La Poste mise sur les colis et l'assurance, un rapport parlementaire réclame une nouvelle loi postale

Présenté le même jour que le rapport d'information de deux députés sur l'avenir des missions de service public de La Poste, le plan stratégique "Réussir ensemble - Ambitions 2031" du groupe entend porter son chiffre d'affaires à 40 milliards d'euros d'ici cinq ans grâce au colis et à la bancassurance. De quoi financer un réseau de points de contact toujours plus sollicité par les élus locaux, mais dont l'État sous-compense structurellement le coût, selon les rapporteurs Jacques Oberti et Jean-René Cazeneuve, qui plaident pour une nouvelle loi postale.

Moins de courrier, plus de colis et d'assurance : La Poste a dévoilé mercredi 1er juillet 2026 son plan stratégique à horizon 2031. Détenu à 66% par la Caisse des Dépôts et à 34% par l'État, le groupe a réalisé 34 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, dont 54% via l'activité colis contre 15% pour le courrier. Sa PDG, Marie-Ange Debon, en poste depuis fin 2025, ambitionne d'atteindre 40 milliards d'euros en 2031, soit une croissance de 18% en cinq ans, en confortant sa position de leader du colis et de la logistique en France et en Europe. Le groupe ambitionne de devenir numéro deux européen de la livraison hors domicile, derrière le polonais InPost, en portant son réseau de points de retrait de 150.000 à 190.000 et ses volumes mondiaux de 2,7 à 3,6 milliards de colis.

Le pôle bancassurance, qui pèse 22% du chiffre d'affaires avec La Banque postale et CNP Assurances, doit lui aussi accélérer, tout comme le numérique de confiance porté par Docaposte, avec l'objectif de dépasser un milliard d'euros de chiffre d'affaires d'ici 2031. Au total, 10 milliards d'euros seront investis sur la période pour moderniser les outils industriels et numériques du groupe, qui vise aussi une réduction de 24% de ses émissions de CO2.

Un réseau postal sous tension financière

Cette stratégie de conquête commerciale doit permettre de compenser l'érosion continue du courrier, qui prive chaque année le groupe de 500 millions d'euros de chiffre d'affaires. Les volumes sont passés de 18 milliards de plis en 2008 à 5 milliards en 2025, et devraient encore chuter à 3 milliards en 2031. Une trajectoire documentée par le rapport d'information présenté à l'Assemblée nationale par les députés Jacques Oberti (PS) et Jean-René Cazeneuve (EPR), au nom de la commission des finances, sur les missions de service public de La Poste.

Les quatre missions de service public du groupe que sont le service universel postal, l'aménagement du territoire, l'accessibilité bancaire et la distribution de la presse, font l'objet "d'une sous-compensation croissante de l'État", à l'origine d'un déficit global supérieur à un milliard d'euros par an, d'après les calculs des deux rapporteurs. 
Cumulé depuis 2018, ce manque à gagner représenterait plus de quatre milliards d'euros de dette pour le groupe, soit 40% de sa dette nette totale. "À moyen terme, c'est la viabilité de l'entreprise qui pourrait être remise en cause", alertent les rapporteurs, qui appellent à une nouvelle loi postale, la précédente datant de 2010.

Concrètement, ils proposent d'inscrire dans la loi un taux plancher de compensation fixé à 66% du coût réel des missions de service public, contre 49% en 2024, avec une trajectoire de retour à l'équilibre sur cinq ans. Une ligne que Marie-Ange Debon a accueillie favorablement, tout en fixant elle-même une limite : "la ligne rouge est de ne pas baisser" ce niveau de compensation. 
La dirigeante s'est en revanche montrée ouverte à une autre piste des rapporteurs, celle d'un allongement des délais de distribution du courrier non urgent, actuellement fixés à trois jours, vers quatre jours d'ici 2028.

Points de contact : vers une logique d'usage plutôt que de maillage

Pour les collectivités, c'est la mission d'aménagement du territoire qui retient particulièrement l'attention du rapport. Le réseau de "points de contact", constitué des bureaux de poste, des agences postales communales et des délais commerçants, a vu sa fréquentation divisée par trois entre 2008 et 2024. Concrètement, elle est passée de deux millions à 741.000 visites quotidiennes. Résultat, 37% des bureaux de poste affichent aujourd'hui une activité jugée faible. Face à cette évolution, les agences postales communales et les relais chez des commerçants, moins coûteux et souvent plus accessibles en horaires, représentent désormais 61% des points de contact contre 36% en 2009.

Le fonds postal de péréquation territoriale, qui finance ces adaptations, doit théoriquement être doté de 174 millions d'euros par an. Mais pour 2026, seulement 129 millions ont été inscrits en loi de finances. De quoi couvrir tout juste les dépenses obligatoires de rémunération des partenaires, sans plus aucune marge pour les commissions départementales de présence postale territoriale (CDPPT), pourtant chargées d'accompagner localement, avec les élus, les évolutions du réseau, pointe le rapport. 
D'où la recommandation de rehausser cette compensation et de faire évoluer le mode de financement des agences communales et intercommunales vers une logique davantage corrélée à leur fréquentation réelle, tout en modulant à la hausse le soutien lorsque l'agence constitue le dernier service public de la commune.

Le rapport suggère enfin de supprimer, dans la future loi, la référence à un plancher figé de 17.000 points de contact, au profit d'une approche fondée sur les "services rendus" et "l'accessibilité effective". Rappelons que 97% de la population se trouve aujourd'hui à moins de 5 kilomètres d'un point de contact postal. Une piste qui devra composer avec le droit de veto des maires sur la transformation des bureaux, que les rapporteurs proposent de conditionner davantage à l'évolution réelle de la fréquentation.

 

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