de l'emploi, pour remédier aux gains "inégalement répartis" de l'IA.