Intentions d'investissement du bloc local : une année 2026 en demi-teinte

L'Observatoire des investissements du bloc local initié par la Banque des Territoires a livré les résultats de sa deuxième édition, portant sur les intentions d'investissement des communes et des intercommunalités en 2026. On y relève notamment une hausse globale de 3,6% des intentions d'investissement par rapport à l'an dernier. Mais en sachant que cette hausse est portée par les grandes villes et les EPCI. Et que seuls certains segments, notamment les déchets, viennent doper le volume des investissements envisagés, le nombre de projets étant en revanche le plus souvent en recul.

"Prendre le pouls des dynamiques d'investissement du bloc local". Telle est la vocation de l'Observatoire lancé il y a un an par la Banque des Territoires, qui publie aujourd'hui la deuxième édition de son baromètre, basé sur le même panel de 47 communes et intercommunalités, l'idée étant de pouvoir suivre les choses dans le temps. "Nous nous sommes donné un horizon de cinq ans", a précisé Mathieu Aufauvre, le directeur du réseau et des territoires de la Banque des Territoires, le 5 octobre lors de la présentation en avant-première du document aux associations d'élus locaux.

"Le panel se veut le plus représentatif possible", a pour sa part souligné Damien Christiany, expert ingénierie financière au département Appui aux territoires : de très grandes villes (telles que Toulouse ou Bordeaux) comme des communes rurales de 1.000 ou 2.000 habitants, des métropoles comme de petites communautés de communes. Du périurbain aussi, de la montagne, de l'outre-mer… Autant de collectivités dont ont été analysés tous les budgets primitifs 2026 (budgets annexes compris – ainsi que, lorsqu'ils existent, les plans plans pluriannuels d'investissement), l'objectif étant bien d'analyser les intentions d'investissement. Cet observatoire se veut ainsi "complémentaire" de ce que produit notamment la Banque postale avec sa Note de conjoncture, dont la dernière livraison a justement été publiée le 6 octobre (voir notre article).

Un effet début de mandat pour l'heure peu notable

Lors de sa première édition, l'Observatoire avait affiché une hausse globale des intentions d'investissement de 6% entre 2024 et 2025. Mais on était en fin de cycle électoral, ce qui avait pu jouer (voir notre article de l'an dernier). Alors que se dessine-t-il sur cette année ? Sur 2026, il y a de nouveau une hausse. Certes moindre : +3,6%. Et surtout, cette hausse est portée par les grandes villes et grands EPCI urbains (+5%), tandis que les autres collectivités du panel font le choix de légèrement "réduire la voilure" (-3%). Toutes tailles de collectivités confondues, ce sont tout aussi clairement les EPCI qui prévoient d'investir davantage que les communes. Tout cela était déjà vrai il y a un an, mais dans une proportion moindre.

Faut-il y voir un effet "début de mandat" ? Le "renouvellement des équipes" a évidemment pu jouer, note Damien Christiany. Mais les choses ne sont pas très nettes : en fait, les deux tiers des collectivités "n'anticipent aucun effet notable" des élections de mars dernier ou disent "manquer encore de visibilité" pour en juger. En sachant que la quasi-totalité des collectivités prévoient de mettre à jour leur PPI (ou autre forme de gestion pluriannuelle) voire d'en élaborer un nouveau. Autrement dit, la trajectoire du nouveau mandat n'est pas encore totalement tracée.

Déchets et transports en hausse

Les intentions d'investissement ont été réparties en dix grandes catégories de projets : bâtiments (construction ou rénovation, notamment rénovation énergétique), aménagement du territoire et requalification urbaine, route et voirie, transports, commande publique (acquisition d'équipements), eau, déchets, espaces verts, "environnement" (prévention des risques, planification, protection de zones naturelles…). Et une catégorie "autres" réunissant la sécurité, les réseaux, les projets d'équipements sportifs ou culturels…

Et là, en observant les choses par thématiques, on se rend compte que les intentions d'investissement baissent sur tous les segments, à la fois en termes de volume global d'investissements et en nombre de projets. Tous... à deux exceptions notables près : les transports (+28% en volume, +11% en nombre de projets) et, plus encore, les déchets, avec +48% en volume… mais en revanche seulement 1% en nombre de projets. Autrement dit, se sont quelques projets ambitieux en matière de gestion des déchets qui dopent le pic.

