Finances publiques locales : 2026 s'annonce "en demi-teinte"
En dépit de recettes de fonctionnement en hausse limitée (+2,1%), les collectivités devraient tirer leur épingle du jeu cette année, grâce à la maîtrise de leurs dépenses de fonctionnement (+2,2%). C'est ce qui ressort de la dernière note de conjoncture des finances locales présentée ce 6 octobre par La Banque postale. Ce début de mandat municipal révèle une petite surprise, selon cette étude : défiant les pronostics des experts, l'investissement local resterait élevé à plus de 78 milliards d'euros à la fin de l'année. Mais en 2027, il devrait entamer une décrue, laquelle pourrait être accentuée par les ponctions inscrites dans le projet de budget.
© T. Beurey/ Christophe Jerretie, Luc-Alain Vervisch et Serge Bayard
L'année 2026 s'annonce "en demi-teinte" s'agissant des finances des collectivités locales, avec un autofinancement stable et un investissement demeurant à un niveau élevé, mais des perspectives "inquiétantes" sur les recettes, a estimé ce 6 octobre Luc-Alain Vervisch, le directeur des études et de la recherche de La Banque postale.
Surveillée de très près par le gouvernement, la croissance des dépenses de fonctionnement du secteur public local devrait atteindre +2,2% cette année (contre +1,6% en 2025), dans un contexte d'accélération de l'inflation, selon l'édition 2026 de la note de conjoncture des finances locales qu'il a présentée à la presse. Les répercussions de l'inflation sur un certain nombre de dépenses locales et la croissance de la masse salariale, notamment sous l'effet de la hausse des taux de cotisations au régime de retraite des fonctionnaires territoriaux, expliquent pour l'essentiel la progression des frais de fonctionnement des collectivités. Avec une hausse annuelle moyenne de 3% par an depuis 2010, les dépenses sociales à la charge des collectivités contribuent également à ce résultat. Et l'on sait qu'une grande part de ces dépenses ont un caractère contraint pour les collectivités.
Des dépenses de fonctionnement inférieures à l'inflation
Malgré tout, selon La Banque postale, les dépenses de fonctionnement locales au total devraient connaître une évolution inférieure à l'inflation telle qu'anticipée par le gouvernement. Et ce alors que ce dernier s'inquiétait, lors du comité d'alerte des finances publiques organisé début juillet, d'un risque de dérapage à la fin de l'année (voir notre article). "Les collectivités répondent au vœu de l'État de maintenir sous pression en volume les dépenses de fonctionnement", indique le directeur des études de La Banque postale. Qui ne se dit "pas surpris", car "elles y répondaient déjà avant la crise de la Covid".
Luc-Alain Vervisch signale aussi que les méthodes de calcul qu'il a choisies avec son équipe se différencient de celles de la Direction générale des finances publiques (DGFIP). Quand cette dernière s'appuie sur les "remontées des postes comptables en aval du circuit de la dépense", l'établissement bancaire se fonde sur les "remontées des ordonnateurs" qui prennent en compte les perspectives d'évolution de la dépense locale d'ici la fin de l'année. Les équipes de la Banque postale affirment aussi avoir pris en compte des "écritures de régularisation" passées au budget 2026 de la région Hauts-de-France et représentant des "montants considérables".
DMTO orientés à la baisse
De leur côté, les recettes de fonctionnement des collectivités afficheraient une hausse de 2,1%, après 2,2% l'an dernier. Avec une progression un peu moins dynamique pour le bloc communal (+1,8%) que pour les départements (+2,2%) et les régions (+2,4%). "C'est une tendance qui est potentiellement inférieure à l'inflation et qu'on connaissait en moyenne dans les années 2010", constate Luc-Alain Vervisch. Une estimation dans laquelle entre en compte une baisse attendue des droits de mutation à titre onéreux (DMTO). "Après une très bonne année 2025", La Banque postale anticipe une réduction de cette recette "comprise entre 2 et 2,5%" en 2026. Et ce alors que la DGFIP constatait fin août une hausse du produit des DMTO de près de 10% sur un an.
"En dépit d'un effet de ciseau", l'épargne brute - c'est-à-dire la différence entre les recettes et les dépenses de fonctionnement des collectivités -, serait à la fin de l'année "en très légère augmentation" (+1,5%). Avec des résultats contrastés selon les niveaux de collectivités : +0,1% pour le bloc communal (mais -2,2% pour les groupements à fiscalité propre), +5,3% pour les régions et collectivités territoriales uniques et +3,6% pour les départements. Ces derniers atteignent un tel résultat notamment grâce au soutien du fonds de sauvegarde de 600 millions d'euros. Globalement, "l'autofinancement ne retrouve pas le niveau qu'il avait atteint en 2022, deuxième année de reprise après la Covid", précise Luc-Alain Vervisch. L'épargne nette - c'est-à-dire l'épargne brute dont on a soustrait les remboursements du capital de la dette - permettrait de financer un peu moins du tiers des investissements des collectivités, une proportion comparable à celle des trois dernières années.
Chute de l'investissement en 2027 ?
L'orientation de ces investissements est nécessairement influencée par le calendrier des élections municipales. Leur baisse estimée à 2,6% cette année par rapport à 2025 n'est donc pas une surprise. Toutefois, elle est inférieure à ce que les experts envisageaient. La Banque postale avance plusieurs explications : les "coûts élevés de la construction", les "projets décalés" ou encore "une montée en charge de projets particulièrement lourds" en matière de transition écologique et "moins sensibles" à l'effet du cycle électoral. Il faut donc s'attendre, selon l'établissement bancaire, à ce qu'"une partie de la baisse" de l'investissement se produise "peut-être avec décalage en 2027".
En sachant que, l'an prochain, la contraction de l'investissement pourrait être accentuée par la contribution des collectivités au redressement des comptes publics, que le gouvernement a fixée à 5,5 milliards d'euros dans le projet de budget qui a été déposé le 1er octobre (voir notre article). Ainsi, en 2015, la baisse de 3,5 milliards d'euros de la dotation globale de fonctionnement (DGF) "avait eu un effet immédiat sur l'investissement", se souvient Luc-Alain Vervisch.
Des marges en matière d'emprunt ?
Sur les près de 13.500 communes qui, en l'état du projet de loi de finances pour 2027, sont appelées à participer à la "contribution progressive à l'effort budgétaire" (2,5 milliards d'euros pour l'ensemble des collectivités) - l'un des dispositifs via lesquels les collectivités participent à l'effort de redressement des comptes -, un peu plus des deux-tiers devraient acquitter une somme inférieure à 10% de leur épargne brute de 2024. Mais un peu plus de 4% devraient renoncer à plus de 30% de leur épargne brute, selon la note. Parmi ces collectivités, environ 370 seront "en situation délicate", avec une épargne brute tombant à zéro ou devenant négative.
Pour pallier l'insuffisance de leur autofinancement et poursuivre le financement de leurs investissements, nombre de collectivités pourront recourir à l'emprunt, l'endettement du secteur local étant encore globalement modéré. Avec "un bémol" toutefois, selon Serge Bayard, directeur général de la Banque des entreprises et du développement local : les taux d'emprunt qui "vont avoir tendance à augmenter", tout en restant "acceptables" par rapport à des taux record qui ont pu être atteints par le passé. En sachant aussi que le besoin de financement des collectivités est sous l'étroite surveillance du gouvernement, qui entend réduire le déficit public à 5% l'an prochain. Et qu'il devrait le rester après l'élection présidentielle.