Huit propositions pour redonner des marges de manoeuvre à La Poste

Un rapport de l'Institut Sapiens avance huit propositions pour permettre à La Poste d'améliorer son modèle économique. Parmi ses recommandations : passer de 6 à 5 jours sur 7, développer davantage de services payants et favoriser les co-investissements sur certains actifs.

"Une infrastructure discrète mais essentielle", qui génère environ 1,16 milliard de "micro-interactions humaines physiques" par an, à travers ses 17.306 points de contact et les interactions liées aux 40.125 tournées quotidiennes de facteurs. Dans un rapport intitulé "Aux avant-postes du lien social : La Poste vers un modèle de proximité soutenable" publié le 25 mars 2026, Olivier Babeau, président-fondateur de l'Institut Sapiens, met en avant le rôle stratégique que joue La Poste en France, notamment dans une époque de "mal-être français" qui "se situe à un niveau devenu préoccupant". 

Forte de 166.000 salariés, La Poste est le deuxième employeur public en France. "Près de 1,5% de l'emploi total en France dépend directement ou indirectement du groupe La Poste, souligne le rapport, avec un effet démultiplicateur de 1,57 emploi pour chaque emploi direct". Elle a diversifié son activité : logistique internationale, bancassurance, services de proximité… "Plus de 44% de son chiffre d'affaires est désormais réalisé à l'international", précise ainsi le document.

Dernière présence institutionnelle régulière

La Poste mène des missions non substituables, comme l'universalité du service, la péréquation territoriale, la présence humaine quotidienne… "Là où d'autres réseaux se retirent, La Poste demeure souvent la dernière présence institutionnelle régulière, en zones rurales comme dans les grandes villes, détaille aussi l'étude, les postières et postiers agissent ainsi comme des sentinelles du lien social, capables de détecter des fragilités naissantes, de maintenir une continuité relationnelle et d'assurer une médiation de première ligne".

Mais le modèle économique de La Poste est "épuisé", insiste Olivier Babeau, avec une chute continue des volumes de courrier (de plus de 20 milliards d'objets au début des années 2000 à un niveau appelé à passer sous les 3 milliards à l'horizon 2030), un déficit annuel net de ses missions de service public qui dépasse 1,2 milliard d'euros, et un Etat, qui face à une dette abyssale, diminue son soutien. La loi de finances pour 2026, adoptée le 2 février, prévoit une coupe de 44 millions d'euros pour la mission d'aménagement du territoire du groupe, et un total de 122 millions d'euros pour l'ensemble de ses quatre missions de service public (lire notre article du 16 février 2026).

Passer de 6 à 5 jours sur 7 dont le week-end

La Poste s'est adaptée à la situation en développant de nouveaux services de proximité comme les visites du facteur, le portage de repas ou de médicaments et l'accompagnement administratif, qui ont atteint près de 900 millions d'euros de chiffre d'affaires, en croissance de plus de 10% par an. "Ces activités démontrent la capacité du groupe à créer de nouveaux revenus à partir de ses atouts différenciants", estime l'auteur, qui avance 8 recommandations pour aller plus loin en matière d'ajustement du modèle économique. Premier point : réduire de 6 à 5 jours sur 7 le rythme de l'entreprise, avec une activité ciblée le week-end y compris le dimanche pour s'adapter aux besoins des populations. Objectif : réduire les coûts tout en renforçant la capacité d'intervention du groupe. Ce qui va à l'encontre des préconisations de la Commission supérieure du numérique et des postes (CSNP) qui, dans un avis d'octobre 2025 demandait de ne pas toucher aux tournées de six jours (lire notre article du 27 octobre). L'évolution ne doit toutefois pas être un prétexte pour réduire la compensation publique, prévient l'Institut Sapiens, mais doit s'inscrire "dans un nouveau pacte de soutenabilité entre l'Etat et son opérateur". "Il s'agit moins de faire moins que de faire autrement."

Développer l'offre de services de La Poste contre rémunération

Autre proposition : faire en sorte que La Poste propose davantage de services de proximité. Ses avantages dans ce domaine sont tangibles : une infrastructure de proximité nationale, humaine et physique et un coût unitaire par interaction considéré comme exceptionnellement compétitif. Face à ces atouts, Olivier Babeau estime que le groupe peut proposer des services contre rémunération à des entreprises, des associations, des collectivités, voire d'autres administrations. Exemples : favoriser le déploiement local d'offres nationales issues d'autres opérateurs, accompagner des publics pour le compte d'autres organisations... Elle peut aussi envisager de monétiser ses infrastructures physiques et numériques (locaux, flottes de transport, foncier, capacités informatiques). Les co-investissements, dans des infrastructures ou même dans des sociétés, pourraient aussi représenter une opportunité pour La Poste d'améliorer son modèle économique.

Pas de privatisation mais des co-investissements

"Cette approche est couramment utilisée pour des infrastructures publiques lourdes (routes, stades, réseaux énergétiques) mais reste très peu mobilisée à une échelle plus fine, pourtant pertinente pour des actifs tels que les réseaux de points de contact, les flottes logistiques ou certaines plateformes techniques", indique le rapporteur, qui cite quelques exemples. Parmi lesquels : le cofinancement de sites stratégiques pour les points de contact en échange de droits d'usage ou d'exploitation partagée sur une durée définie, le co-investissement dans des flottes décarbonées, des hubs de distribution ou des équipements de dernier kilomètre permettant à des acteurs tiers d'accéder à des capacités existantes sans les dupliquer, ou encore le co-investissement dans des infrastructures numériques critiques (IA, data, cloud local). "Dans ces montages, La Poste reste propriétaire des actifs et garante des missions de service public ; les partenaires financent une partie de l'infrastructure et bénéficient en retour d'un droit d'exploitation limité, contractuel et réversible, insiste l'étude, l'objectif n'est pas la privatisation mais l'alignement des intérêts économiques autour d'infrastructures communes".

Enfin, Olivier Babeau recommande que La Poste investisse davantage dans l'IA, la robotisation et les données et propose aussi une meilleure mesure de l'impact de La Poste sur le lien social, avec un baromètre annuel de cohésion sociale et une valorisation quantitative des micro-interactions générées par le réseau. "En objectivant ce volume d'interactions humaines, La Poste peut rendre visibles des externalités aujourd'hui invisibles, estime l'étude, et repositionner la proximité non comme un coût mais comme un investissement stratégique pour la société française".

 

 

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