Mais il faut en parallèle relever que les déchets ne représentent que 2,3% du volume total des investissements du bloc local. C'est la rénovation ou construction de bâtiments qui pèse le plus (26,3%, dont 6,3% pour la seule rénovation énergétique) suivie des routes et voiries (17,6%, dont 6,2% pour les mobilités douces) et de l'aménagement/requalification (16,7%). Toutes les parts affichent une relative stabilité par rapport à l'an dernier, hormis les transports dont la part connaît un sursaut.

Un verdissement de l'investissement ?

L'étude opère ensuite un distinguo entre grandes et petites collectivités. Pour les premières, ce sont bien toujours les transports et la gestion des déchets qui connaissent les plus fortes hausses en volume. Pour les petites et moyennes communes et leurs EPCI, on retrouve là aussi la gestion des déchets en volume (+184%... mais -7% en nombre de projets) et, cette fois, non plus les transports mais les espaces verts (+61% en volume, +27% en nombre de projets). Grosse baisse en termes de volume en revanche dans la gestion de l'eau, ce que la Banque des Territoires explique notamment par l'achèvement l'an dernier de deux gros projets pour deux EPCI du panel.

L'une des spécificités de l'Observatoire, en s'appuyant notamment sur la méthodologie de I4CE : la "cotation" des investissements en fonction de leur impact sur l'atténuation du changement climatique ("favorable", "neutre", "défavorable" ou "indéfini"). Côté grandes collectivités, la part des intentions d'investissements favorables continue de monter pour atteindre 38% en 2026 (contre 35% l'an dernier et 33% en 2024). Pour les autres, l'heure est en revanche à la décrue, mais on partait de plus haut (38%, après 41% et 44% les années précédentes). Transports, mobilités douces et rénovation énergétique portent l'essentiel de l'investissement "vert". Tandis que comme l'an dernier, les projets d'aménagement entraînant une artificialisation des sols représentent la moitié de ce qui est considéré comme défavorable.

L'emprunt domine

Dernier focus et non des moindres : comment les collectivités comptent-elles financer leurs investissements ? Entre emprunt, autofinancement et subvention, "le mix est à peu près stable", résume Damien Christiany. Plus des deux tiers des recettes attendues correspondant au recours à l'emprunt. Mais avec, sur ce point-là aussi, une nette différence entre grandes et petites collectivités. Pour les premières, 72% du volume des investissements projetés devrait être financé par de l'emprunt (76% l'an dernier), et seulement 11% par l'autofinancement. Tandis que pour les secondes, la part de l'emprunt n'est que de 52%, avec 28% d'autofinancement.

Il faut toutefois, prévient Damien Christiany, avoir en tête le possible différentiel "entre le prévisionnel et le réalisé", le recours à l'emprunt ayant dans les faits tendance à être moins important que prévu. Tel fut le cas en 2025 : les collectivités n'ont finalement emprunté que 65% de ce qu'elles avaient anticipé. Et a contrario, l'autofinancement a connu un taux de réalisation de pas moins de 281%.

"La maintenance plutôt que le lancement de nouveaux projets" ?

S'agissant des subventions attendues, celles provenant de l'État dominent (39%) mais connaissent une baisse de 3% par rapport à l'an dernier, après une hausse de 14% un an plus tôt. Celles des régions (10%), des départements (7%), des EPCI (7%) et des fonds européens (3%) restent à peu près stables. Sans oublier toutes les "autres" subventions (33%), souvent sectorielles, telles que celles des CAF pour la petite enfance.

Plusieurs élus présents lors de la présentation ont témoigné de la façon dont ce panorama résonnait avec ce qu'ils pouvaient constater sur le terrain. S'agissant des baisses d'investissement envisagées, l'un d'eux a par exemple évoqué le fait que certaines collectivités s'étaient l'an dernier "dépêchées d'aller chercher de la subvention" par crainte que celle-ci ne se tarisse. D'autres ont mentionné, pêle-mêle, "les contraintes budgétaires sur les collectivités qui se sont traduites par un recours accru à l'emprunt", les baisses de subventions qui, "à un moment, vont bloquer les projets", les petites collectivités "mal outillées pour aller chercher des fonds européens", "la volonté des élus de travailler plutôt sur la maintenance que sur le lancement de nouveaux projets"… et "l'inquiétude de ce qui va nous tomber dessus" avec les dispositions prévues par le projet de loi de finances pour 2027.

 

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